Saint Anselme – Fête le 21 Avril

Saint Anselme – Fête le 21 Avril

« Je ne cherche point à comprendre pour croire, mais je crois afin de comprendre »  Saint  Anselme, archevêque de Cantorbéry, Docteur de l’Eglise.

  Saint Anselme a légué l’une des philosophies chrétiennes la plus complète qui soit, avec entre autres, ses traités sur la  concorde de la prescience, de la prédestination et de la grâce avec le libre arbitre ; ainsi que sa doctrine théologique sur l’Origine du Mal, la Rédemption, l’Immortalité de l’âme.

   Saint Anselme est né vers L’année 1034, dans une noble et riche famille italienne, installée depuis des siècles dans la vallée d’Aoste, à Gressan. Ses parents, Gondulphe de Gislebert son père et Emmemberge, sa mère, apparentée à la Maison de Savoie, ne le destinaient pas particulièrement à une vie religieuse.

   Anselme voyait les choses différemment et aspirait à une vie auprès de Dieu, dans l’humilité la plus parfaite possible. D’emblée, il tenta d’entrer dans les Ordres, mais après le refus de son père et la mort de sa tendre mère, il quitta le château familial, et son pays, pour la Bourgogne, puis la Normandie  et le célèbre monastère du Bec, situé dans la vallée du même nom. A sa tête, L’Abbé Lanfranc de Pavie dont il deviendra le disciple et l’ami; L’un succédant à l’autre tout au long de leur vie ecclésiastique. A la façon dont les évènements s’enchaînèrent, rien ne pouvait empêcher, l’installation de Saint Anselme, sur le trône épiscopal de l’archevêché de Cantorbéry.

  Avant de devenir archevêque, il succède à L’Abbe Lanfranc, à la tête du monastère bénédictin. Il avait vingt sept ans, et accepte cette charge contre sa  volonté, et à regret ; lorsqu’il deviendra archevêque, cela se fera également contre sa volonté, toujours dans ce même esprit d’humilité, qui est une des composantes de la personnalité de Saint Anselme.  Mais Le Seigneur va l’aider et il parviendra ainsi, à  conjuguer, tout au long de sa vie, l’humilité à d’éminentes fonctions au sein de l’Eglise.

  C’est d’ailleurs lorsqu’il était Prieur du monastère du Bec, qu’il  composa une œuvre majeure: le Proslogion,  démonstration de l’existence de Dieu, «à priori ». Ses immenses travaux philosophiques lui valurent la réputation de métaphysicien et de philosophe du Christ, rappelle Charles de Rémusat, l’éminent auteur et spécialiste de Saint Anselme. Quant aux destins de Lanfranc et de Saint Anselme ils ne cesseront de s’entrecroiser. Le premier devient archevêque de Cantorbéry et, à sa mort, Saint Anselme lui succèdera, une arrivée qui semblait  être très attendue, sa réputation  de sainteté  l’avait déjà précédée Outre-Manche.

  Saint Anselme a été une des figures majeures de ce siècle, au cours duquel l’Eglise et le pouvoir royal n’ont cessé de s’affronter dans de vraies guerres -les Croisades-, mais aussi dans des luttes psychologiques menées au nom de la vanité, de la médiocrité et de la violation des engagements inscrits au bas des parchemins !

  Pourtant Saint Anselme se retrouve  en Angleterre, dirigée à l’époque d’une main de fer par le fils de Guillaume Le Conquérant, Guillaume II, dont on disait «Qu’il craignait Dieu bien peu et les hommes pas du tout». On comprend mieux le peu d’enthousiasme de Saint Anselme à devoir collaborer, en tout cas, essayer du moins, à vivre en bonne intelligence avec un tel personnage. Il lui répondit tout de même qu’il trouverait devant lui: « Un homme qui combattrait avec la douceur de l’agneau et la force du lion ».

  Saint Anselme, eut avec le roi, des discussions de « marchand de tapis », qui devaient terriblement l’affliger, des discordes portant sur la question des nominations des membres du Haut Clergé, et des biens spoliés appartenant à l’Eglise. En son temps, le pape  Grégoire VII avait pris un ensemble de dispositions, qui ne pouvaient être exécutées qu’après l’approbation du Saint Siège, sous peine d’excommunication. Mais Guillaume II  avait besoin de redorer le blason de l’Eglise d’Angleterre; On n’hésita pas à  circonvenir  Saint  Anselme alternant menaces et serments, Saint Anselme avait d’excellents arguments, pour refuser dans un premier temps cette charge; n’oublions pas qu’il était toujours Abbé du monastère du Bec, qui dépendait de la juridiction de Rouen et de la souveraineté du duc de Normandie, et relevant du Bienheureux pape Urbain II. Mais rien n’arrête Guillaume II, tout était bon, même le chantage à la maladie, pour forcer la main de Saint Anselme, l’obliger à accepter la Crosse et le Bâton pastoral ; même les moines du monastère acceptèrent de bon cœur qu’il quitte ses fonctions d’Abbé et Saint Anselme finit par être installé de force, sur le trône épiscopal, et comme il refusait de prendre la Crosse, un évêque parvint à lui redresser un doigt, et entre le pouce et l’index, lui mit la Crosse de force contre sa main, en les tenant l’une et l’autre fortement serrées : par ce geste symbolique, Saint Anselme  devenait archevêque.

  Saint Anselme entre dans l’histoire de l’Eglise d’Angleterre  le 6 Mars 1098, en devenant archevêque de Cantorbéry

  Début d’un parcours semé d’embûches, un parcours redoutable pour cette grande âme du Seigneur, que Guillaume II et plus tard, son frère Henri I qui lui succèdera, n’hésitèrent pas à tromper avec des déclarations grandiloquentes, des promesses non tenues, et des menaces physiques. Devenu archevêque, Saint Anselme tenait absolument à recevoir le Pallium des mains du pape lui-même, ce qui lui permettait en même temps, de prendre quelque distance  avec cette Cour si éloignée de l’esprit de Dieu. Hélas, Il devait demander l’autorisation au roi, qui lui créa encore beaucoup d’embarras, puis finit par l’autoriser à partir, quasiment sans rien, où guère plus !

  En route pour la France, il fut arrêté par des sbires du roi, pensant qu’il emmenait avec lui le Trésor de la Couronne, mais dès que ces hommes le virent, ils sentirent naître le respect et l’amour comme s’ils s’étaient retrouvés en présence d’un ange!

   Il quitta enfin le sol anglais, et arriva sans encombre en Bourgogne à l’abbaye de Cluny, où Saint Hughes lui réserva, avec les moines, un accueil triomphal. Quelque temps plus tard il reprendra la route, en direction de Lyon, où il demeurera chez le Légat du Pape, jusqu’au printemps  suivant avant de passer les Alpes pour rejoindre l’Italie.

                                  Saint Anselme chez le pape Urbain II              

  Leur rencontre sera quelque chose de fort, entre ces deux grands hommes, un peu comme cela l’a été avec Lanfranc de Pavie, de l’ordre d’un mutuel appui spirituel, reposant sur une immense estime. Le pape Urbain II était surnommé le pape des Croisades, son charisme galvanisa les grands seigneurs du royaume, chevaliers et hommes d’armes pour les envoyer défendre la foi chrétienne, jusqu’aux murs de Jérusalem.  

  Son appel retentit dans le monde entier,  pour demander aux chrétiens d’Occident, de soutenir leurs frères d’Orient ; avec en toile de fond, la tenue  de plusieurs synodes, notamment le synode général qui eu lieu à Rome, en 1099, en présence de cent cinquante évêques, dont Mgr Norgaud, évêque d’Autun, au cours duquel, on débattit de deux questions essentielles:

L’une concernant la position des évêques Grecs qui voulaient se servir de l’Evangile pour prouver que le Saint Esprit ne procède que du Père ; ce qui obligea le pape Urbain II à demander l’appui de Saint Anselme , en des termes très émouvants : « Venez à notre aide Envoyé de Dieu (…)  Saint Anselme répondit immédiatement à l’appel du pape et d’écrire son magnifique traité : De La Procession du Saint -Esprit  contre les Grecs par lequel il démontra de façon magistrale que c’est bien dans l’Evangile que l’on peut lire : « Tout ce que fait le Père le Fils le fait également ». Jésus -Christ dit lui-même : « Le Père et moi sommes un. »  Ce fut un succès éclatant, à tel point que même les évêques Grecs reconnurent leur erreur.

 L’autre était intitulée l’Affaire du roi d’Angleterre et  portait sur les prérogatives que s’accordait indûment Guillaume II, dans l’organisation de L’Eglise. Le pape ordonna donc la promulgation de décrets afin de remettre de l’ordre dans l’Administration de l’Eglise, notamment dans le groupe des évêques courtisans, des prêtres mariés, et l’interdiction formelle de violer la loi du célibat, de la pratique des simonies, c’est -à -dire de l’achat des titres ecclésiastiques, des ordinations  et l’obligation de jeûner le vendredi.

Seulement dix -huit canons ont été conservés sur la totalité des mesures prises lors de cette assemblée. Finalement rien ne changera vraiment, rien  n’empêchera Guillaume II et plus tard, son frère Henri I, de continuer comme avant, hésitant entre mensonges et mauvaise foi !

  Saint Anselme retourna en Angleterre, où courageusement, il reprit  son bâton de pèlerin, pour faire valoir les droits de l’Eglise et la prééminence de l’autorité papale sur celle du roi.  Entretemps,  Guillaume II avait été tué au cours d’une partie de chasse, un de ses frères, Henri I se précipita sur le trône.

   Le roi Henri I était tout son contraire. C’était un jeune homme qui n’avait jamais quitté le sol anglais, et avait reçu une solide éducation, il ne savait pas écrire mais il savait lire, on dit même que c’était le premier Normand qui savait lire ! On le surnommait « Le Beau Clerc », tout un programme ! Formé avec grand soin à l’art de gouverner, certains se remémoraient, en le voyant, cette maxime de Platon : «Heureux les peuples, s’ils avaient des sages pour rois ; heureux les rois, s’ils étaient des sages ».

  Henri I ne déçut pas les attentes, du moins au début, et pris beaucoup de mesures pour faire régner la justice et l’équité. Les taxes injustes étaient supprimées, les prisonniers d’Etat  mis en prison pour dette fiscales, étaient libérés ainsi que les « efféminés » et surtout, il rappela l’archevêque de Cantorbéry.  Il lui écrivit en termes extrêmement touchants et respectueux dont on reproduit ici quelques extraits : « sachez bien-aimé Père, que mon frère, le roi Guillaume est mort(…) J’aurai voulu recevoir de vos mains l’onction royale, on ne m’en a pas laissé le temps(…) Je remets ma personne et tout le peuple du royaume sous votre direction. (…)Hâtez vous donc mon Père. Venez rendre la joie et le salut à notre mère la sainte église de Cantorbéry, si longtemps, veuve et désolée ».

  Mais les évènements se précipitèrent, avec la mort du Bienheureux Urbain II, le 29 juillet 1099, quatorze jours après la prise de Jérusalem par les Croisés. A-t-il eu le temps de connaître cette nouvelle ? Toujours est-il qu’Urbain II avait terrassé la fureur des schismatiques et des simoniaques.

  Son successeur, le pape Pascal II, lui rendit un hommage des plus vibrants, qui ressemblait déjà à une canonisation,  « Nous ne nous écarterons jamais de la voie tracée par notre prédécesseur, Urbain II, l’homme de Dieu, le pontife de sainte et bienheureuse mémoire ».

  Il ne restait plus qu’une dizaine d’années à Saint Anselme  pour faire respecter les décisions du pape, notamment la restitution des biens de l’archevêché de Cantorbéry. On se souvient qu’Henri I s’était emparé du trône, profitant de l’absence de son autre frère Robert, parti justement pour les Croisades, mais ce dernier en revint, sain et sauf et tout prêt à faire valoir ses droits sur la couronne britannique ;  Henri I, comprenant le danger se plaça immédiatement et très courageusement  sous la protection de Saint Anselme.

      Retour de Saint Anselme sur le territoire anglais  à Douvres en 1100.

   Il  finit par déminer le terrain et réussit à convaincre les barons, de demeurer fidèles à Henri I, mieux  encore, il réconcilia les deux frères, un miracle, comme ceux accomplis au cours de  son séjour à Cluny,  où il exorcisa une jeune fille et chassa le démon qui l’avait possédée ; et plus tard sur la route de Macon, il fit tomber une grande pluie qui succédait à une grande sécheresse.

    Dieu ne se manifeste pas souvent auprès des grands de ce monde comme on dit, pourtant après un énième et avant-dernier retour en Angleterre, Henri I et Saint Anselme se retrouvèrent au monastère du Bec, où ils signèrent un accord digne de ce nom, le premier renonçant  à intervenir dans les nominations ecclésiastiques, le second consentant à prêter hommage au roi pour les terres reçues de l’archevêché par Guillaume II. La boucle était bouclée.

  Saint Anselme recevait ainsi à la fin de sa vie, les fruits de son ardeur et de son labeur qui lui ont permis de faire respecter les justes attentes des deux souverains pontifes qu’il eût à servir.

   On a le temps de lire avec respect cette demande qu’il fit à Dieu : «Loin de moi la présomption de mesurer à votre infini la faiblesse de mon intelligence, mais je voudrais me faire en quelque idée intellectuelle de votre vérité que mon cœur aime et croit (…) Donc, Seigneur, vous qui donnez l’intelligence de la foi, faites moi la grâce, dans la mesure où vous le jugerez utile, de comprendre que vous existez, ainsi que nous le croyons (…) ».

    Saint Anselme bénira le royaume d’Angleterre avant que le Seigneur ne rappelle sa belle âme, au matin du 21 avril 1109, de la Semaine Sainte.

    Il est inhumé dans la cathédrale de Cantorbéry

   Le pape Clément XI  le fera Docteur de l’Eglise avec l’office et le rite propres, au jour de sa fête.

   Il nous donne cette dernière pensée à méditer : 

« J’aimerais mieux aller en enfer sans péché qu’en paradis avec un péché ».

Monique Ravel

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