Mai 2019 – Saint François d’Assise

SAINT FRANCOIS D’ASSISE

Le frère de Jésus – Le vassal du Christ béni

« Par l’imitation de Jésus-Christ, François est devenu, de notre Seigneur, la copie et l’image la plus parfaite qui fut jamais » Benoît XV, Encylique Sacra propediem 6 janvier 1921

« Surgit au monde un soleil » Dante Divine Comédie

François naît en 1181 ou 1182 à Assise, dans la province d’Ombrie, région située entre la Marche d’Ancône et la Toscane.

Fils de Pierre Bernadone et de Pica de Bourlémont ; ses parents sont de riches commerçants drapiers, François profite pleinement de la vie pendant les quelques années situées entre son adolescence et son entrée à l’âge d’homme ; mais sans excès, il est généreux envers tous, trop d’ailleurs au goût de ses parents.

Ses qualités de chevalier du Christ se décèlent à l’occasion du combat où engagé dans les armées pontificales et luttes fratricides entre les villes d’Assise et de Pérouse.

Il en revient blessé et sa vie prend alors une toute autre direction.

« Dieu court avec nous » comme le disait notre évêque lors d’une récente homélie, à Paray-le-Monial. Dieu a fait plus que cela, car il a couru au-devant de François.

L’annonce faite à François

Jésus va lui révéler la règle de son Ordre. Mais avant tout, il lui « commandera » la réfection de trois églises ; Jésus préparait le terrain, si l’on peut dire. Venant du fils de Joseph qui était charpentier, cela n’est guère étonnant ; le choix n’est pas anodin :

– la première concernait la réfection de Saint Damien, la plus importante et la plus célébré, elle sera le berceau de l’ordre des clarisses.

– une deuxième consacrée à Saint Pierre

et puis et surtout

– la troisième église presque en ruines, consacrée à la Vierge Marie, connue sous le nom de Marie des Anges, à une heure de route d’Assise, en un lieu-dit la Portioncule.

Ce lieu majeur restera l’endroit préféré de François, le berceau de l’histoire franciscaine.

Tout était prêt pour que François puisse enfin entendre la parole du Christ et lui révéler qu’il allait devoir vivre selon la règle de l’évangile.

L’évangile, rien que l’évangile, mais tout l’évangile ; ainsi naissait la Première Règle basée sur l’humilité, la pauvreté et la pénitence, les trames de sa vie spirituelle, les fondements de la vie des Franciscains.

Les Douze Apôtres

Il est naturel que le « frère du Christ » ait eu douze apôtres.

Un noyau dur se reconstituera peu à peu, on mentionnera les plus connus :

Bernard de Quintavalle, Pierre de Catane, Egide ainsi qu’un ancien lépreux guéri par François.

Douze, un chiffre hautement symbolique.

Ils n’auront pas le même destin, mais ils auront la même destination : la maison du Seigneur.

En attendant, le cheminement terrestre ressemble parfois à un parcours du combattant.

Les Frères vont aller deux par deux, vêtus d’une tunique tenue par une corde, faite dans une étoffe grossière, quasiment nu-pieds et c’est ainsi qu’ils commencèrent leurs premiers prêches.

François, par sa façon de s’exprimer conjugue simplicité et ardeur, il connaît dans un premier temps un « grand succès ». Sa présentation de l’évangile était si nouvelle, si vivante, si optimiste, annonçant la rédemption, elle mettait du baume au cœur de ceux qui l’écoutait.

Partout, ils se présentaient comme des pénitents venus d’Assise ; après les premiers succès, ils parcoururent les grandes villes italiennes, dont Florence, ils gagnèrent ensuite la vallée de l’Arno. Ils prêchaient tout en mendiant leur pain quotidien ; ils furent aussi appréciés que moqués et ridiculisés. Les frères qui étaient originaires de la ville d’Assise furent « accueillis » avec stupéfaction, lorsqu’ils revinrent dans leur ville, et souvent, avec beaucoup de méchanceté.
On sait que la Première Règle de François fut écrite alors qu’il n’avait que 28 ans !

François dont l’exigence était si grande avait déjà ses bases, lorsque celui-ci rejeté par son père qui se conduisit très mal, allant jusqu’à le frapper, à l’enfermer et à lui demander de le rembourser, il s’adresse à son évêque, car il ne s’en remettait plus désormais qu’au jugement de l’Eglise. Il se dépouilla de ses vêtements devant le prélat qui fut si ému de sa sincérité, le revêtit de son propre manteau.

Une belle illustration de ce que la pauvreté ne consiste pas seulement à aider les pauvres, mais à se faire pauvre parmi les pauvres. Là est tout le sens de l’action des frères franciscains !

Saint François se mit sous la protection de l’Eglise et tenait absolument à obtenir l’imprimatur du Pape Innocent III. Grâce à l’aide de son évêque qui facilitera les premières approches, car au départ, le Pape refuse de le recevoir : un homme avec aussi peu de prestance ! Puis le Pape eut une vision de la basilique de Latran en train de s’écrouler et il vit à cet instant un petit homme, ce petit homme s’appuyant sur les murs pour la soutenir ! Il comprit alors la signification de ce rêve, fit le rapprochement avec son visiteur, comprit que celui-ci allait l’aider à « sauver » l’âme de ses fidèles, la moralité de ceux-ci ; à cette époque, il y avait beaucoup à dire en ce qui relevait du comportement des prélats. Le Pape Innocent III l’accueillit donc avec bienveillance et établira, tout en les adoucissant, dans les règles du droit canonique, l’Ordre des Frères Mineurs.

Saint François élargit son champ d’action. Les Frères allèrent en France, en Allemagne, Autriche, Hongrie, Espagne.

Sur un plan pratique, mais qui ne l’était guère, le « Poverello » et les Pauvres du Christ n’avaient jamais d’argent sur eux.

Pour François, l’argent ne devait être considéré que comme du fumier et un jour, particulièrement découragé par les manquements des catholiques romains, décida de s’adresser aux oiseaux ! C’est à eux qu’il prêcha cette fois, eux qui arrêtaient leur chant pour mieux l’entendre, eux qui iront, peut-être, porter la parole du Seigneur !

Parler aux oiseaux, ce sont aussi les créatures de Dieu ; les oiseaux « portèrent bonheur » à Saint François car la conquête des âmes continuait tout de même.

Claire et le deuxième Ordre

La « conquête » de Claire fut le joyau de la « couronne » de Saint François qu’il avait formé avec les Frères Mineurs, ainsi que le Tiers Ordre, la sainteté laïque dédiée aux membres de la société civile, qui ne pouvaient devenir religieux mais qui voulaient partager et pratiquer l’évangile dans la vie de tous les jours ; bref, une couronne sans épines cette fois.

Claire était une belle et pure jeune fille, née dans une riche famille, elle était restée humble, pleine de miséricorde, chevaleresque à l’image de Saint François et sera à l’origine de la création des Pauvres Dames.

Née à Assise en 1192 ou 1193, sa propre mère avait un caractère bien trempé, surtout pour une femme de cette époque. Elle partit faire les trois pèlerinages de Terre Sainte, de Rome et de Saint Michel, à une époque où les voyages étaient tellement plus dangereux qu’aujourd’hui ! Elle eut en attendant sa fille, une vision lui assurant que sa fille serait une lumière pour beaucoup, raison pour laquelle elle appellera sa fille Claire !

Claire « s’enlèvera » elle-même, se réfugiera à la Portioncule où Saint François lui coupera, lui-même, sa somptueuse chevelure ; et si tous ne furent pas d’accord avec de telles manières, l’évêque d’Assise offrira sa protection ainsi que le refuge de Saint Damien.

Un sermon sans paroles !

Un drôle de sermon, ce n’est pas banal pour qui passera toute sa vie à prêcher, mais Saint François voulait édifier Claire sur ses intentions, il voulait qu’elle comprenne qu’il ne pouvait pas toujours être là, avec elle, qu’elle devait, ainsi que les femmes de cet Ordre, à se « passer » de lui !

Donc, il procéda comme suit : il s’agenouille, prie un long moment, se couvrit la tête de cendre, et, avec le reste en fit un cercle autour de lui, récita le Miserere et partit.

On notera que Claire fut avec « Frère Jacqueline » les deux seules femmes admises dans l’entourage de Saint François, celui-ci vouant aux gémonies tout le reste de la gente féminine !

Revenons à Saint François d’Assise où d’autres préoccupations l’assaillaient, une expression très appropriée, nous sommes, rappelons-le, au siècle des croisades, les guerres saintes font rage. Les sarrasins voulaient purifier l’Eglise dans un bain de sang, et le Pape Innocent III invitait tous les hommes vaillants à prendre les armes pour reprendre les Lieux Saints aux infidèles.

Saint François n’écoutant que lui-même s’embarque à Ancône accompagné de douze Frères choisis au hasard par un enfant rencontré sur le port ; parmi ceux qui accompagnaient, Pierre de Catane et Frère Barbarin.

Ils partirent au début de juin 1219. Un mois plus tard, ils arrivèrent à Saint Jean d’Acre puis à Damiette assiégée par les croisés. Saint François avait prédit et prévu la déroute de l’armée chrétienne, qui n’avait parfois de chrétien que le nom ; beaucoup de ces soldats étaient de simples mercenaires plus attirés par les pillages faciles. Plus de 6000 hommes furent blessés ou tués.

Le saint prédécesseur du Pape François

Les prémices d’un futur dialogue inter-religieux.

Saint François restera en Egypte plusieurs mois pendant lesquels il abandonne les siens, va à la rencontre de l’ennemi pour prêcher la bonne Parole, tente de convertir les Sarrasins, quelle gageure ! Il parvint tout de même à rencontrer le sultan Malek-al-Kamel ; comme on dit, il vaut mieux s’adresser au Bon Dieu qu’à ses saints. Celui-ci le reçut avec bienveillance, à tel point qu’il l’autorisa à prêcher librement dans le pays et qu’aux termes de sa vie, celui-ci se fera baptiser.

Il rentre à Assise en 1215. Il était grand temps, car que ce soit pour Saint François d’Assise ou d’autre, lorsque le chat n’est pas là, les souris dansent ! Bref, un grand désordre règne, les masques tombent, en tout cas, celui du Frère Elie à qui Saint François pardonnera au seuil de la mort ; mais il fallait remettre de l’ordre dans cet Ordre !

Saint François s’adresse directement au Pape qui nommera le cardinal Hugolin, l’ami de François, « protecteur, gouverneur et correcteur » de la Fraternité ; c’est le cardinal Hugolin qui donnera, en grande partie, son statut définitif à la Fraternité.

« La rencontre au sommet de la sainteté »

Saint François d’Assise et Saint Dominique se rencontrèrent un beau jour à Ostie chez l’évêque. Ils appartiennent tous les deux à ce qu’on appelle les ordres mendiants, et comme le rappelle le Pape François « ils furent des témoins, mais aussi des maîtres ». Il leur fallait tout à la fois prêcher et enseigner. Au cours de cette rencontre, l’évêque leur demande de choisir parmi leurs propres membres ceux qui pouvaient un jour être appelés à de hautes fonctions ; chacun des deux refusa ; ils ne voulaient pas d’honneur ni pour leurs Frères ni pour eux-mêmes.

Plus tard, Saint Dominique proposa l’union des deux Ordres, Saint François préféra laisser le choix à chacun, ainsi les deux Ordres sont-ils restés distincts jusqu’à nos jours.

Le 4 septembre 1224, le jour où il reçut les saints stigmates de son frère Jésus, Saint François eut le bonheur, le privilège, peu de temps avant sa mort, de revivre les stigmates du crucifiement dans la Passion du Christ. Ce prodige, sans témoins avérés, dans un premier temps, mais comme ils n’avaient pas disparus au moment de sa mort, certains purent attester de leur existence tels Frères Léon et Rufin ainsi que le Pape Alexandre IV.

Les stigmates s’ajoutaient à son état de santé, faisant qu’il était plus que temps de dire adieu à la Portioncule, ce qu’il fit au soir du 4 octobre 1226 ; il avait 45 ans.

Certains virent une étoile portée sur un nuage blanc monter vers le ciel, accompagnée par le pépiement de ses amies les alouettes.

Fait rarissime, François sera canonisé deux ans seulement après sa mort, par son ami le Pape Grégoire IX, en 1228.

IL sera enterré en la basilique d’Assise.

Monique Ravel