Juin 2019 – Sainte Monique et Saint Augustin

SAINTE MONIQUE, SAINT AUGUSTIN

On ne peut parler de l’un sans parler de l’autre.

Certains y voient deux âmes,un ensemble couronné par Dieu, quelque chose d’une petite « trinité » si l’on veut bien accepter cette familiarité.

Monique vient du grec Monos qui signifie seul, unique, indépendant. Elle naît en Numibie (actuelle Afrique du Nord) vers 332. Elle mourra à l’été 387 . Un peu plus de cinquante ans d’une vie à la fois classique et extraordinaire.

Monique :

Fille de parents fervents catholiques.
Ce qui, à l’époque, et en ces lieux, était plutôt rare.

Monique était la femme de Patricius, lequel était païen, de vingt ans son aîné, qui jouissait d’une belle aisance, sans rien exagérer toutefois.

Installés à Thogaste (aujourd’hui Souk Ahras), ils auront trois enfants – deux garçons et une fille-.

L’aîné s’appelait Augustin, deviendrait évêque d’Hippone, un des Pères de l’Église les plus célèbres avec Saint Jérôme.

Revenons à Saine Monique :

Sa vie conjugale et familiale ne la satisfont guère, d’autant plus que son époux était un époux frappeur ; heureusement, elle sera toujours capable d’arrêter son bras, en sachant, elle, retenir sa langue.

Patricius mourut alors que Saint Augustin n’avait que 16 ans, il vivra alors avec sa mère, avec, en filigrane un dialogue, une confrontation ininterrompue pendant de longues années, mais finalement glorieuse pour le salut de l’âme de son fils.

Sainte Monique connaissait certainement l’âme de son fils- un peu- trop exigeante précisément ; Saint Augustin avant de goûter aux voluptés de la foi, s’attardera longuement à celles de la chair.

A sa façon, il était fidèle, il vécut avec son amour de jeunesse-dont il a eu un fils- pendant 17 ans ; il y restera attaché très longtemps, sûrement plus encore qu’on ne le croit.

Devenu évêque d’Hippone, il ne certainement pas oublié .

C’était un homme, un homme en somme avec un grand fond de moral ?, même si pendant les périodes-longues -où il jeta sa « gourme », il se crut fermement manichéen.

Le manichéisme est un concept fondé par Manès, né en Perse au début du IIIe siècle après J.C. et qui prône la création de l’univers comme le résultat de deux principes, deux forces égales et antagonistes : le bien et le mal.

Osera-t-on dire que Sainte Monique fit du manichéisme sans le vouloir, toujours est-il que son amour pour les deux « hommes » de sa vie, et avec l’aide de Dieu, lui permettront d’affronter ces forces et de remettre ces deux âmes dans le droit chemin qui fut si tortueux au début !

Première « victoire » avec le baptême de son mari, peu de temps avant qu’il ne meure en 371 ; elle avait obtenu que leur mariage se vive dans un esprit de chasteté et de sainteté.

Une fois son mari mort sur terre et promis à une renaissance éternelle, elle mit toutes ses propres qualités au service de l’âme de son fils ; à en croire beaucoup, Sainte Monique était douce, féminine, intelligente, patiente ; on ajoutera tenace, il lui en fallait de la ténacité, mais sans elle, nous n’aurions peut-être pas eu de Saint Augustin car ce sont les mères qui font les fils, en général. Sainte Monique en fut un exemple magistral, son fils eut la sagesse de l’écouter et même de l’admirer, pas toujours, il ne faut rien exagérer, mais, mais,mais !

En tous les cas, ils formèrent un couple quasiment unique dans l’histoire de l’Église, d’une exigence spirituelle incroyable, extraordinaire, au plein sens du terme. Une vraie communion entre eux !

Saint Augustin a aimé sa mère, l’a respectée et Dieu a aidé cette mère, de sa main aimante, pour que Sainte Monique put infléchir le cours de la vie spirituelle de son fils.

La grâce de Dieu, rien que sa grâce, mais toute sa grâce.

Saint Augustin voulait, comme le disait Cicéron « être heureux ». Il rajoutait « heureux celui qui possède Dieu, mais après, à l’heure de notre mort, la philosophie ne nous aide plus, que nous reste-il sinon la foi ? ».

C’est Saint Augustin qui a dit cela et qui ajoutera « ce qui fait du bien au corps, c’est l’âme et d’abord en ceci qu’elle lui donne la vie (…) ». Il s’adresse à ses anciens compagnons manichéens que l’âme avait reçu de Dieu le libre arbitre ; mais cela était bien après la mort de sa mère.

Revenons à elle, où elle fit un rêve, dans les tourments où la mettaient son fils ; elle se voyait sur une règle en bois et un lumineux jeune homme-le Christ- lui demande la raison de sa tristesse, lui dit de regarder mieux et Sainte Monique aperçut Saint Augustin sur cette même règle. Mais ce ne sera qu’en 387, par un beau soir d’été à Ostie qu’ils se retrouveront. Saint Augustin se fera baptiser par l’évêque Ambroise, l’année même de la mort de sa mère, comme ? À ses côtés, son grand ami Alypius.

On peut dire que Sainte Monique n’aura vécu que pour ce moment : le baptême de son fils, Saint Augustin deviendra chrétien catholique dans la nuit du 24 au 25 avril 387,

Une dernière étape :

Dieu, avant de les séparer momentanément, les réunira une dernière fois.

« Dieu ne se manifeste à l’intelligence que si l’oeil de l’âme est en état de le contempler (…) » .

Le moment était arrivé où dans une extase mystique, tout s’éclairait, Sainte Monique et Saint Augustin ont eu : « un élan vers l’Etre même » pour reprendre les propos de Serge Lancel. Plus de mystère après cette ascension qui les amènera à voir leurs propres âmes.

Sainte Monique pouvait mourir, et même mourir de bonheur, expression à prendre pour une fois, dans toute son acception : elle venait out simplement de rencontrer Dieu et je crois que l’on ne peut rien vouloir de mieux !

Le culte de Sainte Monique ne commença qu’au XVe s, le pape Martin I fait transférer son corps enterré à Ostie, conformément aux souhaits de Sainte Monique, qui y demeura 1000 ans. Son corps fut donc solennellement transporté à Rome où sa dernière demeure lui sera donnée par le pape Sixte IV, qui fit ériger la basilique Saint Augustin, en plein centre de Rome, entre le Vatican et le Colisée, où une chapelle latérale, côté gauche du maître autel se dresse le gisant de Sainte Monique, en marbre blanc, œuvre du sculpteur Isaïe de Pise.

Sainte Monique sera canonisée en 1430 par le Pape Martin V et son culte, au XVIIe s parviendra jusqu’à Goa, on se rappelle de Saint François Xavier à cette occasion.

Sainte Monique est la protectrice des religieuses de Saint Augustin. On retrouve dans un même patronage la mère de la Vierge Marie et la mère de Saint Augustin : Sainte Anne et Sainte Monique.

Monique Ravel