La Vénérable Benoîte Rencurel Mai 2022

La Vénérable Benoîte Rencurel Mai 2022

Fêtée le 4 Mai

« Ce qui retient en premier l’attention, c’est la fidélité de Benoîte Rencurel, bonne chrétienne, bonne paroissienne de son temps. (….) Cette foi, cette fidélité, puisées dans sa famille et dans sa paroisse, elle les a gardées et développées, quand elle est devenue pour Dieu et ses frères, messagère de Dame Marie. Nous dirions aujourd’hui, que cette femme exerça de manière éminente, son rôle et sa mission de laïque dans le monde et dans l’Eglise. ( …) » Texte écrit en 1986 par Mgr. Séguy, ancien évêque d’Autun.

  A  cette époque, Monseigneur Séguy, qui vient de rejoindre la Maison du Père, le 21 Mars dernier, était évêque de Gap avant d’être nommé à Autun où il exerça son ministère de 1987 à 2006.

  Benoîte est née le 29 Septembre 1647 à Saint Etienne d’Avançon, un tout petit village situé dans la vallée de l’Avance,  proche de Gap. Ses parents Guillaume et sa maman Catherine Matheron sont des paysans, catholiques pratiquants qui ne savent ni lire ni écrire, ce qui n’a rien d’étonnant pour l’époque, nous sommes au dix- septième siècle.

  Benoîte, n’apprendra jamais non plus à lire  et à écrire, mais  connaîtra par cœur son chapelet, dès son plus jeune âge, ainsi que Le Pater, l’Ave Maria et le Crédo.

  C’est une petite fille très vivante, très aimée par ses parents et dont l’enfance va être fracassée par la disparition d’un père très aimé qui laisse une femme et trois filles seules au monde. Mais c’était sans compter sur le secours de Dieu, qui se manifeste en la personne du curé du village, Jean Fraisse  qui à beaucoup aidé cette petite famille.

  Benoîte est bergère, elle n’est pas instruite, mais gardera avec beaucoup de soin, son petit troupeau, comme elle veillera plus tard, avec la même attention, sur les âmes mises sur son chemin ;  parfois elle est employée aux champs selon les saisons, pour aider les familles du village, qui l’apprécient beaucoup même si les conditions de travail sont très rudes.

               Sa première rencontre avec La Sainte Vierge

  Sa vie est donc toute simple, Benoîte vit au jour le jour, dans le travail et l’attention aux autres. Et puis son train-train est bouleversé  par sa première rencontre  non pas avec la Sainte Vierge directement, mais un de Ses envoyés : la scène pourrait en rappeler d’autres presque semblables : alors qu’elle gardait son troupeau , tout en récitant son rosaire elle se retrouve face à un vieux monsieur, qui lui propose d’aller au puits pour lui ramener de l’eau, aussitôt pour le remercier, elle veut lui offrir un beau morceau de pain, qui accompagnera cette délicieuse eau, ce à quoi Saint Maurice , car c’était lui, répond  qu’il ne mange que du pain du Ciel,  et ajoute qu’elle allait bientôt voir la Mère de Dieu. Pour lui faciliter les choses, il lui précise qu’elle doit se rendre dans le vallon des Fours, ainsi nommé car on y  travaillait et cuisait le plâtre, lequel était situé au-dessus de son petit village.

  Effectivement, le lendemain, devant la grotte où elle avait d’ailleurs l’habitude d’aller, se trouve une belle dame, accompagné d’un merveilleux Enfant. La jeune Benoîte n’est pas surprise et demande à la Vierge Marie si elle pourrait lui donner cet Enfant, la Sainte Vierge ne répond pas, mais restera plusieurs heures devant l’entrée de la grotte. Benoîte propose alors comme elle l’avait fait pour Saint Maurice un morceau de pain à l’Enfant, mais elle n’obtient toujours pas de réponse.

  La Sainte Vierge, reviendra ensuite tous les jours pendant quatre mois au même endroit, elle va l’aider à garder ses brebis, et  même à la laisser se reposer sur le bord de Son manteau lorsque Benoîte tombe de fatigue.

   On se doute que toutes ces apparitions vont finir pas se savoir, et comme à chaque fois, on commence par douter et par accuser la jeune fille d’affabulations.

   Néanmoins, ces quatre mois ne sont pas là pour rien, et la      Vierge Marie va faire l’éducation spirituelle de la jeune bergère : Elle lui apprend les Litanies de Lorette, et l’oraison. Elle s’occupe de  l’organisation de son travail, de ses jeûnes. Elle va ensuite l’envoyer voir le curé du village,  pour demander que l’on fasse à l’église du village une prière tous les soirs. Entretemps, les évènements prennent un caractère officiel, et l’on charge François Grimaud, avocat au Barreau de Grenoble et juge de paix de la baronnie d’Avançon d’enquêter. Le juge avait pris la situation très au sérieux, étant lui-même un bon chrétien, il s’était donc rendu sur place, en ce début du mois d’Août 1664 ; l’évidence lui saute aux yeux, il sait que la jeune fille est sincère, à tel point, que le juge charge Benoîte de demander si la Sainte Vierge souhaite faire construire une chapelle; la Dame refuse, car Elle sait déjà où installer un nouveau lieu de culte, plus propre à Ses Souhaits : ce sera Le laus, construit en l’honneur de son Fils et d’Elle-même, on pourrait installer un bâtiment pour loger des prêtres.

   Benoîte ne sait pas exactement où est Le Laus, elle n’y est jamais allée, car l’endroit est en fait de l’autre  côté de l’Avance, un torrent très tempétueux, mais la Sainte Vierge va l’aider en lui disant qu’elle sentirait des bonnes odeurs et lorsqu’elle trouve enfin la chapelle, La Sainte Vierge se tient du côté droit de l’autel. Désormais Benoîte fera le trajet tous les jours, descendant et remontant le flanc de la colline soit plusieurs kilomètres par jour ! Et la Sainte Vierge l’attend à chaque fois, où elles reprennent toutes deux un merveilleux dialogue, car la jeune bergère parle à La Sainte Vierge comme si elle parlait à sa propre mère.

                «  Je suis Dame Marie »

   Comme on le constate les directives de la Sainte Vierge sont très précises. Poursuivant l’organisation des évènements, Elle veut que le curé de Saint Etienne d’Avançon organise une grande procession jusqu’au vallon des Fours, là où Elle est apparue pour la première fois. La procession s’arrête devant la grotte et le juge Grimaud qui organisait les choses avec le curé, reste seul avec la jeune fille. La Sainte Vierge apparaît mais seule Benoîte la voit, elle est transfigurée et c’est à ce moment précis qu’elle répond à la demande de la jeune fille : « Je suis Dame Marie. » Le Juge François Grimaud est à son tour touché par la grâce, il n’a rien vu, rien entendu mais cela n’était pas nécessaire.

 «  J’ai demandé Le Laus à mon divin Fils pour la conversion des pécheurs et Il me l’a octroyé. » Paroles de la Sainte Vierge à Benoîte.

   Malgré les difficultés matérielles et financières,  on pu bâtir une  nouvelle église grâce à la générosité de tous les gens de la région.

  L’ancienne petite chapelle n’est plus et la nouvelle église du Laus, bien que difficile d’accès, est de belles proportions : 30 mètres de long sur 12 mètres de large. Ainsi elle peut accueillir la foule de plus en plus grande qui arrive au Laus.

                La première guérison : le 26 Juin 1665

   « Le Doigt de Dieu est là, le Doigt de Dieu est là ! » Vicaire Général Antoine Lambert

   Dès le mois de Juin 1665, le juge établit les guérisons physiques qui vont avoir lieu suivant la fréquence des pèlerinages ; la  première guérison est constatée par le vicaire     Général d’Embrun, Antoine Lambert ; il s’agissait d’une femme paralysée des jambes depuis plusieurs années et qui  après une neuvaine, repart sur ses deux jambes, assister à la messe. Parmi d’autres premières guérisons, celle de la propre fille du juge François Grimaud,  Charlotte, qui recouvre la vue, après avoir été guérie d’une tumeur, le 25 Juin 1667.

   Quant à Benoite, elle  vit, en quelque sorte, aux côtés de la Vierge, en toute simplicité, à l’image de ce qu’elle était, une jeune fille simple et gentille, qui trouvait tout naturel  de rencontrer régulièrement la Dame Marie, comme elle trouvait tout à fait normal de lui parler, un peu sur le ton d’une fille avec sa mère où peut percer parfois une petite pointe d’agacement, qui n’empêche pas le respect et l’affection.

  Un exemple avec une histoire de chèvre, car le troupeau était toute la richesse de Benoîte, et spécialement une chèvre qui l’aidait à traverser le courant pour monter au Laus. Un jour la Sainte Vierge qui voulait la tester lui demande si elle voulait bien la lui donner, elle refuse tout net, lui expliquant que l’animal est indispensable. Benoîte voulait bien tout lui donner, ce qu’elle fit d’ailleurs, tout mais pas sa chèvre !

  La Sainte Vierge ne lui en tiendra par rigueur, Elle va lui accorder le don de voir dans les âmes, et celui de guérir ses semblables.

  Tout semble bien se passer, mais c’est sans compter sur les hommes; au dix-septième siècle, l’Eglise était traversée par un fort courant janséniste, qui n’admettait pas que Dieu soit miséricorde et amour, pas plus qu’il ne tolérait le culte de la Vierge Marie ; pourtant on se rappelle que Louis XIII était un roi très pieux  qui avait horreur du péché; nous sommes en 1638, le roi se rendit à la Chapelle de Cotignac, où la Sainte Vierge était apparue, pour la supplier de lui donner un héritier, le futur Louis XIV. A cette époque, Benoîte n’était pas encore née, mais la France est la Terre de la Reine du Ciel et a toujours voué un culte particulier à la Vierge Marie, notamment avec la célébration de l’Assomption, magnifiée  justement par Louis XIII.

  Des changements au diocèse d’Embrun, qui amènent un autre archevêque à la tête du diocèse; celui-ci n’a pas de parti pris réel à l’égard de Benoîte mais il veut à son tour contrôler la situation et bien s’assurer qu’il n’a pas affaire à une simulatrice, car il y en eut beaucoup qui osèrent se présenter devant Benoîte, parmi elles, une certaine Françoise.

  C’est ainsi qu’entrent dans la vie de Benoîte, le nouvel archevêque d’Embrun, Charles Brulart de Genlis, et son  vicaire général, Jean Javelly qui prennent les rênes du diocèse en 1670. Le Laus est en plein essor spirituel, Benoîte est encore bien jeune, et les deux prélats l’obligent  à venir à Embrun ; elle y arrive le jour de la Pentecôte, un dimanche 25 Mai de l’année 1670, elle n’en repartira que le 6 Juin suivant.

  Elle est installée chez le vicaire général, où elle est surveillée de près, elle va jeûner pendant tout son séjour. Elle n’a pas le droit de sortir et tous les après-midi, on la conduit à l’archevêché, où elle est interrogée par une commission composée de jésuites d’Embrun et de prêtres du diocèse. L’interrogatoire est serré : qui, quand, combien, de quoi a-t-elle parlé avec la Sainte Vierge, on ne veut rien laisser échapper! Mais la grâce divine s’abat sur eux, Benoîte les a convaincus, sans rien faire de particulier, si ce n’est de répondre à leurs questions, tout simplement, peut-être aussi simplement que lorsqu’elle s’adressait à la Sainte Vierge où aux anges qui furent aussi ses compagnons, on en reparlera.

  L’archevêque est quant à lui sur la réserve, et va se rendre en personne, deux ans après cette première enquête, sur place ; Agenouillée devant l’archevêque qui essaie de la tenter,  en lui disant qu’il va la doter et, qu’ainsi elle pourra se marier, Benoîte est effondrée, mais l’archevêque, à son tour, est convaincu par cette jeune fille, il la croit  comme tous ceux qui ont eu la joie d’entendre Benoîte. Ce qui l’a convaincu ce ne sont pas les guérisons inexpliquées, ni les visions, mais quelque chose de plus simple et de plus exigeant à la fois, qui est la profonde humilité de la jeune demoiselle. Un trait de  caractère que l’on retrouve chez tous les saints.

  Benoîte va reprendre le cours de sa vie, elle est installée  dans une petite maison  au pied de la nouvelle église, qui est maintenant une basilique, où cinq à six mille paroissiens venus du Queyras, du Dauphiné, de la Savoie et de Provence défilent chaque jour !

      Lorsque La Sainte Vierge laisse Benoîte sous la garde   des anges

Les anges sont chargés par la Sainte Vierge de parfaire l’éducation spirituelle de Benoîte, ils l’incitent à la patience, la soutiennent ; à ce sujet, on rapporte un dialogue entre un des anges et Benoîte, nullement intimidée, et qui répond à la remontrance d’un  d’entre eux en ces termes : « Si vous aviez un corps comme nous, nous verrions ce que vous feriez. » et l’ange rit ! Les anges l’aiment beaucoup, prient avec elle, font l’Adoration, chantent, méditent la Passion, s’occupent de la conversion des pécheurs, et lui donnent la Communion lorsqu’il n’y a pas de prêtres.

                                           Benoîte rencontre le Fils de Marie

  Dieu est à notre portée, cela nous remplit de joie, c’est ainsi que l’on suit Benoîte dans les pas de la Vierge Marie et dans ceux de Son Fils : on veut parler de la Grande Apparition du Christ Crucifié, où comme elle le dit : » Jésus lui apparu tout sanglant sur la Croix. » Le lieu est impressionnant et majestueux : la chaîne de Chabrières, entourée de roches, dominée par la Croix d’Avançon, où Benoîte aimait s’arrêter pour prier. Nous sommes un vendredi de Juillet 1673, Benoîte vient de s’arrêter et elle entend le Christ lui dire : »Ce que vous croyez me voir souffrir n’est pas ce que je souffre à présent ; mais c’est pour vous montrer ce que j’ai souffert pour les pécheurs et l’amour que j’ai pour eux. »Elle Le verra à cinq reprises et vivra à son tour ce que l’on appelle une crucifixion mystique, dans le secret de sa chambre, où chaque semaine, du jeudi soir au samedi matin à 9 heures, elle restera allongée les bras en croix, immobile et ceci pendant quinze ans.

  La Sainte Vierge voulait et veut toujours la conversion des pécheurs ; l’archidiacre de Gap et théologien, Pierre Gaillard déclarait un jour que jamais le monde ne fut aussi mauvais que de leurs jours ; Que penserait-il s’il revenait  quatre siècles plus tard ?

                                                           De la Confession

  L’œuvre de Benoîte au Laus est immense, Pierre Gaillard, poursuit : « sa présence réjouit tout le monde, car elle console les uns, encourage les autres, ramène les égarés, touche les endurcis, favorise les confessions, empêche les sacrilèges. » Elle a le privilège de lire dans les consciences, elle voit les péchés. « Comme dans une glace tout à la fois. »  Pour reprendre son expression. Elle voit la laideur des âmes  sur la figure des pécheurs. Bien sûr, elle ne les confesse pas mais elle les incite vivement à faire une confession la plus complète possible! Une jolie demoiselle venue à confesse, lui demanda de lui trouver un prêtre ajoutant même qu’elle en avait pour peu de temps, ce à quoi Benoîte lui répondit : «  Comment, vous aurez bientôt fait ! Mais il n’y a pas tant de plis et de replis à votre cotillon qu’il n’y a de péchés dans votre âme. »

                                                     Et de l’Eucharistie

  Dès que Benoîte sent qu’un pécheur n’est pas totalement prêt à recevoir le Christ, elle va vers lui discrètement, et selon la situation lui rappelle, par exemple qu’il n’est pas à jeun, ou qu’il ne s’est pas bien confessé. Mais que l’on n’y trompe pas, Benoîte déteste le péché mais pas le pécheur !

  Elle en aura entendu des choses, cela nous fait penser au saint curé d’Ars, un demi-siècle plus tard qui disait : « Je sèche d’ennui sur cette pauvre terre, mon âme est triste jusqu’à la mort, mes oreilles n’entendent que des choses qui me navrent. »

  Benoîte est une femme bonne, qui s’est toujours souciée des pauvres, dès son plus jeune âge. Elle est chez elle à l’église,  rien n’est trop beau  et précieux pour sa décoration ; rien n’est trop dur pour elle qui jeûne régulièrement, dort à même le sol, porte un cilice. Devant toutes les grâces qui lui sont données depuis le début de sa vie : la présence régulière de la Sainte Vierge, les Stigmates du Christ sur son propre corps,  le diable s’acharne, comme avec le Saint curé d’Ars, ou Saint Jean Bosco et tant d’autres ; il va la tourmenter  physiquement et moralement, deux à trois fois par semaine, pendant quarante ans !Un jour, il la saisit, la met sur son épaule et la dépose au fond d’une forêt ; une autre fois  il la  laisse  sur un rocher ou la fait  tomber jusqu’au sol. Elle doit son salut à un ange qui la ramène en lieu sûr.

  Benoîte subira aussi les tourments de la guerre menée par Victor-Amédée II et où une armée de quarante mille hommes composée d’Espagnols, de Vaudois et de Piémontais vont envahir la région l’obligeant à quitter la vallée et à trouver refuge à Marseille.

  De retour au Laus, elle aurait pu récapituler tout ce qu’elle fit pour notre salut et tous les miracles que la Sainte Vierge  accomplit par son intermédiaire. Ce sera François Grimaud , avocat au parlement de Grenoble  et juge de Paix de la baronnie d’Avançon qui fit ce travail pour notre édification : Première Guérison le 26 Juin 1665, puis entre fin Juin et début Septembre, dix-huit autres suivront.

  Les Apparitions de la Vierge Marie sont à peu près quotidiennes au début de l’année 1664, Pierre Gaillard,  l’archidiacre de Gap, en dénombre quatre en 1698, trois en 1699, six en 1700, trois en 1701, deux en 1702, deux en 1703 et en 1704, une en 1705, une en 1706, deux en 1707 et une en 1708. Son décompte s’arrête là.

  On sait que l’œuvre de Benoîte ne s’est pas arrêtée au jour de son départ  pour rejoindre La Sainte Vierge. Tous ont remarqué qu’elle était « morte » joyeusement, nous laissant le chagrin de sa perte sur cette terre, depuis le 25 Décembre 1718,  le jour de la fête des Saints Innocents.  Elle  repose désormais  au sein de la basilique du Laus.

 Les  Apparitions de la Vierge Marie ont été reconnues officiellement par l’Eglise Catholique le 4 Mai 2008.

    Reconnue Vénérable par le pape Benoît XVI le 3 Avril 2009.

Son procès en béatification est ouvert.

M. Ravel

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