Le Saint curé d’Ars : La Force d’un Sacerdoce

Le Saint curé d’Ars : La Force d’un Sacerdoce

 Fêté le 4 août  

  «Chacun ne reçoit pas selon ses mérites mais au maximum de ses capacités propres».

Mgr Benoît Rivière 

    Le 13 Février 1818, Jean- Marie Baptiste Vianney s’adresse aux paroissiens d’Ars, dont les âmes viennent de lui être confiées par Dieu.

   Trois ans plus tôt, Mgr Simon, évêque de Grenoble,  avait ordonné à la Primatiale Saint Jean de Lyon, ce diacre si particulier, qui n’avait que vingt neuf ans; Le Saint curé  selon ses propres propos voulait  gagner beaucoup d’âmes, il ne pouvait s’imaginer à quel point il serait entendu! Le vicaire Général, qui avait choisit ce village  de 230  personnes, l’avait averti en ces termes : « Il n’y a pas beaucoup d’amour du bon Dieu dans cette paroisse, vous en mettrez»! Aucune épreuve ne pouvait rebuter Jean-Marie Vianney ; dès son plus jeune âge, il manifesta  tant de ferveur pour l’Enfant Jésus, et la Sainte Vierge; sa mère, lui contait l’Histoire Sainte, qu’il aimait déjà sans la connaître, il garda d’ailleurs, sa vie durant, une statuette de la Vierge Marie, offerte par sa mère.

     Les parents de Jean Marie Baptiste Vianney, étaient de très bonnes et pieuses personnes et, petit signe du destin, son grand-père, Pierre Vianney avait eu comme pensionnaire un certain Benoît Joseph Labre, qui ayant quitté la Trappe de Sept Fons, faisait route vers Rome. Il n’a évidemment pas croisé Jean Marie Baptiste Vianney  mais son père Matthieu, malgré son jeune âge, n’a pas dû oublier cette rencontre.

     Le Saint curé est donc un des six enfants de Matthieu et de Marie Bélure. Jean Marie  Baptiste  né le 8 Mai 1786 sera baptisé le jour même de sa naissance, dans l’ancienne église de Dardilly.  Attiré par Dieu dès son plus jeune âge, alors qu’il avait échappé à sa mère, celle-ci  finit par le retrouver, dans I ‘étable familiale, en train de prier entre l’âne et le bœuf, il n’avait pas quatre ans! Ses jeunes années passèrent vite, entre la vie familiale et les rudes travaux des champs; il avait fait sa Première communion, quoi de plus normal pourrait on penser, alors même que l’époque ne l’était pas, on était en plein régime de la Terreur, et il fallut attendre la fin de l’année 1799, pour que Bonaparte autorise le retour des prêtres en France ainsi que la réouverture des églises.

   Le Seigneur était en lui, mais il lui fallut également l’appui de l’Esprit Saint pour apprendre la Théologie et le Latin, sans lesquels, il n’aurait pu entrer au  Grand Séminaire de Saint Irénée à Lyon. Les hautes autorités de l’Eglise examinèrent l’état de ses connaissances, et en conclurent qu’il en savait autant que la plupart des curés de campagne; le voilà à Ars, pour mémoire, ce village est à 3kms au nord de Lyon, sur le plateau de la Dombe, dans l’Ain, niché sur les pentes d’un vallon, où coule le Fontblin, dominé par les monts du Beaujolais. De bien modestes maisons entourent l’église et un presbytère. Voilà  où vivra et mourra, mais beaucoup, beaucoup tard, Jean- Marie Baptiste Vianney.

Le pastorat du Saint curé d’Ars

    Sa charge est énorme, non pas tant dans le nombre des paroissiens, que dans  le travail  de conviction, de conversion, cela  aurait pu sembler inhumain pour tout autre que le Saint curé! Mais on va s’apercevoir très vite, que rien ne l’effraie, même pas le diable, qu’il avait surnommé à juste titre le grappin, lequel a tout essayé pendant trente ans pour le déstabiliser en pure perte évidemment ! Il va enfin pouvoir aimer Dieu pour ceux qui l’aiment peu ou pas, et c’est lui,  prêtre sans expérience, qui va affronter les habitants d’un village dont la vie tourne autour du travail aux champs,  toute la semaine y compris le dimanche, avec pour seule échappatoire, le bal et les cabarets, il y en avait quatre pour un village de 230 personnes !

    «J’avise le bon Dieu et le bon Dieu m’avise », devise du père Chaffangeon, des propos qui auraient pu être tenus par le Saint curé. Il se battit indirectement contre le diable, ne disait-il pas : « La danse est la corde par laquelle le démon traîne le plus d’âmes en enfer ». Un vrai fléau dans l’esprit du curé d’Ars, surtout chez les plus jeunes paroissiens, qu’il voulait absolument préserver du péché et auxquels, il lui arrivait, de refuser l’absolution après la confession.

     Le Saint  curé se demandait  comment faire passer sa force de conviction ?  Avant tout, il devait  être un modèle pour tous, sans fausse humilité, se sanctifier lui-même, faire pénitence  tout en faisant connaissance avec chacun de ses paroissiens. Ainsi, il se rendit compte que la plupart ne connaissait pas le catéchisme, pas plus les  petits que les adultes.

    Rappelons les propos de Mgr Hedley : « Le zèle des âmes, me semble formé de trois qualités : l’amour de Dieu, l’amour des âmes et ce que j’appellerais l’instinct de conquête ». Tout est dit, les deux premières conditions, étaient parfaitement remplies et la troisième, l’esprit de conquête aussi, qui se fit, petit à petit bien sûr. Tous connurent très vite leur curé, et finirent même, par l’idolâtrer pour certains. Le Saint curé pensait à tout et parmi ses nombreux projets et réalisations, celui concernant l’éducation et l’instruction des jeunes filles pauvres et orphelines, dont il voulait faire de bonnes chrétiennes, cette école, bien nommée « La Providence » devint pendant un certain temps un pensionnat et répondra au désir du curé d’Ars, de prendre soin du plus petit d’entre tous.

    Tout cela fît certainement réfléchir plus d’un paroissien, mais c’est surtout sa vie spirituelle  qui a attiré et retenu l’attention de tous ceux qui étaient devenus de vrais fidèles, et bien au-delà des frontières du département. Il est maintenant, un des curés les plus célèbres de France, on pouvait attendre des jours, voire des semaines entières pour le voir et se confesser, il fallait même prendre un ticket pour ne pas perdre sa place ! Ce phénomène s’expliquait, mais pas seulement, par la puissance de ses prêches et homélies , par les intuitions  du Saint curé, par des miracles, dont celui très symbolique, que l’on pourrait dénommer la multiplication du blé et de la farine, dont vinrent à manquer son pensionnat , il appela à l’aide un de ses Saints préférés, Saint François Régis, aussitôt prié aussitôt exaucé et laissons la conclusion, d’une lumineuse simplicité : « Le bon Dieu est bon , il prend soin de ses pauvres .» le Saint curé avait plus d’un Saint dans son cœur, avec une attention toute particulière pour Sainte Philomène, dont il avait obtenu un fragment de relique et avec laquelle il entamera jusqu’à la fin de sa vie terrestre, une «conversation spirituelle», la nommant même « sa chargée d’affaires auprès de Dieu ». Elle l’a certainement aidé dans le choix de ses lectures,  car c’est bien après avoir fait sa théologie au grand séminaire, qu’il étoffera ses connaissances dans ce domaine, séminaire où l’on enseignait une stricte observance des « lois » pour avoir droit aux sacrements de Pénitence et de l’Eucharistie.

    Et pourtant, il attirait et retenait les fidèles car s’il paraissait sévère et rigoureux, à chaque fin de ses sermons sur la mort, le Jugement Dernier et l’Enfer, les fidèles retenaient surtout quelque chose d’autre, qui relevait de l’amour de Dieu. « Je ne suis bien que lorsque je prie pour les pécheurs » avait il coutume de dire. La pénitence était toujours adaptée à la faute, une expiation ad hoc. Ecoutons Mgr Francis Trochu : « Il possède la science du prêtre avec des aperçus lumineux, profonds, dignes parfois d’un Père de l’Eglise ».Le Saint curé d’Ars, s’inspirait des trois sermonnaires suivants: Le missionnaire de l’Oratoire par le Père Le Jeune, Les Prônes de Mgr Claude Joly, évêque d’Agen, ainsi que les Instructions Familières pour la prière du soir pendant le Carême et le Cours d’instructions Familières ou les principaux évènements de l’Ancien Testament par le chanoine Bonnardel d’Autun.

   Les intuitions du curé d’Ars, ou la vue mystérieuse du passé, du présent ou de l’avenir, et la lecture dans les cœurs. Le Saint curé fera partie du petit nombre de Saints, qui auront ce privilège, parmi lesquels le saint pape Pie V, Catherine de Sienne.

    Pour les fidèles, qui aiment écouter, entendre et surtout comprendre, le Saint curé savait « prendre » les cœurs  simples, ainsi, pour en revenir au repos dominical qui est fondamental dans notre religion, il utilisait une image toute simple : « Le dimanche est le jour du Seigneur, Il a fait tous les jours de la semaine, Il pouvait tous les garder, Il vous en a donné six, Il ne s’est réservé que le septième. De quel droit touchez- vous à ce qui ne vous appartient pas ? Vous savez que le bien volé ne profite jamais. » Voila aussi, comment il rappelle le rôle de la Sainte Vierge, entre Dieu et les hommes : « On n’entre pas dans une maison sans parler au portier, eh bien la Sainte Vierge est la portière du Ciel (…) Nos prières, présentées par la Sainte Vierge ont un tout autre mérite. Lorsqu’on veut offrir quelque chose à un grand personnage, on fait présenter cet objet par la personne qu’il préfère(…) La Sainte Vierge est la seule créature qui n’ait jamais offensé  Dieu».

    Le Saint curé, peut aussi s’adresser à des grands esprits, déjà avisés des mystères de la foi, ainsi le grand dominicain Henri Lacordaire, qui déclara que le Saint curé lui avait fait  comprendre le Saint Esprit, ajoutant qu’il aurait bien aimé prêcher comme lui. Le Saint curé n’a laissé aucun pécheur de côté ; et dire que l’un de ses désirs profonds, était de quitter Ars, ce qu’il avait d’ailleurs tenté à deux reprises, en vain, avant d’être «rattrapé» par ses paroissiens,  il voulait  avoir deux ans devant lui,  avant de quitter cette terre afin de se recueillir et de prier. Mais telle n’était pas la volonté de Dieu, pas plus que celle de son évêque, Mgr Devie.  Dieu s’était manifesté auprès de son très Saint curé, sans que celui-ci en fasse état publiquement ; parfois, ce dernier  se trahissait par un mot, révélant alors, qu’Il lui avait parlé, en réponse à une demande de l’épouse, ou de la fille de certains défunts, en les rassurant sur leur destination céleste ou pas. Ce sont des grandes faveurs mystiques données  à cet ami de Dieu, que fut le curé d’Ars.

   Nous sommes à l’aube d’un jour très triste pour nous, misérables pécheurs et très heureux pour le Saint curé qui va rejoindre le Père, un jeudi 4 août 1859, à  deux heures du matin.

   La Sainteté du curé d’Ars fut reconnue par le pape Pie X, et il sera  canonisé par le pape Pie XI lors de cérémonies d’une munificence inégalée , trente cinq cardinaux , deux cents évêques entouraient le souverain pontife, et la place Saint Pierre résonna longtemps des prières qui s’élevèrent pour remercier le Saint curé d’Ars de tout ce qu’il avait donné à ses semblables pour l’amour de Dieu.

  Monique Ravel

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