Juillet 2021-Les Saints Époux Louis et Zélie Martin

Juillet 2021-Les Saints Époux Louis et Zélie Martin

                             Les parents de Sainte Thérèse de Lisieux

  La spiritualité du couple Martin reposait  sur ces trois principes : « Souveraineté de Dieu, confiance en Sa Providence, abandon à Sa Volonté. » Père Stéphane-Joseph Piat O.F.M.

  Il s’agit du premier couple non martyr, canonisé par le pape François, le 18 octobre 2015, à l’occasion du synode des évêques sur la Mission de la Famille dans l’Eglise et dans le monde.

  Il s’agit des parents d’une des plus grandes Saintes de tous les temps, pour reprendre les propos du pape Pie X, Sainte Thérèse de L’Enfant –Jésus.

  Il s’agit pour nous d’écouter Sainte Thérèse dire que le Bon Dieu lui a donné des parents plus dignes du Ciel que de la Terre.

                              Le choix de Dieu

   Notre Seigneur, voulait faire naître Sainte Thérèse, dans une famille qui avait vécu la splendeur de la virginité, selon les termes mêmes du père Stéphane Joseph Piat. On entend par là cette étape particulière où les deux époux demeurèrent dans une parfaite chasteté pendant la première année de leur mariage, ce qui n’a rien d’étonnant, lorsqu’on aura développé les éléments fondateurs de leur vie de fervent  ménage catholique, dont la devise était : « Dieu Premier Servi.»

  Une sainte famille qui commence avec le mariage, le 13 juillet 1858 de Louis Martin et de Zélie Guérin à l’église Notre Dame d’Alençon. Ils ne sont plus très jeunes, Louis à trente quatre ans et Zélie vingt six ans. Tous deux naissent dans des familles de militaires, très chrétiennes et sont élevés dans l’amour de Dieu.

   Louis n’a pas un parcours scolaire classique, par contre, il adore la littérature, les beaux paysages, et le désir de servir Dieu, qu’il va rencontrer au monastère du Grand-Saint Bernard, dans la commune de Bourg Saint Pierre, où vivent les chanoines de Saint Augustin. Ce séjour répond à son âme en pleine quête d’absolu et de romantisme. Son goût le porte vers les grands classiques comme Chateaubriand, Bossuet et Fénelon. Néanmoins son avenir professionnel n’attend pas, et le voilà en stage à Paris chez un oncle horloger-bijoutier. Cette formation terminée, il regagne Alençon, ou il mène une vie studieuse entre son travail, la prière, la lecture, le billard, et la pêche. Une vie bien équilibrée, à laquelle il ne manque plus que de trouver l’épouse idéale, pour ce futur mari tout aussi idéal.

Zélie est tout près de lui, cette jeune fille qui aura l’honneur et le bonheur de fonder une famille si proche de Dieu. Elle est un peu triste et de santé fragile. Ses parents l’inscrivent chez les religieuses des Sacrés Cœurs de Picpus et de l’Adoration Perpétuelle, institution fondée en 1828 par la révérende mère Henriette Aymer de la Chevalerie, où elle y reçut une excellente éducation. Elle voulait même se consacrer à Dieu, tout autant que son futur époux. Le Seigneur en avait décidé autrement.

  Ses deux âmes, étaient entièrement destinées l’une à l’autre, l’une pour l’autre, pour fonder une magnifique famille de neuf enfants, dont cinq seront donnés à Dieu, parmi lesquels Sainte Thérèse de Lisieux.

  Ainsi se tissent peu à peu les fils de leur destinée, n’y a-t-il pas de plus beau symbole, lorsque l’on sait que Zélie excellait dans l’art de la dentelle,  et son  célèbre point d’Alençon. Elle créera un atelier de dentelle, où elle emploiera plus d‘une vingtaine d’ouvrières et, la grande maison Pigache, lui devra beaucoup dans la médaille d’argent  qu’elle obtiendra en 1858, à l’Exposition Industrielle, Agricole et Artistique de la ville d’Alençon.

  Zélie Martin est une femme moderne, elle travaille, elle est même chef d’entreprise, son époux est un compagnon et son soutien. Tout cela ne pouvait donner qu’une excellente famille, la plus chrétienne qui soit, sous le regard bienveillant du Christ.

  Tout commence sur le pont Saint Léonard de Noblat à Alençon, lorsque leurs regards se croisèrent et que Zélie entendit la Vierge Marie lui dire : « C’est celui que j’ai préparé pour toi. » Aucune autre future épouse ne pourra connaître une telle plénitude dans le choix de son époux, qui l’assurait et la rassurait à jamais de prendre Louis pour mari, selon la formule pour le meilleur et pour le pire.

  Ce sera pour le meilleur, qui commencera le jour béni de son mariage, au cours d’une cérémonie nocturne,  selon une tradition locale, abrogée aujourd’hui.

  De cette union naîtront neuf enfants, sept filles et deux garçons. Leurs deux seuls fils mourront en très bas âge.

                                                  Des enfants élevés pour le Ciel

  Louis et Zélie vont mener leurs enfants sur le chemin de la sainteté. Tel a été dès le départ l’objectif des saints époux Martin et quoi de mieux pour ce faire, que l’exemple qu’ils vont leur donner; à ce sujet, on se rappelle tous, que les parents disent souvent aux aînés, de donner le bon exemple aux plus jeunes. Dans leur famille, c’était à celui qui  montrera le meilleur, dans ce qu’il devait faire dans la vie de tous les jours à l’égard des autres. Ainsi la démonstration étonnante de la petite Marie, qui offre les douleurs d’une séance chez le dentiste en mémoire de son grand-père ; toujours avec sa fille Marie où un jour celle-ci cachant un petit fait sans gravité à sa mère, vient finalement lui dire que son âme est tachée et d’ajouter, que le Bon Dieu n’est plus dans son cœur !

  La famille des saints époux Martin est sur la voie du Paradis et la France  de 1870 sur « le sentier de la guerre, » un désastre politique dû à l’empereur Napoléon III,  qui conduit à la reddition de l’armée française face à l’invasion prussienne, et à la proclamation de la Troisième République sur le parvis de l’Hôtel de Ville de Paris, le 4 septembre 1870. Une période douloureuse, pour le moins pour Louis et Zélie qui subissent les évènements d’une manière active en aidant de toutes leurs forces les malheureux survivants à cette guerre ;  car l’invasion prussienne n’est pas circonscrite à Paris et gagne leur région, 25 000 hommes envahissent la ville , les obus tombent rue Saint Blaise ou ils viennent d’emménager, leur maison est miraculeusement épargnée ; il leur faut toutefois loger l’ennemi, ils seront neuf, le même nombre que celui de leurs enfants.. Et même si leur cœur est blessé, ils n’en accomplissent pas moins leur devoir de chrétien envers ces jeunes soldats ; ainsi  Zélie donne t- elle des friandises à l’un d’entre eux, qu’elle voit très malheureux ; quant à Louis lorsqu’il surprend un soldat en train de voler dans sa bijouterie, fera tout pour obtenir sa grâce et lui éviter la peine de mort.

  Au milieu de tout cela, Zélie priait et apprends ainsi que le pays allait être bientôt libéré ; la Sainte Vierge était apparue à Pontmain, au sud de Landivy, la France était sauvée, Dieu avait entendu ses prières.

                                                  La vie reprend son cours normal

  Louis Martin après s’être consacré pendant une bonne vingtaine d’années à son entreprise d’horlogerie-bijouterie, va épauler sa femme, dont le commerce est florissant ; elle emploie un grand nombre d’ouvrières payées à la fin de leur journée de travail, elle manifeste beaucoup de bonté à leur égard, les visite lorsqu’elles sont malades, achevant même leur travail la nuit lorsqu’elles prennent du retard. Zélie ne les traitait pas moins bien que ses propres enfants. Le travail de dentellière exige tout à la fois force et délicatesse, il ne peut qu’être fait à la main, un labeur joliment illustré par le peintre Gaston Latouche, dans un tableau nommé Le Point d’Alençon, où l’on voit une jeune dentellière épuisée de fatigue endormie sur son ouvrage et la Vierge Marie qui vient terminer son travail à sa place… Un peu comme le faisait Zélie ! Pour sa part Louis va prendre en charge toute la logistique de l’entreprise.

  Ils travaillent très durs du matin au soir ce qui ne les empêchent pas de participer à la vie paroissiale et à toutes les manifestations liturgiques mais aussi les Retraites et surtout l’Eucharistie. La messe est leur point de départ de leur journée de catholique. Il n’est pas question d’en manquer une, la première vers cinq heures trente du matin, c’est la priorité absolue, ils reçoivent le Corps du Christ tous les jours ; l’abstinence et les périodes de jeûne sont respectés à la lettre ; Zélie doit faire appel à tout ses talents de diplomate, pour ne pas répondre aux invitations ces jours là ; son époux s’interdisait  également de fumer, de s’installer devant un bon feu de cheminée, de boire entre les repas, de croiser les jambes et ne voyageait qu’en troisième classe.  Chez eux, les représentations religieuses ornent leur foyer. La statue de la Vierge Marie est le point de rencontre spirituel de toute la famille et à chaque mois de Mai, elle est installée dans un oratoire, garni de fleurs blanches et d’aubépines.

  Zélie est membre du Tiers Ordre Franciscain ainsi que de nombreuses associations de piété, dont l’archiconfrérie du Cœur agonisant de Jésus. Louis pour sa part appartient à la confrérie de Saint Vincent de Paul; et ouvrira à Alençon une antenne locale des Cercles Catholiques créés par Albert  de Mun et René de la Tour du Pin.

                                             Une vraie famille élargie à toute la parentèle

  Leurs enfants ont été élevés dans l’amour de Dieu et de leur prochain, est-il besoin de le rappeler  une famille qui ne s’arrêtait pas à papa et maman et leurs enfants, mais aussi aux grands-parents, frères et sœurs, cousins, cousines.

  Louis et Zélie s’occupèrent très bien de leurs parents, veillant vraiment  sur eux. Les parents de Zélie n’auraient pu rêver meilleure fille et meilleur gendre. Zélie adorait son frère qui le lui rendait bien  il fera venir son beau-frère à Lisieux après la mort de sa sœur Zélie. Le mal dont souffrait  Zélie en silence devenait insupportable, elle ne voulait pas tellement que l’on en parle, qu’à un moment donné il sera trop tard pour agir : elle souffrait d’un cancer du sein depuis bien longtemps, ses dernières semaines furent un calvaire, elle qui aurait  tant souhaité voir sa petite Thérèse prendre l’Habit, mais celle-ci n’avait que quatre ans lorsqu’elle perdit sa maman. Zélie eut encore quelques moments heureux, l’apaisement lui venant de Dieu et de sa « béatitude des larmes.»  Elle implore la Vierge Marie de la rappeler au plus vite près d’Elle, elle continue à aller à la messe tous les matins. Lors de la dernière fête de famille, le jour de la Saint Louis elle s’assure que chacune veillera sur l’autre. Un prêtre vint lui donner le Saint Viatique et elle s’endormit dans la paix du Seigneur le 28 août 1877, elle n’avait que quarante six ans.

                                      Lisieux, dernière étape pour Louis Martin

  Après la mort de Zélie, son beau-frère renouvela sa proposition de faire venir Louis et ses filles à Lisieux, ce qu’il finit par accepter ; Louis et ses filles s’installèrent dans un endroit charmant, surnommé Les Buissonnets, qui abritait un très joli cottage normand au milieu d’un écrin de verdure et de fleurs. La nouvelle vie de Louis l’accapare complètement et cette sainte famille mène la vie la plus harmonieuse et dévouée qui soit envers tous.

  Parmi les perles de la couronne familiale, Thérèse que sa mère surnommait « ce petit bouquet là ». Une sainte petite qui dès l’âge de deux ans voulait aller à la messe pour prier, elle voulait déjà aller au Ciel et que pour cela « elle allait être mignonne comme un ange. » Thérèse  est surnommée « ma petite reine » par son père et c’est  par un tendre amour, qu’ils sont liés tous deux et qui pourrait faire rêver plus d’un  père! Relisons quelques strophes qu’elle écrivit lors d’une des dernières fêtes de ce père chéri : « En grandissant, je vois ton âme toute pleine du Dieu d’amour, cet exemple béni m’enflamme et je veux te suivre à mon tour. »

  Il aura la joie de voir sa fille entrer au Carmel, elle aura tout juste quinze ans. Louis et Thérèse étaient allés plaider leur cause auprès du souverain pontife, profitant d’un pèlerinage à Rome qui célébrait les noces d’or sacerdotales du pape Léon XIII, que Thérèse demanda au pape son appui, car elle n’avait que quinze ans.  Il lui répondit qu’elle y entrerait si le Bon Dieu le voulait. » Le Bon Dieu a attendu encore quelques mois. Ce n’est qu’en 1888,  le lendemain de Pâques, qu’elle sera acceptée au Carmel de Lisieux, juste après un dernier déjeuner familial avec son très cher père, entouré de ses quatre autres filles qui entreront toutes en religion.

   Fidèle à  sa devise, Dieu Premier Servi, il peut enfin après une ultime attaque rejoindre la Maison du Seigneur, il était âgé de soixante et onze ans.

  Le plus bel hommage lui sera rendu par sa fille, la future Sainte Thérèse, qui écrivait à sa sœur Léonie en ces termes : « Ne trouves tu pas comme moi que le départ de notre Père chéri nous a rapprochées des Cieux ? »

  La fête des Saints époux Martin à été fixée au 12 juillet, jour anniversaire de leur mariage.

Monique Ravel

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