Octobre 2021- Le Bienheureux Antoine Chevrier

Octobre 2021- Le Bienheureux Antoine Chevrier

                                               Fêté le 2 Octobre

  C’est par une belle journée de Pâques, du 16 Avril 1826 à Lyon, qu’Antoine Chevrier voit le jour. Ses parents, Claude, était contrôleur d’octroi et sa mère Marguerite Fréchet, tisseuse de soie. C’étaient de bons chrétiens, pratiquant une religion plutôt joyeuse côté père, et plutôt stricte côté mère. Cette dernière, menant de main de maître les affaires du ménage et de son entreprise de tisseuse de soie, ainsi que l’éducation de son cher et unique enfant appelé plus tard à recevoir toutes les grâces du Seigneur. En femme avisée, elle l’avait dès sa naissance, consacré à la Sainte Vierge.

                     Des principes éducatifs exemplaires

  Sa maman, laquelle d’ailleurs lui survivra, lui apprit dès son plus jeune âge à participer aux travaux de la maison : Antoine  savait coudre, filer les canettes de soie, mais aussi  laver ses mouchoirs. Par parenthèses, il aurait fait un excellent époux pour les féministes d’aujourd’hui, dans le sens où aucune tâche ménagère ne lui était étrangère, travail qu’il accomplissait avec beaucoup de dévouement, n’était –il pas déjà sur le chemin de la sainteté ?

   Quoi qu’il en soit, Le Bienheureux Antoine Chevrier était déjà dans les pas de Dieu, il n’avait pas dix ans qu’il entrait déjà chez les Frères de la Doctrine Chrétienne , à deux pas du domicile familial, rue Confort, toujours à Lyon, il ne quittera guère la région si ce n’est pour aller à Rome demander l’approbation pontificale pour son « Prado », on y reviendra.

  Il fait sa première Communion en 1837,  avant de rejoindre l’Ecole cléricale de Lyon pour apprendre entre autres le Latin, indispensable aux jeunes gens qui se destinaient à la prêtrise. Un des enseignants, l’abbé Vignon, remarquera vite le jeune Antoine et sera un des premiers à savoir que Dieu l’avait appelé. Dès ce moment, Antoine va suivre le parcours classique avec le petit séminaire de l’Argentière, là où il apprend les grands auteurs tels Saint Basile, Saint Jean Chrysostome et Saint Ambroise. Ceci dit, Antoine est un esprit libre : il appartient dans une certaine mesure, au monde ouvrier, sa mère étant déjà une petite patronne, car elle avait son propre atelier de tissage de soie et employait des ouvrières dans un siècle de profondes transformations industrielles et sociales, dans une société laïque, très laïque, dans une société anticléricale, très anticléricale. 

  Le Bienheureux Antoine laisse déjà entrevoir sa personnalité, Antoine Chevrier n’est pas encore entré au grand Séminaire Saint Irénée, qu’il inscrira précieusement dans ses cahiers, un discours prononcé par l’évêque de Nancy, Mgr Menjaud , à l’occasion de la bénédiction d’un bateau à vapeur «Le Stanislas »  en souvenir du nom de la magnifique place de Nancy : « Les moyens de communication qui permettent de former de tous les peuples de la terre, un seul peuple, une seule famille ». Par l’intérêt qu’il porte à ce discours, Antoine Chevrier montre toute l’attention qu’il porte au progrès, si dérangeant pour certains, même pour certains membres de l’épiscopat.  A l’époque, l’Eglise était une institution très hiérarchisée, avec à sa tête le pape, assisté des évêques, des prêtres et des fidèles et non pas une famille ou une communauté comme c’est le cas aujourd’hui, bien que la hiérarchie soit toujours présente pour guider l’ensemble de ses membres.

  Antoine à vingt ans et il vient d’entrer au grand Séminaire. A ce moment là, il fut très tenté de partir en tant que missionnaire, comme le firent beaucoup de ses compagnons. On l’en dissuadera, tout aussi instamment et la Bonne Nouvelle qu’il voulait porter à travers le monde, restera dans celui des travailleurs, dans le quartier populaire de la Guillotière. Il sera ordonné prêtre par le cardinal de Bonald, le 25 Mai 1850

                  Le vicaire de saint André

 L’enseignement qu’il dispense repose sur la lecture de l’Ecriture Sainte, une référence permanente. L’année même de son ordination, il est nommé vicaire de Saint André.

  Sa mission : être le porte-parole du Christ dans un milieu, celui de la Guillotière considéré  par les honnêtes  gens comme un lieu perdu, où ils  n’osent pas s’aventurer !  C’est justement cet  endroit, qui a été expressément choisi par Dieu, pour faire entendre sa Voix. Le bienheureux Antoine, lui, dit même: «Il y a du bien à faire quelque part que je sois  … le Bien est possible ». Il y a du travail car cette paroisse est importante, difficile, mais avec un grand nombre de baptêmes et de mariages,  des chiffres que certains aujourd’hui regarderaient avec nostalgie, rien qu’au cours de l’année 1853 : 227 baptêmes, et 57 mariages ! Antoine Chevrier est sur tous les fronts : visite aux malades, mêmes ceux qui sont contagieux ; au cours de ses visites auprès des  très pauvres il allait jusqu’à leur donner sa montre et ses chaussures, que les paroissiens charitables allaient ensuite dégager au Mont de Piété. Inutile de dire que ce jeune prêtre attirait les fidèles, on venait de tous les quartiers de la ville pour le rencontrer ; cela rappelle fortement  Jean-Marie Vianney, le saint curé d’Ars, que le Bienheureux  Antoine Chevrier tint absolument  à rencontrer. Ils ont bien des similitudes tous les deux, ne serait-ce que dans leur simplicité, leur sincérité, leur générosité ; Dieu choisit toujours très bien ses émissaires ! Tous deux ont les mêmes soucis notamment avec la danse, plutôt les salles de bal populaire : le premier les ayant en horreur, le second les transformant en lieu de sagesse, presque en annexe de l’Eglise ! Au Saint curé d’Ars, la Providence, au Bienheureux Chevrier le Prado.

         Le miracle de Noël avec la conversion du Bienheureux Chevrier : « Dieu veut votre œuvre, mais avant, beaucoup de difficultés ».Saint  curé d’Ars.

  Ces propos  adressés au Bienheureux Chevrier sont pour le moins prophétiques, il ne les oubliera pas lorsque les difficultés  surgiront.

  Revenons sur les deux événements majeurs dans la vie du Bienheureux.

      Lorsque l’on parle de conversion, il faut entendre la direction que souhaitait prendre, le  Bienheureux, dans sa prise de conscience de la pauvreté du Christ, qui l’amènera à la formation de prêtres pauvres. « C’est à Saint André qu’est né le Prado. C’est en méditant la nuit de Noël devant la crèche, sur la pauvreté de notre Seigneur, que j’ai résolu de tout quitter et de vivre le plus pauvrement possible ».

  Il va dès cet instant vivre en prêtre pauvre, au milieu du monde, de la vraie vie lorsqu’il s’adresse aux fidèles et aux autres, il précise sa pensée et prend exemple sur le Saint curé d’Ars: « Nous renonçons à toute prédication grande et solennelle, pour ne faire que des instructions simples et familières, propres à instruire les pauvres, les ignorants et les enfants ». Il ajoute : « Puisque la parole est la paix des âmes et que le pain est la nourriture ordinaire, il n’est pas question de faire de la prédication un ensemble de mets pour les gourmets. » La Bonne Nouvelle qui nous est donnée par Jésus Christ, est simple et concrète, donc il faut la faire connaître de la même manière simple et concrète. Le Bienheureux Antoine Chevrier propose d’aller vers les autres, de diviser les paroisses et de se réunir dans des lieux qui ne sont pas forcément des églises, celles-ci n’étant guère fréquentées, ce qui n’a pas beaucoup changé ! Il ne lui reste plus qu’à trouver une salle pour porter la Bonne Nouvelle.

       Premiers pas avec la création de la Cité et  les  Enfants

  Une expérience de courte durée, entre 1859 et 1860, menée par deux hommes de Foi et de Bien : Antoine Chevrier et Camille Rambaud, ce dernier deviendra religieux par la suite ; c’est un aristocrate qui choisit la pauvreté volontaire, qui veut servir les autres, et Antoine Chevrier qui veut en plus les évangéliser, et à donc besoin de former des prêtres certes, mais des prêtres pauvres. Il veut enseigner les enfants laissés à eux mêmes dans des situations atroces. Sur le terrain, il faut aussi prendre en charge les adultes, sans compter une foultitude de problèmes matériels, qui nuisent à son sacerdoce ! Finalement, il quitte la Cité, pour s’atteler au projet qui lui tient tant à cœur, et qui est le sens profond de sa vie : créer un groupe de prêtres pauvres.

            Le Prado, une ancienne salle de bal, transformée en lieu d’accueil et de court séjour pour les enfants

   Cette salle se trouve au cœur du quartier de la Guillotière, haut lieu du monde ouvrier de  cette seconde partie du dix neuvième siècle, qui travaille soit dans le fer et les industries chimiques soit dans la soie. A ces deux classes ouvrières qui se jalousent, les premières gagnant plus d’argent que les secondes, il faut ajouter que l’on est dans une société conservatrice, où l’Eglise est détestée par les classes laborieuses. Voilà le terrain sur lequel le Bienheureux veut trouver le lieu idéal pour son beau projet.

  Antoine Chevrier est persuadé que seuls les prêtres pauvres peuvent comprendre les pauvres. « Le prêtre qui travaille pour Dieu sera d’abord nourri et entretenu par les pauvres et puis, après viennent les riches, c’est la règle ».

  L’endroit est trouvé, une ancienne salle de bal, des plus mal famées ; il est heureux de pouvoir la fermer! Ne disait-il pas : « Mon Dieu, donnez moi cette maison et je vous donnerai des âmes ». Le Seigneur l’entendit, aplanit les difficultés financières  de tous ordres, et l’acte de vente fut signé le 10 Octobre 1861. L’un des bienfaiteurs n’eut que le temps de lui donner la belle somme de dix mille francs de l’époque avant de mourir, et d’aller sûrement tout droit au paradis !

  Cette salle est composée de plusieurs bâtiments, située au milieu d’un terrain clos de deux mille mètres carrés. Outre le logement pour ces enfants, il faut les nourrir, les chauffer, les vêtir pour certains d’entre eux. Malgré les subsides de toutes sortes, il a toujours besoin d’argent et la Providence n’y suffit pas qui l’oblige à mendier à la porte de l’église de la Charité. Les réactions sont méchantes qu’elles viennent des paroissiens  ou de membres du clergé. Une fois même, alors qu’il est arrêté par les gendarmes, ceux-ci lui disent qu’il déshonore la soutane !

  Pour le réconforter, il pouvait écouter l’évêque d’Orléans, Mgr Dupanloup, dont les propos tenus en 1869  aux membres de son diocèses sont toujours d’actualité: « quelle tristesse et quelle honte si ce siècle restait celui de la polémique et de la peur  au lieu d’être le temps de l’espérance et de l’apostolat ! Sortons de l’Europe et des petites querelles de l’Europe. Changeons, élargissons nos horizons en face de huit cent millions d’hommes à convertir (…) La charité exige que nous changions toujours (…) L’Histoire est comme un cinquième Evangile que nous devons ne pas cesser de méditer (…). Comment s’y prenaient les Apôtres ?par la foi, l’amour, la charité, la parole  la sainteté et de conclure je n’en dis pas davantage ». Mgr Dupanloup avait tout dit.

   Quant au Bienheureux Chevrier, il entrait dans un monde plein de haine, d’extrémistes qui ridiculisaient la Confession, essayaient de faire  croire que l’Evangile enseigne le mépris du travail, la résignation complète au Mal, la haine de la famille et de la patrie ; et c’est comme cela que l’on arrive tout naturellement à réclamer la séparation de l’Eglise et de l’Etat, un 9 mai 1869,  au cours d’une réunion électorale, organisée par une section ouvrière de l’Internationale ouvrière.

  Le Bienheureux Chevrier est un homme porté par le Christ, rien n’aurait pu l’arrêter, si ce n’est les signes de plus en plus alarmants d’un ulcère à l’estomac, peut être les conséquences d’une alimentation très frugale car vraiment il se nourrissait très peu ; toujours est-il qu’il poursuivit les travaux dans « son » Prado, fit installer une chapelle : Notre-Dame des Douleurs, dans laquelle rien ne manquera, ni les vases sacrés, ni les linges d’autel, ni le bénitier, ou bien même la cloche. Tout est là et l’on peut célébrer les premières Communions : dix filles et quinze garçons ! Le Bienheureux Chevrier est un catéchiste et un enseignant, il nous rappelle également Saint Jean Bosco avec la même affabilité, aimant s’amuser avec les enfants et rire pendant les récréations, ce qui plait beaucoup à Dieu. Un bon catéchiste disait-il doit parler à l’intelligence, puis faire aimer à l’enfant ce qu’il a appris et donc « passer » à l’action, par des activités concrètes en lien avec ce qui a été enseigné.

  Terriblement exigeant pour ses prêtres : quelques exemples de ce qu’attend le Bienheureux Chevrier des jeunes  hommes qui veulent devenir prêtres : imiter la vie des pauvres, en allant par exemple chercher du fumier de cheval, ramasser les morceaux de bois qui tombent des voitures, balayer les rues, rendre service aux pauvres gens, aller demander l’aumône, aller passer une journée dehors sans argent, mendiant pour se nourrir..

  Il va de soi que ce qu’il attend des uns, il se l’inflige encore plus durement à lui-même ! Lorsqu’on le nomme curé de la paroisse « Au Moulin – à – Vent », il ne vit que de ce que lui donnent les paroissiens : « Il avait un grand désir de vivre son sacerdoce sans rien demander, il ne voulait pas faire payer les sacrements ni les messes une attitude qui décontenançait et agaçait les paroissiens ! Il va très loin dans cet esprit. Il faut lire son manuel intitulé : Règlement pour l’Œuvre des paroisses du Prado. Le prêtre ne devait recevoir aucun argent pour ses fonctions ecclésiastiques et de conclure en ces termes : « Travaillez à éteindre les préjugés par notre conduite et nos exemples, les préjugés contre la religion et les prêtres. Religion d’argent, prêtre comme les autres ». Il ajoute; le presbytère est une maison de verre, tout doit être transparent, il le considérait comme l’asile du pauvre et du malheureux ».Tout ceci allait lui valoir bien des déboires, allant jusqu’à la trahison d’un de ses fidèles ainsi ce jeu de  chaise musicale, qui permis à son vicaire de prendre sa place de curé dans sa paroisse !

  Les difficultés arrivaient à leur acmé avec la proclamation de la Troisième République, et toutes les émeutes qui précédèrent son « installation ».On pourchasse les Religieux, le grand Séminaire de Saint Irénée est fouillé de fond en comble  à la recherche de fusils, le Bienheureux fait preuve de courage et même d’héroïsme offrant aux Capucins le refuge du Prado.

  Le Prado, l’œuvre du Bienheureux Chevrier a deux faces : avec la première Communion répartie entre filles et garçons et les « Latinistes », c’est-à-dire l’école cléricale.

Son but n’est  pas atteint, pas encore, il a besoin de soutien Haut placé comme on dit; Mgr de Bonald qui l’appréciait tant, vient de décéder, ce qui complique la reconnaissance de son  travail.

  Toujours de grandes difficultés attendront le Bienheureux sur sa route pastorale. Certains,  croyant bien faire, voulaient transformer son groupe de prêtres  et l’intégrer à un ordre religieux ; finalement, le projet échoua et le Bienheureux parvint à se faire entendre et comprendre. Son seul désir, son seul souhait, son seul but est de fonder un groupe de prêtres séculiers, grâce à son école cléricale destinée à la formation des prêtres pauvres.

  Entre ses visites à Rome, il poursuit la rédaction de son ouvrage intitulé : Le Véritable disciple de Notre Seigneur Jésus Christ.
  Le soutien, et ce, à deux reprises, du pape Pie IX l’a galvanisé. Relisons les termes de la première : « Benedictio pauperibus » par laquelle Sa Sainteté approuve la raison d’être du Prado, l’essence même de son existence : vivre la pauvreté avec Jésus-Christ et apporter la Bonne Nouvelle aux Pauvres. Une approbation confirmée par le Pape, au cours d’une audience qu’il accorde alors au Bienheureux, le 19 Mai 1877, où il l’encourage en ces termes : « J’espère que votre zèle ne s’arrêtera pas à la seule ville de Lyon ». Sa sainteté sera entendue ; le Bienheureux va bientôt nous laisser, il quitte cette terre, le 2 Octobre 1879, mission accomplie, plus rien ne stoppera ses prêtres.

  L’association des prêtres du Prado est présente dans une cinquantaine de pays ; elle-même élargie avec des Prêtres, des Sœurs, des Frères et un Institut féminin.

  Le Bienheureux a été béatifié  par le Pape Saint Jean Paul II, à Lyon, le 4 octobre 1986 et la demande de sa canonisation a  été officialisée au Printemps dernier, au cours d ‘une cérémonie présidée par Mgr de Germay, archevêque de Lyon.

   Le Bienheureux s’est éteint à l’âge de 53 ans.

  Il a laissé beaucoup de très beaux textes, notamment sur la compassion, qui n’est surtout pas un sentimentalisme de façade mais : « un sentiment qui saisit Jésus à la vue de nos maux, cette tendresse, ce trouble, ce frémissement qu’il éprouve en lui-même.(…) La compassion est le fondement de la charité. C’est le premier sentiment qui doit s’emparer de notre âme à la vue de qui que ce soit qui est dans le malheur. »

   Monique Ravel

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