Décembre 2019 – Saint Odilon

SAINT ODILON

L’abbé Odilon où l’une des plus parfaites et saintes illustrations de la noble histoire des abbés de Cluny. Odilon en a été une des grandes âmes, rejoignant en cela l’Abbé Bernon, Saint Odon et Saint Aymar.

Il succède donc aux premiers fondateurs de l’abbaye de Cluny, fondée par le duc Guillaume d’Aquitaine en 909.

Odilon de Mercœur est né en 962, sous le pontificat de Jean XII. Il appartient à la grande aristocratie terrienne, ses parents Berald et Gerberge sa mère descendante du roi Lothaire, dix enfants naîtront de cette union.

Revenons à Odilon, qui, dès son plus jeune âge fut guéri d’une infirmité, laquelle normalement aurait dû le laisser paralysé, et voua le reste de sa vie à la Vierge Marie ; rappelons les « évènements » : se traînant littéralement dans une église et s’agrippant à la nappe de l’autel, il l’aurait appelée, priée de tout son cœur ; ce ne fut pas en vain et dès lors la consécration d’Odilon à la Sainte Vierge sera considérée comme un des plus beaux joyaux du culte traditionnel qui lui sera rendu au cours des siècles.

Bien « remis » physiquement, Odilon put suivre une scolarité exemplaire, ses parents l’envoyant dans un établissement réputé, tenu par les chanoines de Saint-Julien de Brioude où il acquit toutes les connaissances dispensées au Moyen Age, que ce soit l’astronomie, la dialectique, la grammaire, etc… ; ses capacités en firent d’ailleurs, à tout juste 26 ans, le chanoine de l’Eglise Saint-Julien de Brioude justement.

Comme le disait le chanoine honoraire d’Autun, Pierre Jardet : « Odilon disposait dans son cœur les ascensions qui font monter l’âme fidèle vers le Seigneur, Dieu des vertus ».

Sa « nouvelle » vie lui fit rencontrer d’autres âmes de grande qualité, dont celle du Saint Abbé Mayeul et de franchir une nouvelle étape en entrant, en 991, à Cluny comme novice.

Le monastère de Cluny était régi par la règle de l’ordre bénédictin, fondé par Saint Benoît, dédié aux saints Pierre et Paul, règle qui était appréciée par Bossuet comme : « un précis du christianisme, un docte et mystérieux abrégé de toute la doctrine de l’évangile, de toutes les institutions des Saints Pères, de tous les conseils de la perfection ». Cluny dont l’origine du mot signifie : « prendre accroissement » et c’est bien de cela dont il s’agit, si l’on se souvient qu’à ses débuts, l’abbaye comptait une dizaine de moines.

Odilon s’éleva dans la hiérarchie de Cluny, malgré son immense modestie, et devint coadjuteur de cette abbaye. La confiance et l’affection qui unissaient les deux hommes, fit demander au Saint Abbé Mayeul de se préparer à lui succéder ; aux dires de beaucoup, les deux âmes formaient une sainte humilité. Ce fut une période heureuse dans la vie de saint Odilon, où il avait l’assurance dans son cœur, d’être au service de Dieu. Mais cette période fut brisée par la perte de son père et celle de sa mère qui se retira du monde, renonçant à une vie terrestre classique pour entrer, à Autun, au monastère de Saint Jean où elle prit le voile et y mourut dans la plus grande perfection. Pour mémoire, ce monastère fut fondé au VIIe s en même temps que deux autres : l’un dédié à Saint Martin et l’autre à Saint Andoche, les trois étant placés par le Saint Pape Grégoire sous sa protection, et cela ad vitam aeternam. Entre parenthèses, voici un bel exemple de sujétion directe du pouvoir séculier sur le pouvoir royal.

Odilon devient Abbé de Cluny à 32 ans

L’heure avait sonné pour Odilon, et cette modestie et humilité dont on faisait état ne purent venir à bout de la volonté des hommes qui signèrent la charte d’élection d’Odilon, au cours d’une magnifique cérémonie réunissant un grand nombre de seigneurs, prélats, Rodolphe roi de Bourgogne et les 117 moines de l’abbaye.

L’abbaye de Cluny bénéficiait de nombreux privilèges du Saint Siège apostolique qui étaient essentiels, tant ses nombreuses possessions attiraient les convoitises dégénérant vite en luttes fratricides. Saint Odilon se retrouvait à la tête de 65 monastères, près de 150 chartes concernant des donations et des privilèges. Cluny possédait 23 monastères rien que sur les territoires de Mâcon, Lyon et Chalon.

L’abbé de Cluny devait tout à la fois réformer et assainir les mœurs, mais aussi acquérir d’autres monastères. Plus les abbayes étaient généreusement dotées par certains princes et seigneurs, plus ces trésors devaient être protégés et Odilon fit un nombre incalculable de déplacements à Rome au cours des cinquante-cinq années de sa gouvernance, auprès des différents papes- exception faite pour le très indigne pape Benoît IX – afin d’obtenir le maintien et le renouvellement de la protection papale sur Cluny et les monastères qui en dépendaient.

Odilon n’arrêtera pas son action à la Bourgogne mais il se déplaça dans le reste du pays, notamment avec l’abbaye de Saint Denis, en Alsace avec l’illustre abbaye de Murbach, mais aussi en Allemagne, en Lorraine ; il ira aussi en Italie à Padoue et en Espagne.

L’abbé Odilon accomplit une œuvre de régénérescence des mœurs tout en offrant aux moines une « vie de famille » avec bien sûr ses règles et devoirs.

L’abbaye étant une petite ville par elle-même, vivant en autarcie complète et devant se suffire à elle-même, elle disposait d’une infirmerie, d’écoles et de bibliothèques.

Un remarquable exemple

Le « succès » de l’abbé de Cluny, incite l’évêque d’Autun Gauthier, à donner au monastère de Cluny, l’abbaye de Mesvres, dont le prieur, Pierre de Beaufort, deviendra pape sous le nom de Grégoire XI, et fait remarquable, ce même pape ramènera la papauté d’Avignon à Rome après 68 ans d’exil.

La communauté bénédictine est donc une famille ordonnée autour de son Abbé et du Grand Prieur.

La vie était réglée dans les moindres détails, qu’il s’agisse des travaux manuels, des arts, des sciences et du service de l’apostolat. Tout cela devait répondre à un seul désir, étendre l’œuvre de Dieu. Comme on le sait, la vie monastique est la première et unique forme de l’état religieux institué par le Christ. Les moines venaient de tous les milieux sociaux, même les enfants étaient admis à cette époque. Tous se pressaient à l’abbaye de Cluny, particulièrement des princes, des prélats tant était grande la renommée d’Odilon et de son travail. Le saint Abbé avait su travailler au bon déroulement des intérêts de la « France » et de l’Eglise.

Si la vie à l’intérieur des monastères a repris un rythme normal, ce fut juste pour se battre contre un autre fléau, la famine, qui sévit tout particulièrement en 1030 et qui se prolongea trois longues années, au cours desquelles, on déterrait même les cadavres pour les manger. Le Saint Abbé fit vider les coffres de son monastère, fit fondre tous les vases en or et autres métaux précieux donnés à une certaine époque par les princes et les rois ; il ne pourra même pas garder la couronne d’or que Saint Henri avait portée lors de son sacre.

L’action de Saint Odilon ne s’éteindra qu’avec sa mort en 1049 ; il est dit que c’est Odilon qui a le mieux représenté Cluny dans son expansion et sa transformation.

Parmi tous « ses » monastères, un retient l’attention, celui de Paray-le-Monial, un de ses préférés. Odilon l’aimait beaucoup, et d’ailleurs il y accomplit un miracle, terriblement symbolique au cours duquel Dieu changea l’eau en vin à l’occasion d’un repas dans ce même monastère.

Il s’éteint au prieuré de Souvigny à l’âge de 87 ans, après avoir gouverné Cluny durant cinquante-cinq années.

Le corps d’Odilon était parfaitement conservé, et les évêques réunis à Souvigny, après avoir consacré l’église, procédèrent à l’élévation solennelle du corps de l’abbé.

« Désormais, Odilon heureux voit son seigneur et son Dieu ».

Extrait du chant du deuil du moine Jotsald sur le passage à l’Eternité du Seigneur, Odilon, Abbé de Cluny.

Aujourd’hui, il ne reste plus rien de la basilique de Souvigny, ni des reliques de saint Odilon après les destructions de la révolution de 1789.

Monique Ravel