Août 2019 – Saint Jérôme

SAINT JEROME

Une âme sans inquiétude est une âme en péril

Cardinal John Henry Newman (1801- 1890)

qui va être très bientôt canonisé par le Pape François,

Un constat d’une implacable lucidité, lequel aurait rasséréné l’âme de Saint Jérôme qui fut si tourmentée, si entière, si exigeante envers elle-même et les autres, qui s’est battu contre ses propres démons et souvent contre ses semblables.

Plus d’un demi-siècle d’une lutte pour retranscrire la parole exacte de Dieu et pour en convaincre la part humaine de l’Église.

Jérôme est né en 347, au milieu du IVéme siècle, à Stridon, petite ville de la province de Dalmatie, au Nord-Est de l’Italie, dans une famille aisée et chrétienne.

L’Eglise catholique, au moment de sa naissance, est libre; soutenue par l’empereur Constantin qui s’est fait baptisé, cela suffit amplement pour officialiser l’existence de l’Église qui a déjà trois siècles.

Saint Jérôme avait 34 ans lorsque l’empereur Constantin déclare «  les chrétiens avaient pleine liberté pour suivre leur religion».

Le paganisme et les païens étaient bannis et le christianisme perçait dans toutes les couches de la société.

La vie de l’Église pourrait ressembler à un éternel recommencement, mais c’est tout le contraire, chaque épreuve la renforce et reste au travers des siècles une force de résistance- une digue pour reprendre les propos de Daniel Rops contre lesquelles se heurtent les vagues barbares et l’épiscopat représenté par ses évêques est le garant des libertés publiques.

La rencontre de Jérôme avec le catholicisme fut officialisée par son baptême, par le pape Libère en personne, à Rome, en la basilique de Latran, le jour de Pâques.

Petit détail, le pape Libère prédécesseur du pape Damase sera un des « protecteurs « de saint Jérôme ; on y reviendra.

Saint Jérôme, exégète de la Bible, un des docteurs de l’Église, comme saint Ambroise, celui là même qui baptisa saint Augustin, saint Augustin lui-même, saint Grégoire le Grand, saint Thomas d’Aquin.

Pour faire simple, un Docteur de l’Église est quelqu’un qui sait.

Saint Jérôme ne fut pas docteur de l’âme mais il a donné une âme à la traduction -seconde version- de la Bible ; laquelle va traverser tous ces siècles, jusqu’à aujourd’hui; cette version appelée Vulgate à laquelle nous nous référons tous, ce n’est pas un hasard ; quelle « Histoire », non pas celle de la Bible, mais seulement, plus modestement celle de la vie de saint Jérôme.

Sa jeunesse est semblable à celle des jeunes gens de bonne famille, plus ou moins aimés et choyés.

Ses parents l’envoyèrent étudier à Rome, des études fort chères et lorsque Jérôme leur annonça qu’il avait l’intention de devenir moine, ils se fâchèrent définitivement, Jérôme ne les reverra plus.

Il part à Antioche, où il eut, selon ses termes : »un ravissement spirituel », au cours duquel un grand -juge- Dieu- lui dit qu’il n’est pas un vrai chrétien, mais cicéronien, ce qui signifie qu’il ne menait pas l’existence d’un ascète catholique mais qu’il pratiquait l’otium, c’est-à-dire le loisir philosophique des hommes qui choisissent de se détourner des tumultes du monde.

Jérôme commence à ressentir les distorsions entre culture antique et chrétienne et il choisit « d’abandonner » Cicéron, Plaute et Horace.

Sa nouvelle orientation spirituelle le fait rechercher un lieu où partager son temps entre la prière et le travail de l’esprit l’amène, en Syrie dans le désert de Chalcis, au sud d’Alep, à l’ouest de la Mésopotamie.

Il s’enfonce à la fois dans le désert et l’ascétisme. Installé dans des grottes naturelles, les débuts sont effroyables.

Sa foi et sa raison furent sérieusement ébranlées par la dureté de ses conditions de vie et par les tentations atroces où festins gargantuesques et femmes sans respect pour elles-mêmes le tentaient , l’enserraient ; bref apprendre l’hébreu était une excellente idée ; un jeu d’enfant, d’autant plus qu’il était très doué pour les langues, il parlait déjà grec, le latin bien sûr mais l’araméen- parlé à Chalcis précisément.

Cette connaissance de l’hébreu lui permit de traduire tout d’abord la première partie de la Bible :

l’Ancien Testament, puis le Nouveau Testament, lequel comme chacun sait se compose des Evangiles, des Actes des Apôtres, des Epîtres et de l’Apocalypse. La Bible écrite en grec, par les septante- un groupe de 72 savants hébreux, dont la première version en latin, firent l’objet d’une seconde traduction, toujours en latin, traduction que l’on appelle Vulgate, dont le texte définitif sera approuvé par le concile de Trente en 1592.

Retrouvons Jérôme, toujours aussi mal installé, il y avait au moins un élément très positif, qui était la situation géographique, Chalcis était au centre d’un grand réseau de caravanes, entre l’Euphrate et la Mésopotamie, et c’est très important car cela lui permettait d’être approvisionné en livres de toutes sortes et même de se faire aider par une équipe de copistes pour retranscrire les livres que Jérôme n’avait pas le temps de faire lui-même.

On a du mal à savoir s’il écrivait plus qu ‘il ne lisait, on a pu répertorier 154 lettres qui étaient souvent de véritables petits traités.

Il écrit à tous, même au Pape Damase qui le prendra sous son aile.

Il écrit aussi des romans dont la vie de Paul ermite.

Un essai transformé

Au fond de son désert, il écrivit donc ce roman, dans un très bon latin et qui connaîtra un grand succès, non pas de librairie, mais qui traversera les frontières et qui contribuera à sa réputation naissante d’érudit et d’exégète.

Il avait réussi à trouver un équilibre entre une vie de moine et d’intellectuel sans se faire oublier, grâce à ses diverses qualités intellectuelles, et à sa puissance de travail. Il accomplissait pleinement sa conversion, c’est-à-dire l’acte de se détourner de lui-même et de se tourner vers son Dieu.

Comme l’écrivait Supervielle

– A force de mourir et de n’en dire rien, vous avez fait jaillir, un jour, sans y songer, un grand pommier en fleurs, au milieu de l’hiver.

On l’a compris, le pommier figure la traduction de l’Ancien Testament ainsi que son premier roman; la pomme dans notre religion étant à l’origine de bien des choses.

Il était temps de rejoindre la civilisation à Antioche, dans un premier temps, où son ami l’évêque Paulin l’ordonne prêtre, tout en le dispensant des obligations sacerdotales.

Il part ensuite à Constantinople,

Constantinople, autre lieu, autre lieu d’un bonheur intellectuel.

Il paraît que Jérôme n’était pas très résistant physiquement, Dieu a du beaucoup l’aider, par parenthèses. Cela fait tout de même de sacrés trajets!

Constantinople sera une des plus heureuses périodes de sa vie, toujours sur un plan intellectuel, il y rencontre son  « alter ego » l’évêque Saint Grégoire de Nazianze, une communion immédiate s’établit entre eux.

L’évêque fait des homélies absolument passionnantes qui peuvent durer plusieurs heures, et qui apprennent beaucoup à ses fidèles. Une ambiance propice à la traduction de la chronologie d’Eusèbe de Césarée. On se rappelle que Jérôme avait écrit au Pape Damase et celui-ci le fait venir à Rome ; le pontificat de Damase n’est pas exemplaire, son arrivée sur le trône de Saint Pierre est pour le moins « sportive ». Il n’en était pas moins historien, archéologue et poète et il apprécie Jérôme à qui il demande mille explications sur tel ou tel passage : en effet la traduction peut être une trahison, c’est une chose délicate. Jérôme donne trois règles d’interprétation toujours en vigueur : littérale, allégorique ou spirituelle.

Il précise en marge de ses traductions si celles ci diffèrent ou non de l’original en hébreu ; un sujet très épineux entre l’évêque d’Hippone- le futur Saint Augustin et lui-même : «  si la Bible est claire, pourquoi la traduire ? Et si elle est obscure, peut-on mieux faire que les Anciens ? »

Connaissant l’aimable caractère de Jérôme, il prit la mouche, les choses s’arrangèrent ensuite sans vraiment convaincre ; Augustin était un peu plus jeune, d’un tempérament pacifique. Ils se réconcilièrent plus par obligation morale l’un envers l’autre qu’autre chose. 

Entre temps, la mort du pape Damase signa le déclin social de Jérôme, qui dut quitter Rome, définitivement cette fois.

Il va partir, encore une fois, une dernière fois, une halte étape à Nazareth avec pour destination finale Bethléem.

Les amis dans la vie de Jérôme ont tenu une grande place, surtout dans ses années de jeunesse ; plus tard, l’un sénateur, l’autre évêque, un troisième immensément riche, ne rendent pas forcément la vie facile à l’amitié.

Les femmes furent plus tendres : jeunes filles, jeunes veuves de riches familles mettront tout ce qu’elles possèdent matériellement et spirituellement à la disposition de Jérôme pour créer des monastères pour femmes ; on se souviendra de Paule, devenue Sainte Paule, d’Eustachia et de Marcella, sa très grande amie, son élève et sa confidente, qui mérite plus que ces quelques lignes.

Jérôme mourra en combattant, victorieusement contre le moine Pélage, provisoirement du moins.

Il s’endormit en 419 à Bethléem.

Saint Jérôme sera d’accord avec nous : mourir là où tout a commencé n’est pas vraiment mourir.

Inhumé, peut être à Rome, à Santa Maria Maggiore de Rome, canonisé vers 1588 par Sixte V.