Saint Séraphim de Sarov

Saint Séraphim de Sarov

Fêté le 2 Janvier

« Le véritable but de la vie chrétienne est dans l’acquisition du Saint Esprit de Dieu. » Les propos de ce Saint de l’Eglise Orthodoxe, résument merveilleusement ce qui fut le fil de sa vie et pour qui la seule chose qui vaille était d’amener le plus d’âmes possible au Seigneur.  Prokhore Mochnine naît le 19 Juillet 1754 à Koursk. Son père Isidore Mochnine et sa mère Agatha dirigent une entreprise de construction en bâtiments. La mère du jeune Prokhore, est une femme très pieuse et jouera un rôle déterminant dans la conduite  de son fils, pour le guider sur la route  de Dieu. 

                                                        Un premier miracle

  La famille menait une vie classique, rythmée par le travail et ce, jusqu’à la mort du père de famille, à l’âge de quarante ans. Son épouse reprend le flambeau, soutenue par ses fils, dont le jeune Prokhore qui ne quitte plus sa mère. Aussi lorsqu’elle décide d’aller voir ce qui se passe sur le chantier de la construction de l’église Saint Serge, il l’accompagne, court à droite et à gauche, la supplie de le laisser monter avec elle sur les échafaudages, s’approche un peu trop près du bord, son pied glisse et il tombe…

  Il n’a que sept ans mais il est déjà déterminé, et lorsque sa mère le retrouve assis à côté d’un tas de sable, elle pense que c’est cela qui a amorti la chute, mais elle se trompe : « Je ne suis pas tombé, au début oui, mais ensuite c’est comme s’il m’était poussé des ailes et que je m’étais envolé tel un oiseau, avant de redescendre à terre. » lui répondit-t-il. On  l’a compris, c’était l’œuvre de l’intervention divine de la Très Sainte Vierge.

   Prokhore n ‘était pas plus surpris que cela, car la nuit précédente, il s’était vu en train de voler tel un oiseau. Les ouvriers et tous ceux qui avaient vu la scène, n’étaient pas plus étonnés que cela en particulier, un certain Nicolas, surnommé le bienheureux autant par dérision que par sympathie. Il se prit d’affection pour lui et joua le rôle de précepteur pour l’éclairer sur les choses de Dieu.

  Prokhore était un jeune garçon très intelligent, curieux  et Nicolas lui appris que la seule vraie richesse n’était pas l’argent  mais l’âme. Cela marqua à tout jamais l’esprit du jeune garçon déjà plein de sagesse. Ainsi le bienheureux Nicolas lui donna t-il les éléments qui l’attirèrent définitivement vers Dieu. Plus tard, la mère de Prokhore conduisit son fils à l’église saint Elie, où, il  fit la connaissance du Père Pierre. Il enseigne et instruit un petit groupe de six jeunes enfants, Prokhore se joint à eux et va développer son goût pour l’enseignement de la vie des Saints, des Pères de l’Eglise. Il leur inculque de vivre selon les Commandements de l’Eglise  s’ils veulent entrer au Royaume de Dieu. Prokhore est très heureux dans cette ambiance, dans cette belle église sous la houlette de cet homme très bienveillant.

                                                      Une confession très éclairante

     Un jour, où il accompagnait le Père Pierre, qui allait confesser un homme très malade aux portes de la mort et qui voulait faire pardonner ses péchés,  Prokhore  compris ce qu’était vraiment la confession. Voilà comment les choses se déroulèrent : L’homme souffle à l’oreille du Père la liste de ses péchés commençant par les moins graves, pour finir par avouer avoir commis ce qu’on appelle un péché capital, par incitation si on peut dire. Il raconte alors sa liaison avec une jeune fille dont il était amoureux, mais qui tomba enceinte ; l’amour a ses limites et le moribond avoua qu’il l’avait rejetée, lui ordonnant de noyer le petit à sa naissance, elle lui obéit, dans sa détresse et dans sa jeunesse et puis elle alla se pendre !

  Le prêtre, représentant de notre Seigneur Jésus Christ sur terre, lui  demande de déposer ses fautes devant Lui,  puis lui dit qu’il est  pardonné. Entretemps, Prokhore avait vu les flammes de l’enfer dans les yeux de cet homme, lequel n’avait pas vu l’amour de Dieu et de son Fils qui est mort pour racheter nos péchés. Cela ressemble à une démonstration à postériori, que si la foi n’est pas là dans notre cœur, on ne peut pas croire au pardon de nos péchés, cela reste quelque chose d’incompréhensible. Car la foi préside à tout !

  Mais pour Prokhore, il n’y avait jamais eu de place pour le doute ; son seul souci était de mériter toujours plus l’amour de Dieu et de ramener le plus de pécheurs auprès de Lui ! Son âme, qui commençait une longue route sur le chemin de la Sainteté, savait qu’elle prendrait toujours la bonne direction !

                                                     Départ pour La Laure de Kiev

  Ainsi sur cette longue route, il décide d’aller à la découverte de  La Laure, avec ses compagnons d’études et de prières ; Ivan, Grégoire, Alexis sont du voyage, et les voilà partis par une belle matinée de Juin. La campagne dans cette région est belle, c’est la première fois qu’ils quittent Koursk et leur voyage leur permet de découvrir d’autres personnes, de mettre les choses en perspective par rapport aux questions qu’ils se posent sur le sens de la vie, pourquoi le Mal existe-t-il, pourquoi Dieu semble laisser faire. Sur la route ils croisent la vraie vie, la rudesse des paysans qui n’a d’égale que celle de leurs maîtres, l’esclavage est la règle à cette époque, qui interdit même de se déplacer d’une région à l’autre sans un genre de passeport intérieur ;  et qui autorise les seigneurs locaux à vendre les paysans qui ne peuvent pas payer leurs dettes. De tout ceci, ils sont conscients, comme on peut l’être à cette époque, et malgré toute leur bonne volonté.

  Enfin, les voilà arrivés à Kiev, ils sont stupéfaits, éblouis lorsqu’ils voient la Laure. Cet imposant monastère, d’architecture baroque, fondé en 1051, résidence du primat de l’Eglise Orthodoxe,  s’étend sur près de 290.000 mètres carrés. C’est un magnifique ouvrage, avec ses coupoles en or dont les multiples facettes brillent au soleil, les églises blanches apparaissent, dans le ciel, les cloches carillonnent ; c’est à couper le souffle ! Mais pour peu de temps,  car Prokhore veut surtout apprendre, tout savoir de l’histoire des peuples, de tout ce qu’il y a sur terre ; pour cela rien de mieux qu’une bibliothèque, celle de La Laure  qui est riche de milliers d’ouvrages, il rencontre le maître  des lieux, le moine Barsanuphe, qui lui conseille la lecture de tel ou tel ouvrage puis l’invite à rencontrer le Père Dosithée car il a compris que ce jeune homme attend beaucoup et qu’il voulait être tout à Dieu. Prokhore est heureux de se sentir compris, et part au lieu dit, appelé le Désert Chinois, qui est tout simplement un monastère isolé du monde installé dans des grottes souterraines, où se trouve même une église.  Dosithée l’attendait, Prokhore lui fait part de son profond désir de quitter le monde et d’entrer au monastère. Le Père  Dosithée l’écoute attentivement et tente dans un premier temps de le décourager, lui dit que la vie monastique est un martyr volontaire, le malin y est souvent présent et lui enverra de terribles épreuves. Prokhore est déterminé, Dieu l’attend, la très sainte Vierge le lui a bien fait comprendre, en accomplissant pas moins de deux miracles pour l’aider dans ses difficultés, on y reviendra on en fait état avec beaucoup de familiarité comme si l’aide apportée par la Mère de Dieu était chose banale !

                                             Départ pour le monastère de Sarov

  Le voyage est différent du premier, il est moins long que lorsqu’il était allé à Kiev ; Grégoire, son cousin Fédor et Pierre Matchine sont du voyage. Pour éviter de se faire attaquer, comme lors du précédent voyage, ils se mettent dans les pas d’une grande caravane de marchands et arrivent sans difficultés à Arzamas, grand rendez-vous des commerçants et paysans de la région. C’est la partie la plus facile du voyage, mais ils doivent maintenant s’enfoncer dans d’épaisses forêts avant de se retrouver en hauteur, d’où ils aperçoivent enfin le monastère. Il est aussi majestueux que celui de La Laure, avec une cathédrale à cinq coupoles recouvertes  d’or et plus loin, une petite église en bois, entourée par les cellules des moines.

                                 La vie monastique n’est pas un long fleuve tranquille

  Offices, travail manuel, longues nuits de prières, repas frugaux, des cellules sans rien qui puisse adoucir la vie ou la nuit de son occupant. Le Père Dosithée n’avait rien exagéré.   Quelques mois plus tard, c’est sa maman qui sera effrayée, en le voyant au cours d’une de ses dernières visites. Elle a l’intuition qu’elle ne le reverra peut-être pas et lui donne l’icône de la Vierge, dont elle a enlevé le support, pour l’enrouler plus facilement. Prokhore ne s’en séparera jamais et une fois retourné à Sarov, il va dans sa cellule, la tendre sur une planche de cyprès. C’est son autel, son havre de paix et de douceur, dont il a besoin après toutes les privations qu’il connaît. Privations et mortifications commencent à jouer sur sa santé, il passe de longues heures agenouillé sur des pierres, ses jambes, son dos sont en bouillie. Tous au monastère sont persuadés qu’il va mourir, lui aussi d’ailleurs, il demande la Sainte Communion, il n’a pas vingt six ans !

  Mais la Sainte Vierge veille, auréolée d’une lumière merveilleuse, en compagnie des Saints apôtres Pierre et Jean, pose sa main sur la tête de Prokhore, qui dispense une chaleur bienfaisante dans tous ses pauvres membres ; Prokhore sourit à la Sainte Vierge, qui de son sceptre d’argent  touche sa hanche d’où jaillit une eau bienfaisante et disparaît  alors suivie par les apôtres.Prokhore est rétabli mais il reste faible. Il est inquiet car il n’est pas encore moine. Il doit patienter ; mais le moment tant attendu arrive enfin: Le Père Pakhôme lui donne l’habit monastique, le baptise officiellement, il s’appellera désormais Séraphim, nous sommes en 1785 ;  le 13 Août de l’année suivante, Séraphim, prononcera ses vœux définitifs.

                                                   Dieu m’a fait don de sa grâce

  La vie tant attendue par Prokhore n’est peut être pas exactement celle qu’il attendait. Néanmoins, il gravit les échelons de la vie monastique, devient hiérodiacre, c’est-à-dire moine et diacre, mais il ne peut pas célébrer seul la liturgie, même si, il y prend une grande part, notamment en consacrant une église, ou en rencontrant les fidèles ; il apprend le « métier », qui passe par le service de l’homme. Séraphim est désormais membre à part entière du monastère de Sarov .La vie continue jusqu’à une certaine messe du Jeudi Saint, célébrée avec Pakhôme : au moment de la Divine liturgie, Séraphim s’écrie : « Seigneur, sauve les Justes et écoute nous ! ».

Il se retourne alors, une lumière aveuglante entoure la venue de Jésus -Christ qui apparaît dans une myriade d’archanges, de chérubins et de séraphins. Il est au dessus du sol ; Il bénit les fidèles, puis marque du signe de la croix, le front de Séraphim. Enfin, le Fils de Dieu regagne l’icône au-dessus de la Grande Porte. Séraphim est bouleversé, il reste deux heures en extase devant l’autel ; en parle à Pakhôme qui lui conseille de n’en rien dire. Peu importe,  Séraphim sait que le Seigneur lui a donné la Grâce du Saint Esprit. Désormais, il célèbre seul la messe et il s’exprime tellement bien, qu’il soulève le cœur des fidèles, il les emmènent vers Dieu comme il le souhaitait tant ! Jésus Christ lui a donné le don de lire dans les pensées, rien qu’en regardant son interlocuteur dans les yeux ; il voit aussi l’avenir pour lui-même et les autres. Ce qui l’effraie un peu. Aussi demande t-il à son supérieur de se retirer du monde, pour vivre en ermite.

    Il part avec la bénédiction du Père Pakhôme à quelques kilomètres du monastère de Sarov. Il s’installe dans un endroit boisé, près d’une rivière; sa cellule est presque confortable, il a même un poêle.  Au printemps, il commence un jardin potager et il a même des ruches. Le voilà enfin seul avec Dieu, mais pas pour longtemps, le diable le tourmente, lui envoie des images de son enfance et puis, ce sont des visions de l’enfer sur terre, où il voit deux grandes armées s’affronter, nous sommes en pleines conquêtes napoléoniennes et la Bérézina n’est pas loin. Après s’être fait attaquer et laissé pour mort par des brigands persuadés qu’il cachait des trésors, il retourne finalement à Sarov. Il va retrouver ses semblables,  créer un monastère pour femmes à Divéyevo  qui était une demande de la Sainte Vierge. Il a aussi reçu le pouvoir de guérir les gens, il devient presque une « vedette », pour le commun des mortels. Dieu lui a tout donné ! Mais Il commence pourtant à sentir le poids de l’âge comme on dit ; tous le consultent, le prennent pour un oracle, gens modestes et grands seigneurs l’assaillent  littéralement !

                                                L’heure du Grand Rendez-vous a sonné

Une dernière vision de la très Sainte Vierge, le 25 Mars 1831, où Elle lui annonce la date de son retour au Ciel. Précisément un an et neuf mois après Son annonce. Il est rassuré, heureux, triste de quitter cette terre car il veut s’assurer que chacun trouve le bon chemin pour ne pas manquer Dieu ; la Sainte Vierge le rassure, ton amour te permettra de leur venir en aide ; ils te parleront et tu pourras continuer à les soutenir lui a-t-elle confié. Toute sa vie n’aura été que pour ce moment où il rejoint enfin Dieu, où il entend la Sainte Vierge l’appeler.

  C’était le 2 Janvier 1833 Ses reliques reposent au monastère de Divéyevo.

  Canonisé par le Saint Synode, le 19 Juillet 1903, en présence du tsar Nicolas II et d’une foule immense.

Monique Ravel

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