Novembre 2019 – Cardinal John Henry Newman

Novembre 2019 – Cardinal John Henry Newman

Cardinal John Henry NEWMAN

« Guide moi douce lumière »

La colonne de nuée – Série de prières et poésies écrites par le Cardinal Newman

John Henry Newman naît le 21 février 1801. L’aisance financière de sa famille fut de courte durée et sera emportée par les conflits nés des guerres napoléoniennes ; il dut financer les études de son frère, prenant également en charge sa mère ainsi que ses deux sœurs jusqu’à leur mariage. La famille Newman faisait partie de l’église anglicane.

En 1865, John Henry Newman quitte l’église anglicane pour l’église catholique romaine, mais sa conversion est antérieure et date de 1816, il avait 15 ans. A cette époque il ne comprenait pas ce que signifiait aimer Dieu-peut-être n’était-il pas le seul-, mais un jour, une main s’appuie sur lui et le « terrifie ». Il en tombera même malade et cette même « maladie » fera de lui un « autre » homme, un chrétien avec des expériences connues de Dieu seul.

La bible, the Book of Comon Prayers et les Pères de l’Eglise, dont Saint Augustin et Saint Ambroise constituent les piliers de sa foi chrétienne. Sans oublier Thomas Scott qui marquera sa vie intellectuelle aussi sûrement que la Bible, avec son livre « La Force de la Vérité » dont le parcours oscillant entre son adhésion à l’Unitarisme jusqu’à la sainte Trinité laissera dans son esprit une marque indélébile.

John Henry Newman fut un très brillant étudiant, inscrit par son père au Trinity College d’Oxford, où tellement de matières le passionnent : de la géologie à la chimie, et passant par la musique -il était excellent violoniste- mais aussi helléniste et latiniste ; il aimait aussi lire l’Ancien Testament, dans sa première version, en hébreu, sans doute n’avait-il pas eu le temps de lire celle de Saint Jérôme. Et tout ceci à moins de vingt ans ! Classiquement son père le destinait au barreau, John Henry Newman devint à 21 ans, membre agrégé d’Orvil College. Il passera 28 années à l’université d’Oxford. Il sera ordonné diacre en 1824, deviendra prêtre anglican l’année suivante.

« Je porte la responsabilité des âmes jusqu’au jour de ma mort » dira-t-il à cette occasion. Ses nouvelles responsabilités lui feront assurer des fonctions paroissiales et d’enseignant, mais sa priorité sera celle de l’enseignement auprès des gens simples, sur le terrain comme on dit. Il aurait également voulu porter la parole de Dieu dans les pays païens, comme Saint François-Xavier.

Devenu curé de St Mary’s the Virgin, il prononçait des homélies qui sont encore, de nos jours, considérées comme des sommets de la prédication chrétienne actuelle : il parlait tout en lisant son texte d’une voix douce et musicale, tout simplement, suivants les saints exemples Saint François de Sales et de Saint François d’Assise. Pas ou peu d’envolées lyriques, aucune exaltation car ce qui lui importait est que chacun puisse tourner son regard vers son propre cœur, le « sonder » si cela est possible ; sonder son cœur n’est sûrement pas aussi facile à écrire qu’à faire ! Il faisait « ressortir » l’Incarnation, la Résurrection et la Trinité, en s’appuyant sur les Pères de l’Eglise, estimant que le chrétien n’était pas un simple croyant mais aussi un « chercheur » de Dieu.

Arriva ce que nul n’ignore à propos de John Henry Newman, le célèbre mouvement d’Oxford créé en 1833. Beaucoup de jeunes esprits militants ardents, exigeants et sincères n’étaient pas satisfaits de la situation de l’Eglise anglicane de l’époque ; ils appelaient et cherchaient surtout un juste milieu entre le protestantisme et le romanisme, une via media où la dimension spirituelle, la recherche de la sainteté constituaient le fondement de ce mouvement. John henry Newman voulait également restaurer « l’ancienne » religion avec la célébration eucharistique, le jeûne et la confession avant la communion.

« Je crois en l’Eglise, Une, Sainte, Catholique et Apostolique » tel était le « credo » si on ose dire, du Mouvement d’Oxford qui voulait voir dans l’Eglise anglicane, une église réformée et non pas protestante. Bref, une église anglicane régénérée.

Le juste milieu cherché avec force par John Henry Newman, une « quête du Graal » si proche et si lointaine à la fois ! Certes, certains voyaient bien une union entre les deux églises possibles, à la condition que Rome se réforme… Une vision tout à fait irréaliste !

Il ne faudra pas une petite dizaine d’années pour que, et malgré les meilleurs soutiens de son évêque, l’église anglicane reste anglicane ; il était hors de question qu’elle se recatholicise ! Quand on pense à l’origine de cette église, créée par la vanité d’un homme, Henri VIII d’Angleterre qui, pour pouvoir épouser une de ses nombreuses et futures femmes, rompit avec cette même église catholique. Enfin, pour en revenir à notre Mouvement d’Oxford, John Henry Newman sera désavoué par l’ensemble des évêques de l’église anglicane, sans oublier le « coup de grâce » asséné par le gouvernement anglais de l’époque et celui de la Prusse, de créer un évêché à Jérusalem, occupé alternativement par un anglican et un membre de l’église Luther-Calviniste.

Revenons un peu tout de même sur le beau travail, rédigé sous forme de tracts- 46 en tout- le premier fut écrit en septembre 1833 par de jeunes esprits comme Kebble, le révérend Bowden, William Gladstone, futur premier ministre, Frédéric Rodgers, futur Lord Blackford. Ils voulaient seulement faire reposer l’église sur l’affection du peuple et pas seulement compter sur l’arrogance et la morgue de la Upper Class ! Pour ceux-ci, l’église était plutôt considérée comme un genre de grand ministère, jouissant d’immenses privilèges et richesses.

John Henry Newman prit un peu de recul, se retire dans un petit village non loin d’Oxford, appelé Littlemore. Il y fit construire un ensemble de petits cottages, qui fonctionnait un peu comme un monastère et un collège. Il y menait une vie monacale, avec jeûne, et beaucoup d’isolement. Cela lui permit d’écrire son célèbre « Essai sur le développement » dans lequel il développe beaucoup de points majeurs : si « l’idée » du christianisme change, c’est afin de rester fidèle à elle-même ; cela concerne non seulement la doctrine chrétienne mais toute la vie de l’Eglise, que ce soit dans ses structures, sa vie sacramentelle, notamment « le christianisme n’est pas une idée mais la personne même du Christ » rappelle-t-il. L’homme pourrait-il être apprécié, parfois, parfois seulement, comme le porte-parole du Christ. A ce sujet, John Henry Newman rappelle les propos d’un des Pères de l’Eglise, l’évêque Saint Ambroise « ce n’est point par la dialectique qu’il a plu à Dieu de sauver son peuple »

Le christianisme est tout entier dans l’Incarnation et la Sainte Trinité. « Un vrai chrétien peut donc être défini comme un homme qui a un sens souverain de la présence de Dieu en lui ».

« Guide moi, douce lumière, dans l’obscurité qui m’entoure. Guide-moi de l’avant ! (…) »

Et John Henry Newman va aller de l’avant. Cela passera par sa démission, le 30 octobre 1845, de ses fonctions de l’Oriel College, et le 9 toujours au mois d’octobre il abjurera sa foi anglicane et recevra le baptême.

Il va lui falloir quitter Littlemore et partir avec un de ses compagnons pour Rome étudier la théologie, sans oublier de s’arrêter à Londres, Paris et Milan.

  • Une rencontre décisive –

L’oratoire de Saint Philippe Néri

Il ne mit pas longtemps, arrivé à Rome, à être très déçu par le faible niveau enseigné à la faculté de théologie ; il va chercher ailleurs ce qui répondait le mieux à ses exigences spirituelles pour lui-même et ses « disciples », et c’est là où il eut un coup de foudre spirituel avec l’esprit du fondateur de l’Oratoire, saint Philippe Néri.

Cet oratoire, fondé à Rome au XVIe siècle, installé dans la vieille église Saint Jérôme auquel sera ajouté une salle appelée « l’Oratoire » parce qu’on y priait et on y chantait également.

Revenons à John Henry Newman, lequel après avoir, malgré tout, terminé son cursus théologique, fut ordonné prêtre dans l’Eglise Catholique, le 30 mai 1847. Il aussi créer une fondation de l’Oratoire en Angleterre, accordée par un Bref du Pape Pie IX et c’est le 1er février 1848 que fut créé le premier oratoire anglophone à Maryvale, composée de 9 membres.

  • Un coup de foudre spirituel- où John henry Newman a-t-il enfin trouvé le juste milieu, appelé de ses vœux depuis tant d’années ?

L’Oratoire créé par Philippe Néri représentait un compromis entre les instituts religieux et la vie des prêtres diocésains. Plus encore, il trouvait beaucoup de ressemblances entre la communauté de l’Oratoire et un collège des universités anglicanes. On oubliera les dissensions qui existent toujours, quoi que l’on fasse ou pas d’ailleurs, car John Henry Newman redonnera vie à ce mouvement moribond. Ainsi, de nombreux oratoires seront fondés sur le modèle de celui de Saint Philippe de Néri, dès 1930 en Allemagne, puis les Etats-Unis, le Canada, certains pays d’Amérique latine, en Afrique du Sud et en France.

(…) La nuit est profonde et je suis loin de ma demeure ;

Guide-moi de l’avant.

Veille sur mes pas ; (…)

Des réussites en demi-teinte signèrent les dernières années de John Henry Newman. On ne s’attardera pas plus que nécessaire sur la création, suivie du désengagement de l’Université Catholique d’Irlande. Il avait rêvé qu’elle devienne une université catholique pour le monde anglophone ; c’était sans compter sur une hiérarchie épiscopale irlandaise beaucoup moins instruite, à cette époque du moins, et qui ne comprit pas que l’université n’est ni un couvent, ni un séminaire. Un juste milieu entre les deux ne put être trouvé, rien de plus difficile que le juste milieu vraiment !

Fatigué de tout cela, il démissionne, retourne à Birmingham où il doit répondre à une dernière querelle sémantique, l’art de couper les cheveux en quatre parfaitement maîtrisé et utilisé par ses détracteurs, notamment un de ses anciens et grands soutiens, forcément ! C’est de lui qu’il recevra le encore, « dernier coup de poignard » qui obligea John Henry Newman à expliquer encore, encore et toujours, la même chose-sa pensée, mais cette explication sera un chef d’œuvre ! « L’apologie pro Vita Sua » ce que l’on traduira par l’Histoire de mes Opinions Religieuses, sera un des grands classiques de l’autobiographie religieuse, que beaucoup comparent aux confessions de Saint Augustin dans lesquelles il expliquait l’histoire de ses états d’esprit successifs.

Où l’on arrive à la fin de son merveilleux poème :

« Je ne demande pas à voir l’horizon lointain, un seul pas à la fois me suffit »

Les poèmes ont toujours une fin, rarement une fin en adéquation parfaite avec la vie de son auteur, comme c’est le cas ici.

Une des dernières visites fut celle de son évêque, Mgr Uttalhorne, qui fut bouleversé par ce dernier tête-à-tête. Il le quitta en s’exclamant : « il y a un saint dans cet homme ».

Ce sera chose faite par le Pape François le 13 octobre prochain.

Monique Ravel

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