Fêté le 28 Avril – Saint L.-M.- Grignion de Montfort

Fêté le 28 Avril – Saint L.-M.- Grignion de Montfort

                 Missionnaire apostolique, appartenant au Tiers-Ordre Dominicain,

                    Apôtre de la Bretagne et de la Vendée.

     « Les saints sont des hommes singuliers. » Louis Bourdaloue, prédicateur Jésuite.

  Louis-Marie de Grignion est né le 31 janvier 1673 à Montfort La Cane, en Ille et Vilaine en Bretagne. Son père, Jean-Baptiste, était avocat au bailliage de Montfort et sa mère, née Jeanne Robert de la Vizeule de Launay auront dix huit enfants, dont trois filles religieuses. Ses parents donnèrent une éducation très religieuse à leurs enfants, et Louis Marie tout naturellement commença son chapelet très jeune et le fit ensuite tous les jours de sa vie; il aimait aussi dès qu’il en fut capable faire le catéchisme à ses petits camarades ainsi qu’à sa sœur Louise dont il était très proche; petite anecdote à ce sujet, il n’hésitait pas à enjôler sa sœur en lui donnant des friandises pour qu’elle fasse venir ses petites amies et à lui dire: « Ma chère sœur, vous serez toute belle et le monde vous aimera si vous aimez Dieu. »

  Sa Première communion sera le grand moment de consécration de sa vie au Christ, confirmée si l’on peut dire, par le sacrement de la Confirmation qu’il reçu des mains de l’évêque de Saint Malo, Mgr Sébastien de Guémadeuc .

  Mais ce qui est très présent dans les débuts de sa vie, est sa dévotion à la Sainte Vierge, qui lui fera ajouter le prénom de Marie au sien.

                                                            « Tu seras prêtre »

  Ses parents l’envoyèrent à Rennes, chez les Jésuites, pour y faire ses humanités, l’étude de la logique, la physique, métaphysique, mais aussi  Aristote et Saint Thomas qui donneront la charpente des discours que l’on admirait tant chez lui. Il habite chez un oncle maternel, sacristain de l’église Saint Sauveur. Et c’est dans cette maison de Dieu qu’il entendra la voix de la Sainte Vierge lui annoncer qu’il serait prêtre.

  C’est là aussi qu’il fait ses premières rencontres et eut comme enseignant un religieux très apprécié : « Fort connu de conduire les âmes à la plus haute piété. » il s’agit du Révérend Père Picot de Clorivière, mais aussi d’un autre enseignant, le Père Philippe Descartes, neveu du philosophe ; l’Ecriture Sainte, le droit Canon, le Grec et l’Hébreu viendront parfaire l’excellence de l’enseignement donné par les Jésuites.

               « Allez de préférence vers les brebis perdues de la maison d’Israël »Matth.,X, 6

Louis-Marie de Grignion sentait qu’il lui fallait aller vers les âmes abandonnées, les temps étaient agités, il y avait beaucoup de pauvres, et au point de vue spirituel le pays venait de vivre cinquante années de guerre de religion.

  Ses années d’études lui avaient permis de rencontrer des belles âmes comme la sienne, parmi elles, Jean-Baptiste Blain, condisciple de Louis-Marie de Grignion né à Rennes, qui deviendra Chanoine de Noyon et de Rouen,  et ami de Jean-Baptiste de La Salle. Il écrira plus tard un ouvrage sur son ami louis-Marie de Grignion, une œuvre intitulée : « Mémoire sur la vie et les vertus de Louis Grignion » qui est passée à la postérité et demeure un ouvrage de référence pour tous ceux qui s’intéressent au futur saint louis-Marie de Grignion. Un autre grand ami, Claude François Poullart Des Places qui fondera le séminaire de la congrégation du Saint Esprit l’accompagnera aussi tout au long de sa vie.

      La prêtrise, un des plus sûrs chemins pour aller vers Dieu

  Il rencontre chez ses parents, Louise de Montigny, apparentée à l’évêque de Léon, Jean de Montigny qui le fit admettre à Saint Sulpice ou l’on formait les meilleurs postulants au sacerdoce.

  Il part donc à Paris, à cette époque, il ne fallait pas moins de dix jours de voyage, à pied, tous ses voyages il les a faits en marchant seulement accompagné à la fin de sa vie d’un mulet, dont on reparlera. Un voyage périlleux à l’époque  attaqué par des vauriens où il faillit perdre la vie.  Il était parti avec peu de choses, il arriva à destination, sans rien où presque et cela va lui occasionner bien des désagréments. C’est d’ailleurs au cours de ce voyage qu’il abandonnera une partie de son nom. Il s’appellera désormais, Louis-Marie de Montfort du nom du village où il est né.

  Avant d’être admis au petit séminaire de Saint Sulpice, il entra dans une communauté de la même famille si l’on peut dire, dirigée par le Père Claude Bottu de La Barmondière, lui-même ancien de Saint Sulpice et ami de Louise de Montigny, laquelle faisait tout pour aider son protégé.

  Le père Claude Bottu de la Barmondière fut ébloui par le jeune homme, enchanté d’y trouver toutes les qualités d’âme et artistiques chez Louis-Marie, qui sculptait avec talent, notamment des crucifixs.

  Louis-Marie écrivit immédiatement à son ami Jean-Baptiste Blain qui aussitôt vint le rejoindre. Ce dernier fut très impressionné par le comportement de son ami Louis-Marie, de le voir aussi préoccupé de Dieu et des pauvres, toujours en prières , même dans des lieux inappropriés, comme à l’occasion d’une visite chez un banquier où il l’avait emmené … Ecoutons son ami,: « Il y a une espèce d’ivresse dans la vie de l’esprit, comme celle des sens ainsi que nous l’apprennent les maîtres de la vie spirituelle. Celle-ci est comme l’effet d’un cerveau empêché dans ses fonctions par l’abondance des fumées qui montent à la tête du fond d’un estomac trop chargé, et celle là est l’heureux effet des impétuosités et des saillies de l’amour divin, de la visite et de la plénitude du Saint Esprit, qui saisit le cœur et l’intelligence, et leur en fait sentir ses délices. Cette sainte ivresse est le comble de la sagesse, mais sagesse réputée folie aux yeux des mondains, et qui n’attire, en effet, d’eux que des mépris aux âmes heureuses que Dieu favorise. »

   Tout est dit ! C’est bien pour cela que son comportement lui attira bien des ennuis, de même que ses vêtements si tant est que ce terme de vêtements soit bien approprié ! Louis-Marie se moquait bien de tout cela, seul son amour pour la Vierge Marie et les pauvres étaient importants!  Certains pensaient même qu’il prenait trop de plaisir à la mortification, et au refus des conventions sociales. Ainsi dans les veillées des morts, écoutons toujours Jean-Marie Blain : « Il se plaisait à découvrir la face des cadavres et, à considérer à loisir, dans leur laideur et leur difformité affreuse, le charme trompeur d’une jeunesse et d’une beauté évanouie, et la folie extrême de ceux qui s’en laissent enchanter.» Des images qui marqueront à tout jamais Louis-Marie, et l’esprit de ses prêches lesquels feront  passer ainsi  son mépris des choses pour montrer aux foules qui l’écoutaient, la vanité des choses terrestres, le peu de prix qu’il fallait lui donner et surtout comprendre que cela n’avait qu’un temps!

       « Dés son enfance il a été le panégyriste zélé de la Sainte Vierge, l’orateur perpétuel de ses privilèges et de ses grandeurs, le prédicateur infatigable de sa dévotion.» c’est toujours l’abbé Jean-Marie Blain qui parle, c’est peut-être un de ceux qui l’a le mieux connu. Louis-Marie a été un des grands défenseurs des pauvres, ils étaient sa seconde dévotion si l’on ose ce raccourci. Tout pour eux, les pauvres arrivaient juste après la Vierge Marie.

  Rien, absolument rien, n’était trop humble, trop répugnant, pour lui, il allait visiter les malades, baiser leurs plaies, mendiait pour eux, il le fera à chaque fois qu’il le pourra, donnera les trois écus qui lui reste à une femme encore plus pauvre que lui! Un jour, il échangera son habit avec celui, d’un mendiant, et il sera souvent au cours de sa vie obligé de mendier pour lui-même !     

  Les épreuves matérielles n’étaient rien pour lui, et certaines épreuves morales non plus d’ailleurs, du moins en apparence : restant impassible au moment de la mort de l’abbé de La Barmondière, qu’il considérait comme son Père spirituel il s’en expliqua : «J’ai un Père dans les Cieux qui ne manque jamais(…) Je ne laisse pas de prier Dieu et de m’abandonner à sa Providence. » Sa confiance en Dieu était sans fin, il ne s’appuiera que sur la miséricorde de Dieu et de ses émissaires, et la meilleure façon d’arriver à Dieu était de s’adresser à la Sainte Vierge, conforté en cela par les doctrines enseignées par les Sulpiciens qui promouvaient les vertus médiatrices de la Vierge Marie.

  Son entrée au petit séminaire de Saint Sulpice fut le point d’orgue de sa formation spirituelle et intellectuelle, sous la direction de l’Abbé Baüyn, une personnalité au parcours original: envoyé par son père en France, un médecin calviniste installé à Bâle, il devint par la grâce de Dieu, un prêtre catholique des plus fervents, entra au petit séminaire de Saint Sulpice dont il devint le directeur. L’arrivée de ce nouveau directeur a été une des plus belles choses qui pouvait  arriver à Louis-Marie qui lui permit d’y trouver l’atmosphère la plus exaltante qui soit, qui offrait au futur prêtre tout ce qu’il voulait désirer pour faire vivre son face à face avec Dieu : grande ferveur des postulants, observation stricte de la Règle, frugalité, pauvreté pour tout ce qui avait trait au matériel, et grande fraternité entre les uns et les autres. Il vivait dans une cellule sous les toits, idéalement glacée l’hiver et brûlante l’été, grouillante d’insectes qui l’empêchaient de dormir, lorsque il consentait à prendre un peu de repos, mais c’est lui qui avait choisi cet endroit et toujours il voudra ce qu’il y a de plus répugnant, de plus triste, car finalement ce qu’il y a de plus triste dans notre monde, c’est la misère des hommes. Et lui, il avait ce qu’il y a de plus précieux, l’amour du Christ  soutenu par sa dévotion pour la Vierge Marie et peu importe le reste! Et on ne peut dire qu’une chose, c’est magnifique !

  Il travaillait, dur, entre ses lectures des Pères de l’Eglise, il s’était vu confier l’entretien de l’autel de la Sainte Vierge de l’église Saint Sulpice ainsi que la direction des cérémonies à la chapelle du séminaire, sans oublier ses fonctions de bibliothécaire, qui lui permirent de lire les œuvres complètes des Pères de l’Eglise et ceux sur la dévotion de la Sainte Vierge; il retrouva  aussi ses plaisirs d’enfance en faisant le catéchisme aux petits de la paroisse.

  Un peu de repos lui fut accordé, à l’occasion d’un pèlerinage à Notre Dame de Chartres, juste un an avant son ordination.

       Confirmation de l’appel de Dieu

  C’est dans la cathédrale de Chartres même, précisément dans la chapelle de Notre-Dame-sous-Terre que la Sainte Vierge lui dit: « courage, l’heure est  proche ; dans quelques mois tu monteras à l’autel.» Le futur saint passera le reste de la journée et la nuit en prières ; son compagnon de voyage était rentré depuis longtemps à l’auberge pour y passer la nuit et il fut surpris de retrouver son camarade dans la position où il l’avait laissé. Beaucoup parmi ses condisciples se demandaient comment Louis-Marie de Montfort pouvait entretenir Dieu si longtemps, et ce qu’il avait à lui dire.

  Enfin, la préparation au sacerdoce était achevée, et il fut ordonné prêtre le 5 Juin 1700, à l’âge de vingt sept ans, par Mgr Jean Henri de Flamenville, à l’église Saint Sulpice. Il passera le reste de sa journée en action de grâces devant le Saint Sacrement. Un fait assez rare pour être relevé, il célèbrera sa première messe huit jours seulement après son ordination, écoutons à nouveau l’abbé  Blain : « J’assistai à cette cérémonie ; j’y vis un homme comme un ange à l’autel.»

  Le voilà aux portes du Paradis, être prêtre, c’est très bien mais comment employer cette fonction le mieux possible ? Quels moyens utiliser? La parole, la croix et le rosaire. C’est ainsi qu’il parti pour Nantes dès le mois de Septembre suivant,  en tant qu’auxiliaire du Père René Levêque, qui enseignait l’art de prêcher. On finit par lui confier la paroisse rurale de Grandchamp, peuplée de deux mille âmes et le succès qu’il obtint lui permis d’aller porter la Bonne Nouvelle dans les paroisses abandonnées à condition qu’il ne contrevienne pas aux règles ordinaires des Sulpiciens.

  Ensuite il y eut Poitiers, dix sept à dix huit mille habitants, et il travailla à l’hôpital de la ville où il fit tant de bien aux malheureux qui s’y trouvaient, que ce soit des malades ou des indigents ! Il était très aimé par les pauvres et souvent détesté par les autres. C’est dans ce lieu qu’il posa les bases de sa congrégation des Filles de La Sagesse ; son but était de réunir des pensionnaires infirmes soignées à l’hôpital, où elles sont regroupées,  et vivent ensemble les prières, les méditations, le rosaire, mais aussi la lecture,  ainsi que les repas en commun. Le Père Louis-Marie de Montfort voulait en faire des infirmières. Ce projet fut très vite combattu  mais pas abandonné,  et il lui survivra.

  Il retourne à Paris où il offre ses services à l’hôpital Saint Vincent de Paul  connu aujourd’hui sous le nom de Salpètrière. Peuplé de quatre ou cinq cents indigents auprès desquels il se dévoua entièrement, mais cela ne plût pas et il fut remercié, d’une façon indigne.

                 Rome : sa terre promise, le pape le nomme missionnaire apostolique, dans son audience du 6 Juin 1706

  Depuis toujours, LouisMarie de Montfort voulait aller évangéliser les peuples à travers le monde, la France était trop petite pour lui, mais largement suffisante aux yeux du Pape Clément XI qui mit un terme à ses rêves par ces termes : « Votre zèle a un vaste  champ  en   France. N’allez point ailleurs et travaillez avec une parfaite soumission aux évêques  dans les diocèses où vous serez appelé, Dieu par ce moyen donnera bénédiction à vos travaux.» Saint Louis-Marie  Grignion de Montfort pu  également entretenir le pape de sa doctrine ascétique.

         L’ermitage de Saint Eloi là où il écrivit le traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge

  De retour en France, toujours à pied, il faut insister sur ce point car il s’agit de milliers de kilomètres parcourus par le Saint. Enfin, après de nombreuses étapes, dont celle du Mont Saint Michel, il se « pose » et écrit son traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge.

   En quoi consistait cette dévotion toute particulière ? On ne peut que conseiller aux lecteurs de s’emparer du texte dont on se contentera très humblement de donner les grandes lignes : Ecoutons Louis-Marie : « Il faut lui donner notre corps avec tous ses sens et ses membres; notre âme avec toutes ses puissances ; nos biens extérieurs, qu’on appelle de fortune, présents ou à venir ; nos biens intérieurs et spirituels qui sont nos mérites, nos vertus et nos bonnes œuvres passées, présentes et futures ».

  Son œuvre achevée, il se remet en route, ses missions connurent des hauts et des bas, de grandes déceptions mais des succès éclatants, ainsi à Saint Brieuc, La Rochelle, Rouen,Bayeux, l’île d’Aix.

  Il sera toujours accompagné par la Sainte Vierge qui va l’aider, à plusieurs reprises, en accomplissant des miracles et ce  jusqu’à son ultime étape, Saint Laurent sur Sèvre, en Vendée ; il semblerait que tout était réuni pour accueillir le saint dans ses derniers moments, dans cette semaine de la Passion du Christ.  Louis-Marie de Grignion s’était installé dans une caverne, au bas des coteaux, et allait lui aussi entamer sa passion.

  Il quitte cette terre le 28 Avril 1716 à Huit heures du soir à l’âge de 43 ans.

  Il y a tant de choses à dire encore , on lira plutôt  Mgr Laveille, vicaire Général de Meaux, lauréat de l’Académie Française,  qui dans son magistral ouvrage sur Louis-Marie de Grignion écrivait au sujet de lettres écrites par Louis-Marie à sa sœur Louise, religieuse elle aussi,« On peut dire que dans ces quatre lettres où s’est épanchée l’âme de M. de Montfort, tous les jugements humains sont renversés, toutes les conventions mondaines abolies, tous les cris de la chair étouffés. Mais en revanche, quelles lumières sur le monde des réalités invisibles! Quel ferme et clair regard sur cet au-delà radieux! »

Canonisé par le pape Pie XII, le 20 juillet 1947

  Fondateur de la Compagnie de Marie, des Frères de Saint Gabriel, et  des Filles de la Sagesse.

M. Ravel

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