La Bienheureuse Rosalie Rendu

La Bienheureuse Rosalie Rendu

                                        Fêtée le 7 Février

                      Fille spirituelle de Saint Vincent de Paul

Jeanne Rendu naît le 9 septembre à Confort, hameau situé entre la Haute Savoie et la frontière Suisse, dans l’Ain. Ses parents, sont de petits propriétaires terriens très pratiquants ; ils auront en tout quatre filles dont Jeanne, l’aînée, qui deviendra par la suite sœur Rosalie. Cette dernière est baptisée le jour même de sa naissance à Lancrans, son parrain n’est autre que Jacques Emery, futur Supérieur Général des Sulpiciens à Paris.

                                               Rosalie sur la route…  

  Son amour des pauvres n’attend guère pour se manifester, elle est encore très jeune, lorsque pieusement éduquée par sa mère, elle comprend toute la misère du monde.

  L’Histoire de la France, est en train de s’écrire sous ses yeux, pleins de compassion pour tous les malheurs que ces bouleversements vont entraîner pour les pauvres, les très pauvres gens.

  Rosalie aura connu tout au long de sa vie, s’articulant entre le dix- huitième et dix-neuvième siècle, beaucoup de régimes politiques menés avec plus ou moins de réussite avec, parmi lesquels, La Terreur, suivie par Le Directoire, le Consulat, le Premier Empire,  Les Bourbons, Louis Philippe et le Second Empire.

  La grande majorité du peuple était misérable, le mot est faible et pour les Catholiques, la peine était double, car ils étaient poursuivis et chassés hors de leur pays, parce que restés fidèles au roi Louis XVI et à l’Eglise.

  Et ce qui est remarquable dans la vie, dans  le sacerdoce de la Bienheureuse Rosalie, est que la grâce de son amour pour le Christ, lui permit de se faire entendre par les puissants du moment qui mirent beaucoup de leurs moyens et pas seulement financiers pour l’aider à canaliser et à adoucir la vie de cette misérable population.

  Revenons en 1796, année où elle perd son père, elle à dix ans. Le régime de la seconde Terreur vient de s’achever… Mais les massacres se poursuivent et la guillotine fonctionne nuit et jour. Pourtant la jeune Rosalie n’attendra pas pour montrer son dévouement et son amour pour son prochain. Un jour où sa mère avait dû laisser ses filles à la maison, et qu’on lui demandait des chaussures, la jeune Rosalie alla chercher les plus jolis souliers qu’elle avait pour les offrir à une pauvre femme.

  La maison familiale était donc située près de la frontière Suisse et parmi ceux qui fuyaient la France et venaient reprendre leur souffle,  un certain Monsieur Pierre, jardinier de son état, apparemment du moins ; sauf qu’on lui manifestait beaucoup d’égards et de préséances,  qu’il dormait dans la meilleure chambre de la maison. Sa mère devenue veuve n’avait rien changé à ses traditions chrétiennes d’accueillir son prochain, mais la jeune enfant était tout de même surprise, aussi, un soir, entendant des conciliabules provenant de l’autre côté du couloir, elle s’approcha tout doucement et alla coller son oreille à la porte ; quelle ne fut pas sa surprise d’entendre dire la messe  et sa surprise sera plus grande encore en apprenant que le célébrant n’était autre que Joseph Marie Paget, l’évêque de Genève, en résidence à Annecy.

  Sa curiosité était satisfaite, sa mère peut être moins, elle se faisait du souci pour cette enfant qui pouvait courir des dangers, aussi l’envoya-elle chez les Ursulines à Gex, elle vient d’avoir treize ans, mais montre une maturité étonnante et une volonté qui l’est tout autant !

  Ce sera une révélation pour elle, elle découvre le dévouement et le travail des religieuses à l’hôpital, elle a trouvé sa vocation aussi réussit-elle à persuader son grand-père, sa mère et son parrain, de la laisser aller à Paris.

  Le séminaire des filles de la Charité, rue du Vieux Colombier était ré ouvert, elle arrive dans un lieu inconnu et tant souhaité, dans un premier temps du moins ; mais à l’époque l’endroit était insalubre, l’air très mauvais, on va  donc l’envoyer rapidement sur les hauteurs de la ville, dans le quartier Mouffetard. Elle était suivie spirituellement par son parrain qui sera pour elle comme le père, qu’elle avait perdu si jeune. Il avait promis à sa mère de veiller sur elle ; Rosalie se disait redevable de sa vocation. Elle aimait rappeler une de ses maximes : « Mon enfant, disait-il, il faut qu’un prêtre et une Fille de La Charité soient comme une borne au coin de la rue et sur laquelle tous ceux qui passent puissent se reposer et déposer leur fardeau. »

                         Rosalie sur la route du bonheur d’autrui

  « Je possèderais tout ce qu’on peut désirer en ce monde pour être heureux  qu’il me manquerait encore tout : le bonheur d’autrui. » André Marie Ampère, mathématicien, physicien, chimiste et philosophe.

  Une pensée qu’elle reprendra volontiers à son compte et qui illustre magnifiquement la vie de La Bienheureuse Rosalie. Elle est enfin arrivée à destination ; c’est là où elle peut rencontrer et faire rencontrer Dieu, comme elle le souhaite au plus profond d’elle-même.

  Elle va fonder tous ce qui peut aider son prochain: une école, les visites à domicile des malades, un dispensaire, une crèche, un accueil de jour, un centre de formation pratique et un centre social pour Filles plus âgées.

   Il lui faudra peu de temps, pour se rendre indispensable auprès de tous et tout particulièrement de la Supérieure de la Maison des Filles de La Charité. Puis les choses vont aller plus vite, elle prend l’Habit en 1802, deux ans seulement avant le sacre de Napoléon I le 2 décembre 1804, en présence du Pape Pie VII. Entretemps, et dans un tout autre ordre d’idées, le pape qui avait rendu visite aux Sœurs de Saint Vincent de Paul, avait remarqué la tristesse des vêtements des religieuses ; Il demanda à l’empereur de faire redonner les habits d’origine créés par Saint Vincent de Paul et bientôt on vit refleurir la robe plissée bleue et la cornette blanche, toute pimpante, laquelle donnait de l’élan et mettait de la joie dans le cœur de chacun, tels des petits signes de la présence du Christ.

    La Bienheureuse Rosalie est nommée Supérieure de la Maison Saint Martin sur les pas de Saint Vincent de Paul et de Louise de Marillac

  La Bienheureuse Rosalie Rendu est pleinement appréciée et en 1840, collabore avec Les Dames de La Charité; puis suivant  les traces de son maître spirituel, elle dirige le recrutement des membres de la Société Saint Vincent de Paul.

  Elle va avoir la grande douleur de perdre Jacques Emery, son parrain, en 1811, le premier qui sera déterminant dans la vocation de la Bienheureuse, le seul à qui elle aura donné toute sa confiance.

  A propos d’hommes de grande valeur, qui eux, seront tous sous le regard éclairé de Rosalie Rendu, le futur Bienheureux Frédéric Ozanam, et Armand de Melun.

 Ce dernier, homme politique, avocat, membre de la société d’économie charitable et créateur du journal : Les Annales de la Charité. Il fit voter de belles mesures en faveur des pauvres, concernant les logements insalubres, les caisses de retraites,-déjà-, l’Assistance Hospitalière. Il fut également créateur des sociétés de Secours Mutuel en 1850. Sa rencontre avec Sœur Rosalie ne doit rien au hasard : il a tout fait pour rencontrer la Bienheureuse Rosalie Rendue, qui était très connue, et on ne peut résister au plaisir de reproduire ce qu’il écrivit à une de ses amies, Madame Swetchine, femme d’origine Russe,  qui tenait salon dans le Paris élégant.  C’est donc  Sophie Swetchine qui  écrivit une lettre de recommandation pour Jean de Melun à présenter à sœur Rosalie. Une rencontre très fructueuse : « Jusqu’à la mort de sœur Rosalie, une semaine ne passa pas, sans que je vinsse plusieurs fois, non seulement visiter ses pauvres, mais prendre ses lumières, ses conseils  sur toutes les œuvres que je voulais entreprendre, sur toutes les situations difficiles dont je ne savais trouver les solutions.» Se plaisait-il à dire.

  A sa façon, Sœur Rosalie avait aussi son Salon pour les pauvres. Comme elle aimait à le dire: « Jamais je ne fais si bien oraison que dans la rue » ; ainsi que dans sa modeste chambre, bien sombre et  illuminée par sa présence où elle reçut parfois jusqu’à Cinq cents personnes.

  Parmi elles, Napoléon III et l’impératrice Eugénie qui vinrent  visiter sœur Rosalie, « en toute simplicité » et qui l’a nommé Chevalier de  de La Légion d’Honneur, en 1852.

  Parmi les visiteurs plus classiques, Pauline Jaricot, dans une situation morale et financière épouvantable ; mais aussi Félicité de Lamennais, prêtre, théologien, écrivain, philosophe, qui est presque né et mort en même temps que la Bienheureuse Rosalie. Il y eut aussi     Lacordaire, Montalembert, Chateaubriand, et Frédéric Alfred de Falloux, ministre de l’Instruction Publique et des Cultes sous la Seconde République, qui avait très bien analysé l’approche, toute en bienveillance et  en attention dont faisait preuve la Bienheureuse : « Elle s’appliquait à connaître individuellement chacun de ses pauvres. Accueillir ceux que le monde repousse, donner le pain du jour à ceux auxquels on refuse crédit (….) amener un père et une mère au baptême, à la première Communion, apprendre le catéchisme aux petits (…) » Personne ne pouvait lui résister tant sa bonté et sa force étaient grandes !

  Si elle savait écouter, elle savait aussi donner avec élégance et discrétion pour ne pas heurter la susceptibilité de celui qui recevait.

  La Bienheureuse a toujours su que les Pauvres étaient une représentation de Jésus : « Les Pauvres vous diront des injures. Plus ils sont grossiers, plus vous devez en être dignes. Rappelez-vous que ces haillons vous cachent le Seigneur. »

  La Bienheureuse Rosalie se donne tellement, trop, certainement, le corps ne suit plus mais son esprit n’abandonnera jamais ses pauvres jusqu’à son dernier souffle.

   Le quartier Mouffetard, ce quartier de Paris, ce coin de Paradis pour les pauvres, qu’elle  va devoir laisser, le 7 février 1856 à l’âge de 70 ans.

  Ses funérailles furent grandioses, suivies par plusieurs dizaines de milliers de personnes avec la célébration de ses obsèques en l’église Saint Médard, elle qui était la modestie même, a-t-elle appréciée toutes ces magnifiques  démonstrations d’amour et de respect ?

  Et que dire de cet immense cortège qui l’accompagna jusqu’au cimetière du Montparnasse !

   Paroles du Saint Jean Paul II  prononcé lors de sa béatification en 2003 :

   « Rosalie Rendue s’est joyeusement faite la servante des  plus pauvres  pour redonner à chacun sa dignité, par des aides matérielles, par l’éducation et l’enseignement du mystère chrétien, poussant Frédéric Ozanam à se mettre au service des pauvres. Sa charité était inventive. Où puisait-elle la force pour réaliser autant de choses ?  C’est dans son intense vie d’oraison et dans sa prière incessante du chapelet qui ne la quittait pas. Son secret était simple : en Vraie Fille de Saint Vincent de Paul, comme une autre religieuse de son temps, Sainte Catherine Labouré, voit en tout homme le visage du christ (…). »

Monique Ravel

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