Octobre 2020-Saint Bruno

Octobre 2020-Saint Bruno

                                      Fêté le 6 octobre

De Cologne à la Grande Chartreuse, un parcours jusqu’au faîte de la foi.

Depuis le jour de sa naissance en 1030  à  Cologne, sur les bords du Rhin,  jusqu’à celui de sa mort terrestre, le 6 octobre 11O1 à la chartreuse Santa Maria Della Torre, dans une région désertique de la Calabre, au sud de l’Italie, le chemin n’aura pas été aussi escarpé qu’il n’y paraît.  Ainsi que nous allons le voir, son ascension accompagnée de ses premiers fidèles amis, avait déjà débuté dans son âme!

Appartenant à la très ancienne famille d’Hartenfaust, ses parents et tout particulièrement sa mère, surent très tôt, que cet enfant appartenait déjà au Seigneur, il n’avait pas encore quinze ans, qu’il était déjà destiné au sacerdoce, il fut envoyé à la grande collégiale de saint Cunibert, dont les enseignants ne se rappellent pas avoir eu de meilleur étudiant que celui- là! L’archevêque de Cologne le nomma chanoine métropolitain ; l’avenir s’annonçait prometteur, beaucoup trop pour Saint Bruno, lui qui ne désirait que le silence, seul capable de le conduire à la vie contemplative qu’il désirait tant !

Pensant échapper au  monde, il rejoint alors la France, pays qu’il aimait beaucoup, ne le surnommait-on pas Bruno le français ? Installé à Reims, il se retrouva dans la même situation, trop brillant pour passer «inaperçu». Il retourne à Cologne, pour se préparer au sacerdoce, parcourir les villages où il aimait parler et faire connaître Dieu. Soudain son destin se rappelle à lui, en la personne de Gervais, l’archevêque de Reims, lequel n’avait jamais oublié Bruno et le désirait ardemment à ses côtés. Il le nomma chancelier des écoles du diocèse et chancelier théologal.

Sa science était aussi grande que sa modestie, elles firent toutes deux des merveilles! Il paraît qu’il n’avait pas d’égal pour commenter les divines Ecritures et bien qu’il n’ait laissé que peu d’ouvrages, son Commentaire sur les Psaumes faisait dire aux spécialistes de l’Histoire littéraire de la France : « Il serait difficile de trouver un écrit de ce genre, qui soit, tout à la fois, plus solide et plus lumineux, plus concis et plus clair. Si l’on en avait plus de connaissance, on en aurait plus d’usage ; on l’aurait regardé comme très propre à donner une juste intelligence  des Psaumes. 

                                             Le Concile d’Autun en 1077

La vie spirituelle, impliquait le combat pour défendre l’Eglise et pour  l’empêcher de passer sous la coupe du pouvoir royal, lequel, profitant du décès  de Gervais, l’archevêque de Reims, oblige Bruno  à se battre pour éviter l’arrivée sur le trône épiscopal d’un candidat indésirable, un certain Manassès. Il appela à l’aide les plus hautes instances ecclésiastiques, un représentant du pape fit le déplacement jusqu’à Autun, pour démettre  l’usurpateur et, sans surprise, Bruno fut  désigné  pour lui succéder, mais sans surprise aussi, Bruno refusa cet honneur, il quitte pour la seconde fois Reims, il n’y retournera plus jamais.

Songeons qu’à cette époque, il n’avait même pas encore atteint sa quarantième année. Malgré tout, il était temps d’aller au plus profond de lui-même, pour être enfin au plus près de Dieu!

En route vers la Grande Chartreuse, il s’arrêta à Molesmes, où il entra en amitié avec l’abbé Robert, le futur fondateur de l’Ordre de Citeaux, de cette rencontre naîtra également l’embryon de ce qui deviendra l’Ordre des Chartreux. Probablement à cette époque, aucun n’avait vraiment ce projet à l’esprit, comme Monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir, peut- être faisait il de la méditation sans vouloir lui donner une assise aussi structurée, laquelle fera d’ailleurs la symbiose entre la vie érémitique et la vie cénobitique.

Ainsi, La méditation et la contemplation sont indispensables à la connaissance de Dieu Lequel n’a révélé ses grands secrets à ses serviteurs que lorsqu’ils étaient seuls. Ainsi Jacob, Jésus-Christ, Jérémie, et la multitude de tous les saints, Paul, Antoine, Benoît pour n’en citer que quelques uns ont- eu ce privilège parce ce qu’ils étaient tous à l’écoute de Dieu.

                           La marche des sept compagnons

Cette fois-ci, Bruno et ses compagnons, dont Robert, l’abbé de Molesmes, Lauduin, Etienne Du Bourg, Etienne de Die, Hugues le Chapelain, et deux laïques, André et Guérin s’enfoncèrent dans cette vallée inhospitalière du Dauphiné, qui dit vallées dit montagnes, le massif de la Grande Chartreuse culmine à 2O82 mètres d’altitude. Ce n’est pas cela qui allait les freiner, avec à leur tête l’évêque de Grenoble, qui avait vu en songe l’endroit précis, où poser les premières pierres si l’on peut dire, dans une région qui n’en manquait pas, que l’on appellera la Grande Chartreuse. On n’imagine pas la joie de Bruno et ses amis, en arrivant là haut. Ils vivront six ans  dans des cabanes, des huttes, faites en branchage ; le premier «édifice» qui  sera construit, sera une  chapelle dédiée à la Vierge Marie, avant même l’édification de l’église.

  Enfin, après tous ces obstacles, ils pensaient enfin trouver et retrouver le silence dont ils avaient tant besoin, mais non, Dieu en avait décidé autrement, il était dit que Bruno, ne pouvait se soustraire à l’appel d’un de ses anciens élèves, l’ancien chanoine de Reims, devenu entretemps pape sous le nom d’Urbain II; Il repart à la cour pontificale, qui n’était pas à Rome, puisque le schisme était consommé entre l’Eglise et l’empereur Henri IV , et qui avait  d’ailleurs nommé un autre pape, l’anti- pape Clément III. Le vrai pape, Urbain II s’était réfugié en Italie du Sud ou il trouva des soutiens parmi les ducs Normands installés à cette époque dans la région, et le pape, grâce  à  ses nombreux soutiens et à Saint Bruno, put regagner Rome en octobre 1093.

  Saint Bruno était, après ces dernières péripéties pour lui du moins, arrivé à sa dernière destination terrestre. Certains se sont demandé pourquoi il n’était pas retourné à la Grande Chartreuse, voilà une question sans réponse. Ecoutons un des successeurs de Saint Bruno, Denis le Chartreux transmettre ce message aux chrétiens: «La contemplation est une connaissance de Dieu, prompte, exacte, affectueuse.» Saint Bruno était arrivé à destination mais pour ceux qui restaient, ce fut un véritable cataclysme, les écrits de chacun sur le Rolliger, grand rouleau, qui fit le tour des autres chartreuses,  sont des écrits bouleversants: Il fut pieux, savant, rempli d’amour, pour tout ce qui est bien, bon et honnête.

Pour Saint Hugues, l’évêque de Grenoble qui le connaissait si bien, Saint Bruno était un modèle de vertu de gravité et de parfaite maturité.

Pour Denis Le Chartreux : « Lorsqu’un homme de ce genre apparaît ici-bas, personne ne se méprend sur son mérite, il est une gloire pour l’humanité qu’il élève à son plus haut degré de perfection »   

La Grande Chartreuse connut bien des épreuves, qu’elle surmonta  glorieusement et à sa résurrection, après la Révolution Française, le pape Pie XI, a dans la Bulle «Umbratilem», en date du 8 juillet 1924 donné son Approbation  de la vie des Chartreux.

En 2018, on comptait 17 Maisons de moines et 5 de moniales, dont 3 en France , ainsi qu’en Allemagne mais aussi en Espagne, au Portugal, Brésil, en Argentine  et en  Corée du Sud.

Monique Ravel

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