Mai 2020 – Sainte Gisèle

Sainte Gisèle

Sainte patronne de l’Artois fêtée le 7 Mai

Car l’homme voit selon les yeux, et Dieu voit selon le cœur… (Samuel I XVI, 7)

    Se remémorer Sainte Gisèle, fait revivre deux faits marquants dans la vie des catholiques: le premier, en nous conviant en tant que bon chrétien à aller au-delà des apparences et le second avec le coup d’envoi de la création des états Pontificaux en 756 par son père Pépin le Bref.

  Sainte Gisèle appartient à une famille dont les membres parlent à plus d’un titre à la « petite » histoire et qui nous relie à la grande histoire de France.

   Sainte Gisèle était la fille de Pépin Le Bref, lui-même un des fils de Charles Martel, le sauveur de la chrétienté contre les Sarazins  à Poitiers et d’une noble dame, portant un nom bien mérovingien, Berthe de Laon, fille du comte Caribalt  de Laon, parmi les autres frères de Sainte Gisèle, Charlemagne,  qui succèdera à son père.

    Pépin Le Bref, met fin à la dynastie mérovingienne, mal représentée par Childéric III, et devient le premier roi des Francs, premier de la dynastie carolingienne, il est élu en 752.

   Une dynastie qui repose , pour la première fois, sur un pouvoir donné par les plus hautes institutions de l’Eglise , car ce n’est qu’après l’accord du pape Zacharie, qu’il sera sacré par l’archevêque de Mayence, Saint Boniface, au nom de la sainte Eglise, en 751 et  le pape Etienne II, successeur du pape zacharie, lui confèrera l’onction sainte à Saint Denis, le 28 Juillet 754 qui lui transmettait l’Esprit Saint. Par ce sacre, Pépin Le Bref était investit d’une mission de protection de l’Eglise, laquelle n’hésitera jamais à la lui  demander, ainsi qu’à son fils plus tard, le roi Charlemagne.

  Cette alliance avec L’Eglise est un évènement capital dans l’histoire de la royauté et sera longtemps reprochée au Pape Zacharie, bien après sa mort, où on l’accusait d’avoir empiété sur le pouvoir temporel. Pourtant, le roi des Francs était devenu maître des Gaules, après deux batailles victorieuses contre les saxons et le pape Zacharie n’avait fait qu’entériner l’accord pris par une grande assemblée de notables Francs ; plus de dix siècles plus tard, Fénelon se penchant sur le sujet, assurait que le pape n’avait fait que répondre à la consultation des Francs, Bossuet enfonçait le clou, estimant que donner le titre de roi à celui qui possédait déjà la puissance temporelle, n’était que juste et légitime et même Chateaubriand  n’y voyait là aucune ingérence ou usurpation, Pépin Le Bref, ayant été élu par une majorité de suffrages,  comme on dirait aujourd’hui, d’ailleurs pour lui, c’était  la monarchie héréditaire qui serait usurpatrice.

Bon sang ne saurait mentir

Pépin Le Bref était bien installé sur le trône, on sait que c’était un roi très pieux, tous l’étaient dans la famille, la reine Berthe, avait une parente qui avait fondé le monastère de Pruym, une très grande abbaye bénédictine. Leur fille  arrive au monde, en 757, dans un environnement  particulier, elle aura même deux papes pour parrains, Etienne II puis son successeur le saint pape Paul I, qui entretint une correspondance avec son père Pépin Le Bref, pendant toute la durée de son pontificat, soit une dizaine d’années de 757 à 767.

 Ces deux pontifes eurent toujours l’entier appui de Pépin Le Bref, qui les aida à  se débarrasser des Lombards. Cette peuplade germanique avait envahit l’Italie au VI siècle, fondé un état très puissant, prenant pour capitale la ville de Pavie. Le roi des Francs, petit par sa taille mais grand par son courage, avait grâce à son armée, obligé les Lombards à restituer au Pape Etienne II, la ville de Rome, Pérouse, les territoires de Ravenne, de la Corse et de la Sardaigne, ce ne sera qu’un début, mais prometteur et surtout fondateur des états pontificaux, contribuant peu à peu, à desserrer l’étau de L’Empire d’Orient sur l’Italie.

     Pendant ce temps, Sainte Gisèle accumulant toutes les qualités, grandissait en piété et beauté et était déjà attirée par la vie spirituelle. Elle demanda à Dieu de l’éclairer davantage  sur son avenir, qui se présenta sous la forme d’un gentilhomme de la meilleure noblesse carolingienne qui soit, le futur saint Venant,  lequel après avoir mené joyeuse vie, et perdu une jambe au cours d’une joute, se retrouva confiné sur son lit de douleur, ce qui va lui permettre d’y réfléchir.

Il était temps pour Saint Venant  de changer de vie, il se retira à Aire sur La Lys, en Artois, non loin du château familial où vivait Pépin Le Bref avec sa famille et bien sûr, Sainte Gisèle. Devenu très pieux, la nouvelle renommée arriva jusqu’aux oreilles du père de Sainte Gisèle, qui l’invita en leur demeure. Une invitation qu’il a dû beaucoup regretter, car Saint Venant était l’instrument de la main de Dieu, devint le guide spirituel de Sainte Gisèle et ruina les projets matrimoniaux de Pépin Le Bref prévus pour sa fille. Sainte Gisèle refusa plusieurs prétendants, et non des moindres, proposés par ses parents, dont le fils de l’empereur d’Orient Constantin Copronyme, un autre fils de roi, celui des Lombards, tous d’excellents ennemis de son père d’ailleurs. L’Eglise s’opposa fermement à de telles alliances et Dieu  cédant à ses supplications  usa d’un moyen inattendu en transformant la très belle Gisèle en une hideuse jeune fille atteinte de la lèpre ; n’écoutant que leur cœur, les prétendants se découragèrent et l’abandonnèrent. Dieu n’allait pas la laisser dans cet état plus longtemps.

   La gent féminine, de tout temps, a toujours tout fait pour être belle, c’est tout le contraire cette fois, probablement pour la première et dernière, sauf dans les contes pour enfants, souvent inspirés d’évènements miraculeux et le miracle continue  avec le retour de la beauté de Gisèle qui demande quelques explications : Saint Venant, avait payé de sa vie, son soutien à la Sainte et c’est sur son corps décapité flottant sur la Lys que Sainte Gisèle, suivant les indications divines, trouva une anguille qu’elle mangea  et sa beauté revint aussitôt.

   Le Seigneur connaissait son  âme et la confiance qu’il lui manifesta fut pleinement récompensée par une vie exemplaire consacrée à Dieu, sous la Règle de Saint  Benoit, au cours des trente dernières années qu’elle passa dans un monastère installé dans l’enceinte même du château paternel,  où elle recevait de temps en temps la visite de son frère , l’illustre Charlemagne, qui sera sacré roi en 768, après la mort de leur père Pépin Le Bref.

   Sainte Gisèle s’éteindra vers 806 ou 808, elle sera restée fidèle à Dieu, telle une jolie  flamme éternellement ardente dans son amour pour le Seigneur.

Monique Ravel