Juin 2021-Saint Jean-François Régis

Juin 2021-Saint Jean-François Régis

Prêtre et Saint Patron des Jésuites de la Province de France

                 « La Charité change le monde et l’Histoire. » Pape François

   C’est à se demander si le Pape François n’a pas dit cela en pensant à  Saint Jean-François Régis !   A lui et à tous les autres bien évidemment. Les  saints ne sont qu’amour et charité ; il n’y a pas d’ordre dans la sainteté, si ce n’est celui de l’arrivée de chacun au Paradis  bien qu’ils soient au premier rang des combattants de la pauvreté dans le monde entier.

   Par ailleurs, aucune autre région que les Cévennes et le Vivarais, actuelle Ardèche, ne pouvait offrir un plus bel écrin au futur Saint Jean-François Régis, pour qu’il puisse exercer pleinement sa foi , et ce en raison même de la guerre menée entre Huguenots et Catholiques, sous les yeux effarés et apeurés des habitants de cette région, pourtant habitués à dompter une nature indomptable mais qui finirent par se détourner de Dieu.

  Une région montagneuse, composée de vallées enchevêtrées de grottes, de forêts impénétrables, entourées de ravins, de chemins impraticables, aux hivers très froids ; tel est le cadre de la vie du futur Saint Jean-François Régis et pour parachever le tout, une épidémie de peste décimait les habitants à cette époque.

  Nous sommes au XVII siècle, François -Régis naît très précisément le 31 janvier 1597 et quittera cette terre un 31 décembre 1640. Entretemps, quarante trois années d’une vie passées au service de Dieu et des hommes, ses frères, ses semblables. Il voit le jour à Fontcouverte, dans l’Aude entre Carcassonne et Narbonne ; le fils de Jean de Régis et de Madeleine d’Arse, appartient à une famille de gens de robe et de propriétaires terriens, d’ailleurs en pleine ascension sociale, ce qui ne les empêche pas de vivre simplement, et de parler le patois des paysans, notamment  Jean-François Régis.

  Il commence ses études  au collège de Béziers dont l’enseignement était assuré par les Jésuites, il a tout juste quinze ans ; là où il apprendra le latin,  langue qu’il parlera couramment d’ailleurs. Ce jeune homme est très intelligent et très sensible. Un exemple parmi d’autres ; un jour alors qu’il n’était encore qu’un enfant se promenant avec sa mère, il l’effraya en lui disant : » Ma mère, je serai damné. » Heureusement, ce n’était là qu’une mauvaise interprétation enfantine, et Jean-François Régis de préciser : «  Au Ciel, ma mère, au Ciel ».

  Avant d’arriver au Ciel, tant espéré et tant mérité, il y avait beaucoup de travail à faire sur terre, est-il nécessaire de le dire, comme il ne l’est guère plus de rappeler qu’il fut un élève exceptionnel, un exemple pour ses camarades de classe, certains disant déjà qu’ils voyaient en lui un saint.

  Tout ceci ne l’empêche pas de vivre cette première jeunesse dans une relative insouciance, mais avec tout de même une seule idée en tête ,celle d’entrer en religion: l ’amour de Jésus devant le tabernacle, son horreur du péché  et son effroi en entendant les récits sanglants des huguenots commis en Mai 1562, à Béziers, lui firent rejoindre en 1613, la noble et royale confrérie des Pénitents Bleus de Saint Jérôme de Toulouse, créée pour demander à Dieu son aide afin de se débarrasser de l’hérésie. Confrérie d’inspiration Franciscaine dirigée par Georges d’Armagnac, archevêque de Toulouse et Jean Etienne de Duranti, en l’honneur de Dieu Crucifié, Immolé dans l’Eucharistie, sous la protection de la Sainte Vierge. Les Confrères devaient visiter et assister les pauvres dans les difficultés de la vie quotidienne, mais aussi donner un travail aux garçons et un mari aux filles.

  A la fin de ses études, Jean-François Régis intègre la Compagnie de Jésus où ses années d’études se partagent alors entre la Littérature, la Théologie et l’Enseignement classique, appelé Régence.

         Premier tournant décisif dans la vie de Jean-François Régis, où il  va devenir missionnaire et catéchiste.

 Il débute sa nouvelle vie  à Toulouse en 1816, le huit décembre, jour de la fête de l’Immaculée Conception ; il entre alors comme Novice chez les Jésuites. Formé par les Exercices Spirituels de Saint Ignace de Loyola, il allait choisir les humiliations plutôt que les honneurs et appliquer ce que l’on appellera la théorie des petits pas, qui n’implique pas de faire des choses extraordinaires mais de les faire par amour pour son prochain ! Et c’est là où Jean-François Régis magnifiera cet amour pour ses frères qui le conduit à soigner les malades atteints de la peste, rien ne le rebutait, ni les abcès ni les plaies purulentes, rien ne l’arrêtait !

  On le retrouve à Cahors où il prononce ses premiers vœux, il part ensuite à Billom et Tournon ;  ensuite il rejoindra la ville du Puy, et Auch.

  Il parcourra surtout la plupart des villages du Vivarais. Deux désirs l’animaient, le premier était en train de se réaliser, devenir religieux et le second, était de devenir missionnaire au Canada ! D’autres étaient déjà allés avant lui évangéliser les tribus de Hurons. On ne peut s’empêcher de reproduire quelques lignes de la lettre qu’il envoya au Père Général des Jésuites, tant elle est émouvante !: « Je me sens un si grand désir d’être envoyé dans les Missions du Canada que je me croirais coupable d’avoir manqué à ma vocation si je cachais à votre Paternité les sentiments que j’ai à cet égard(…) Je la supplie  d’exaucer mes vœux (…) .» Le Père Général ne pouvait rester insensible à un tel appel mais lui-même devait obéir au Très Haut qui voulait maintenir Jean François-Régis sur les terres cévenoles. C’est  ainsi que ce dernier  arrive dans le secteur des Boutières,  dans le Haut Vivarais, en Ardèche, région montagneuse, située à l’Est du Massif Central. On l’aura compris, il n’ira jamais au Canada, il y a avait tant à faire ici !  D’ailleurs, il ne s’arrêtera plus !

  Le voilà maintenant au bourg Du Cheylard, situé dans un cirque de montagnes entourés d’anciens volcans. L’aridité de ce lieu n’avait d’égale que celle de ses habitants, néanmoins il trouva un allié en la personne du seigneur du lieu, Guillaume  Bayle de La Motte Brion. Hélas, la Foi était presque morte ; il parviendra  néanmoins à la revivifier, tout simplement par cette façon qu’il avait d’être l’ambassadeur du Seigneur et personne ne pouvait douter que Dieu s’exprimait à travers lui !  Jean-François Régis évangélisera d’autres lieux, des paroisses sans paroissiens ou presque, et sans églises où seulement quelques murs.

  En fait, l’action de Jean François-Régis s’inscrivait dans la         longue tradition de l’apostolat des Jésuites auprès des Catholiques des villes ou des champs. Il faut l’imaginer aller par tous les temps, catéchiser, réconforter les uns, soigner les autres,  la preuve magnifique qu’il était porté par notre Seigneur Jésus- Christ ! Comment aurait- il pu en être autrement ! Imaginons-le s’alimentant à peine, dormant deux heures, portant un cilice sous ses pauvres vêtements, il nous fait penser à Saint Benoît-Joseph Labre, qui parcouru une petite partie de l’Europe avec les mêmes bagages spirituels  et matériels que Jean-François Régis, pour aller au-devant des hommes et leur faire connaître le Fils de Dieu.

  Son but était de réunir ses frères, de faire cesser ces guerres de religion, et avec ses « moyens », il rétablira une certaine paix et un peu d’amour dans le cœur de certains d’entre eux. Mais sa tâche était rude ; à titre d’exemple, un seigneur de la Cour relevait même que les Huguenots Du Cheylard avaient été les plus séditieux de France. Cette mission Du Cheylard fit mieux connaître Jean -François Régis, qui sera bientôt appelé le saint.

  Lacham – Raphaël, à 1330 mètres d’altitude, un lieu difficile  d’accès, il en avait l’habitude, mais c’était plus pratique pour lui car cette bourgade reliait la ville de Privas à celle du Puy.  Et  le  temps presse, le futur saint sème autant qu’il peut : il se rend à Sagnès,  puis à Sainte Eulalie, où l’église avait même conservé son « clocher garni de cloches ». Il arrive à Privas, peuplé à l’époque  de pauvres hères, voleurs en tout genre, mais il fit tant et si bien que certains l’écoutaient et d’autres apprirent même quelques rudiments de catéchisme.

  Son périple continue : il arrive à Saint Agrève, qui dominait le contrefort granitique des Cévennes, comme il est écrit dans les livres de Géographie, séparé par les vallées du Doux et de l’Eyrieux. C’était un des bastions des Réformés, où il régnait, selon les termes de Geoffroy Du Monteil,  au moment du procès de béatification de Jean-François Régis : « La mauvaise foi, l’impiété, le meurtre et le banditisme ; plusieurs prêtres avaient été tués, et où l’église est demeurée pendant plus de quarante ans sans aucun pasteur et curé titulaire. »

   Et bien là aussi, Le futur Saint fit des miracles, rien qu’avec ses catéchismes qui étaient très écoutés ! Toujours, cette sainte approche de la théorie «des petits pas.»

  Le catéchisme met Saint Jean François-Régis au comble du bonheur spirituel. Catéchisme définit dans la Bulle du Pape Paul III au moment de l’approbation de la Compagnie de Jésus : « Faire progresser les âmes dans la vie et la doctrine chrétienne,  travailler à la propagation de la foi (…) Combattre pour Dieu et servir le Seigneur Jésus. »

  Les catéchismes de Jean-François Régis, notamment au Puy, étaient suivis par plusieurs milliers de personnes,  qui s’agglutinaient dans l’église de Saint-Pierre, le Père Général l’avait chaudement encouragé, à ce sujet, ajoutant : «  Plût au Ciel que tous les enfants de la Compagnie lui ressemble ! »

  Ainsi  la mission des Jésuites était-elle définie et vécut par Jean-François Régis que l’on va retrouver au Puy, où d’ailleurs il enseigna, à ses débuts.

   Mini-visite de cette ville extrêmement pittoresque, dix sept mille habitants à l’époque, avec son entrelacs de maisons serrées les unes contre les autres, sous la protection de la cathédrale et de la Vierge noire ramenée d’Orient et  celle de l’Evêché. C’est là et nulle part ailleurs qu’il a gagné sa réputation de vertu, là où tous ses disciples et ses élèves honoraient la force de sa parole. « Il nous parlait du Ciel, de la vertu, des saints, de la Vierge et des devoirs d’un chrétien(…) Il était impossible de l’entendre sans être touché. » Jean-François Régis instaura une coupure au milieu des cours pour permettre à chacun de réciter l’Ave Maria.

       Les femmes de la ville du Puy éternellement reconnaissantes à Jean -François Régis

    Le temps passe, encore plus vite, nous sommes  déjà en 1640  au début d’une terrible année, puisque ce sera celle de sa mort, ce qui ne l’empêche pas de mener son dernier combat.

   Le Puy est associé à la célèbre dentelle, un secteur très florissant ; rien qu’en Languedoc, cela rapportait 600.000 livres d’argent, mais en ce début d’année, des histoires d’argent, de concurrence et aussi, par parenthèses, un beau petit exemple de la vanité humaine,  donné par les bourgeois et les notables, qui n’admettaient pas que tout un chacun puisse porter de tels vêtements, sous le prétexte que l’on ne distinguait plus les petites gens des autres. Le  port de la dentelle  est donc interdit sous peine d’amende et des milliers de femmes se retrouvent sans travail, et beaucoup à la rue. Elles s’adressent à Jean-François Régis, qui les rassure  en disant que ce décret sera annulé. Ce qui sera fait. Le roi rapportera cette mesure et exigera même que cette dentelle soit bien fabriquée en France ! Mieux encore, aucun impôt  ni taxes ne seront prélevés sur cette fabrication. Un revirement qui ne trouve sa réponse que dans une intervention directe de Jean-François Régis. Depuis lors, il est le patron des dentellières du Puy, et les Jésuites forts du succès d’un des leurs, trouveront des débouchés à l’étranger pour les dentelles Made in France qui seront vendues en Espagne, mais aussi dans certains pays du Nouveau monde, tels le Mexique et le Pérou.

                                                 Les nouveaux Régis

Son tout dernier projet, était de mettre sur pied des missions stables, pour ne pas priver les populations du secours des sacrements et aussi d’éviter de sillonner en tout sens les régions,  il fallait un ancrage matériel. Ce sera fait  avec une « armée » de missionnaires de campagne qui marchera sur ses pas ;  dont l’exemple le plus illustre est le futur saint Benoît -Joseph Labre ;  en tous cas, tous veilleront à ce que les traces de Jean-François Régis ne s’effacent jamais.

                        Sa Dernière Mission,  Ses Derniers Moments

         Décembre 1640

  IL revient à Lalouvesc, il devait tenir la promesse d’y ouvrir une mission. Mais il n’aura plus le temps,  il arrive au bout de sa dernière marche; le jour de la Saint Etienne on le retrouve en train de célébrer trois messes,  de confesser autant que ses forces le permettaient, et de prêcher trois fois .

  Au Frère Bideau qui l’accompagne : « Ah ! Mon frère, que je meurs content, je vois Notre Seigneur et Notre-Dame qui m’ouvrent le Paradis. »

   Sa Dernière messe le 26 décembre nous met la joie au cœur : A quatre reprises, le saint répéta : «Je vois les Cieux ouverts et Jésus debout à la droite de Dieu.  Alleluia ! Seigneur Jésus, recevez mon âme.»

   Jésus l’exaucera le 31 décembre 1640

  Ses Premiers miracles : A Fay Le Froid, où il guérit le fils de sa logeuse, Claude Sourdon, un adolescent qui souffrait de plaies épouvantables sur tout le corps et de cécité. Une nuit où le petit gémissait plus que d’ordinaire, Saint Jean –François Régis fit venir sa sœur et ils prièrent tous deux. Les prières, étaient  elles à peine terminées, que le jeune homme retrouva la vue et toute sa santé. Le deuxième miracle, est celui très symbolique de la multiplication des grains de blé. Cela se passait chez Marguerite Baud, dite la Cornilhon, dont les propos ne furent jamais mis en doute. Ce ne fut pas la première fois comme l’atteste le témoignage du Conseil général Du Puy, devant  l’évêque et les magistrats : « Quand le blé manquait au Père Régis, pour en donner, il en faisait ; il a rempli plusieurs fois un grenier vide, trouvant une moisson et une récolte où l’on n’avait rien semé. »

  Des miracles suivis de beaucoup d’autres accomplis durant sa vie ou après sa mort, par son intercession.

  Louis XV, Marie Leczinska, le roi d’Espagne et l’Assemblée du clergé de France demandèrent sa canonisation

Il sera canonisé par le pape Clément XII, le 8 mai 1737

Monique Ravel

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