Mai 2020 – Sainte Gisèle

Sainte Gisèle

Sainte patronne de l’Artois fêtée le 7 Mai

Car l’homme voit selon les yeux, et Dieu voit selon le cœur… (Samuel I XVI, 7)

    Se remémorer Sainte Gisèle, fait revivre deux faits marquants dans la vie des catholiques: le premier, en nous conviant en tant que bon chrétien à aller au-delà des apparences et le second avec le coup d’envoi de la création des états Pontificaux en 756 par son père Pépin le Bref.

  Sainte Gisèle appartient à une famille dont les membres parlent à plus d’un titre à la « petite » histoire et qui nous relie à la grande histoire de France.

   Sainte Gisèle était la fille de Pépin Le Bref, lui-même un des fils de Charles Martel, le sauveur de la chrétienté contre les Sarazins  à Poitiers et d’une noble dame, portant un nom bien mérovingien, Berthe de Laon, fille du comte Caribalt  de Laon, parmi les autres frères de Sainte Gisèle, Charlemagne,  qui succèdera à son père.

    Pépin Le Bref, met fin à la dynastie mérovingienne, mal représentée par Childéric III, et devient le premier roi des Francs, premier de la dynastie carolingienne, il est élu en 752.

   Une dynastie qui repose , pour la première fois, sur un pouvoir donné par les plus hautes institutions de l’Eglise , car ce n’est qu’après l’accord du pape Zacharie, qu’il sera sacré par l’archevêque de Mayence, Saint Boniface, au nom de la sainte Eglise, en 751 et  le pape Etienne II, successeur du pape zacharie, lui confèrera l’onction sainte à Saint Denis, le 28 Juillet 754 qui lui transmettait l’Esprit Saint. Par ce sacre, Pépin Le Bref était investit d’une mission de protection de l’Eglise, laquelle n’hésitera jamais à la lui  demander, ainsi qu’à son fils plus tard, le roi Charlemagne.

  Cette alliance avec L’Eglise est un évènement capital dans l’histoire de la royauté et sera longtemps reprochée au Pape Zacharie, bien après sa mort, où on l’accusait d’avoir empiété sur le pouvoir temporel. Pourtant, le roi des Francs était devenu maître des Gaules, après deux batailles victorieuses contre les saxons et le pape Zacharie n’avait fait qu’entériner l’accord pris par une grande assemblée de notables Francs ; plus de dix siècles plus tard, Fénelon se penchant sur le sujet, assurait que le pape n’avait fait que répondre à la consultation des Francs, Bossuet enfonçait le clou, estimant que donner le titre de roi à celui qui possédait déjà la puissance temporelle, n’était que juste et légitime et même Chateaubriand  n’y voyait là aucune ingérence ou usurpation, Pépin Le Bref, ayant été élu par une majorité de suffrages,  comme on dirait aujourd’hui, d’ailleurs pour lui, c’était  la monarchie héréditaire qui serait usurpatrice.

Bon sang ne saurait mentir

Pépin Le Bref était bien installé sur le trône, on sait que c’était un roi très pieux, tous l’étaient dans la famille, la reine Berthe, avait une parente qui avait fondé le monastère de Pruym, une très grande abbaye bénédictine. Leur fille  arrive au monde, en 757, dans un environnement  particulier, elle aura même deux papes pour parrains, Etienne II puis son successeur le saint pape Paul I, qui entretint une correspondance avec son père Pépin Le Bref, pendant toute la durée de son pontificat, soit une dizaine d’années de 757 à 767.

 Ces deux pontifes eurent toujours l’entier appui de Pépin Le Bref, qui les aida à  se débarrasser des Lombards. Cette peuplade germanique avait envahit l’Italie au VI siècle, fondé un état très puissant, prenant pour capitale la ville de Pavie. Le roi des Francs, petit par sa taille mais grand par son courage, avait grâce à son armée, obligé les Lombards à restituer au Pape Etienne II, la ville de Rome, Pérouse, les territoires de Ravenne, de la Corse et de la Sardaigne, ce ne sera qu’un début, mais prometteur et surtout fondateur des états pontificaux, contribuant peu à peu, à desserrer l’étau de L’Empire d’Orient sur l’Italie.

     Pendant ce temps, Sainte Gisèle accumulant toutes les qualités, grandissait en piété et beauté et était déjà attirée par la vie spirituelle. Elle demanda à Dieu de l’éclairer davantage  sur son avenir, qui se présenta sous la forme d’un gentilhomme de la meilleure noblesse carolingienne qui soit, le futur saint Venant,  lequel après avoir mené joyeuse vie, et perdu une jambe au cours d’une joute, se retrouva confiné sur son lit de douleur, ce qui va lui permettre d’y réfléchir.

Il était temps pour Saint Venant  de changer de vie, il se retira à Aire sur La Lys, en Artois, non loin du château familial où vivait Pépin Le Bref avec sa famille et bien sûr, Sainte Gisèle. Devenu très pieux, la nouvelle renommée arriva jusqu’aux oreilles du père de Sainte Gisèle, qui l’invita en leur demeure. Une invitation qu’il a dû beaucoup regretter, car Saint Venant était l’instrument de la main de Dieu, devint le guide spirituel de Sainte Gisèle et ruina les projets matrimoniaux de Pépin Le Bref prévus pour sa fille. Sainte Gisèle refusa plusieurs prétendants, et non des moindres, proposés par ses parents, dont le fils de l’empereur d’Orient Constantin Copronyme, un autre fils de roi, celui des Lombards, tous d’excellents ennemis de son père d’ailleurs. L’Eglise s’opposa fermement à de telles alliances et Dieu  cédant à ses supplications  usa d’un moyen inattendu en transformant la très belle Gisèle en une hideuse jeune fille atteinte de la lèpre ; n’écoutant que leur cœur, les prétendants se découragèrent et l’abandonnèrent. Dieu n’allait pas la laisser dans cet état plus longtemps.

   La gent féminine, de tout temps, a toujours tout fait pour être belle, c’est tout le contraire cette fois, probablement pour la première et dernière, sauf dans les contes pour enfants, souvent inspirés d’évènements miraculeux et le miracle continue  avec le retour de la beauté de Gisèle qui demande quelques explications : Saint Venant, avait payé de sa vie, son soutien à la Sainte et c’est sur son corps décapité flottant sur la Lys que Sainte Gisèle, suivant les indications divines, trouva une anguille qu’elle mangea  et sa beauté revint aussitôt.

   Le Seigneur connaissait son  âme et la confiance qu’il lui manifesta fut pleinement récompensée par une vie exemplaire consacrée à Dieu, sous la Règle de Saint  Benoit, au cours des trente dernières années qu’elle passa dans un monastère installé dans l’enceinte même du château paternel,  où elle recevait de temps en temps la visite de son frère , l’illustre Charlemagne, qui sera sacré roi en 768, après la mort de leur père Pépin Le Bref.

   Sainte Gisèle s’éteindra vers 806 ou 808, elle sera restée fidèle à Dieu, telle une jolie  flamme éternellement ardente dans son amour pour le Seigneur.

Monique Ravel

Avril 2020 Saint Jean-Baptiste de la Salle

Saint Jean-Baptiste de La Salle
Fêté le 7 Avril

« J’adore en toutes choses la conduite de Dieu à mon égard. » Enseigner aux pauvres, telle fut la mission que Dieu assigna à Jean-Baptiste de la Salle. Certains y verront « un petit calvaire » , vécut par ce grand homme qui toute sa vie se battra sur tous les fronts, que ce soit avec ses pairs, certains laïcs et les représentants du grand courant idéologique de l’ époque – les Jansénistes –
Retraçons maintenant les grandes étapes de cette grande et noble vie ; quoi de plus noble en effet que de vouloir instruire ses semblables et spécialement les plus pauvres d’entre eux ?
Tout commence dans une très illustre famille, dont les origines remontent au dixième siècle. La génération qui nous intéresse tout spécialement, est celle de Louis de La Salle grand édile de la ville de Reims et de Nicolle Moët de Brouillet, ses parents. Jean-Baptiste de La Salle est l’aîné d’une famille de dix enfants et à ce titre héritera du nom et de la fortune immense de la famille.
Du petit oratoire familial au séminaire de Saint-Sulpice : une des approches de la connaissance de Dieu la plus parfaite qui soit.
Jean-Baptiste de La Salle naît le 30 Avril 1651, à Reims, dans cette famille très chrétienne, qui aura le bonheur, de découvrir les aptitudes et les aspirations très pieuses de leur fils, tout petit déjà, il suivait la messe tous les matins, ses parents voyant son inclination pour les cérémonies sacrées, lui installèrent un petit oratoire dans la demeure familiale. Il avait à peine sept ou huit ans lorsqu’il devint enfant de chœur et onze ans quand il reçut la tonsure le 11 Mars 1662. Entre-temps, son père le mit au collège des Bons Enfants, où les neuf années qu’il y passa lui permirent d’apprendre la grammaire, les Lettres, la poésie, la rhétorique ainsi que la philosophie ; à la fin de ses études, Jean-Baptiste de La Salle lisait et interprétait les auteurs anciens, parlait et écrivait le latin sans difficulté ; a l’âge de seize ans, il entre en philosophie, comme on disait à l’époque et devint, à dix huit ans à peine, maître ès Arts.
Ses brillantes études achevées, ne le détournèrent pas de son désir profond de Dieu. Jean-Baptiste de La Salle entra au séminaire de Saint-Sulpice en 1670, pour y suivre la formation dispensée aux prêtres au cours de laquelle, on les formait à l’oraison, à la mortification, des préoccupations qui répondaient aux souhaits du concile de Trente. Il fallait faire naître chez les prêtres un amour de la pauvreté, de l’humilité. C’était la formation la plus parfaite et spirituelle qui soit. La qualité de cet enseignement apostolique, est arrivée intacte jusqu’ à nos jours.
« Le Seigneur est ma part d’héritage », disait t-il. Une formule qui n’était pas vaine, car il n’accepte l’héritage familial que pour le consacrer à l’œuvre de Dieu.
Une famille unie, très intelligente, et qui sera très fière de donner un fils à Dieu.  C’est en effet, Jean-Baptiste de La Salle qui succèdera à un parent, Pierre Dozet, archidiacre de Champagne, et sera installé au chœur de Notre Dame de Reims avec la prébende N° 21. Pour mémoire, le chapitre a donné à l’Eglise, avant 1789, trente et un évêques, quatre d’entre eux deviendront papes. Jean de La Salle sera ordonné prêtre en 1678, un neuf avril et un samedi de la Semaine Sainte.
Quarante ans plus tôt, Jean-Baptiste de La Salle prenait la direction de la communauté de l’Enfant Jésus, succédant ainsi, au chanoine Nicolas Roland qui en avait fait son exécuteur testamentaire. Une succession qui constituera les prémices de son futur institut.
La Communauté de l’Enfant Jésus, était réservée aux jeunes filles pauvres de la ville, elle était tenue par une congrégation de filles séculières, ni voilés ni cloitrées, dont l’objectif était d’instruire de pauvres jeunes filles, en leur apprenant à lire et à écrire et ce dans la crainte de Dieu.
On peut se demander si le chanoine Nicolas Roland, connaissant les hautes qualités morales de son cousin, n’avait pas eu l’idée, en lui confiant les rênes de cette congrégation, de lui faire comprendre que c’était le chemin qu’il devait prendre, et créer des écoles chrétiennes à destination des garçons cette fois.
Il aura été entendu par Jean-Baptiste de La Salle, lequel, au cours d’une retraite, développera sa pensée en ces termes : « Il fallait que les maîtres arrivassent à former un corps de communautés doté de sa vie propre (…). Les Règlements étaient nécessaires pour fixer votre état (…) et commencer l’édifice dont vous êtes les premières pierres. » Les frères feraient le vœu d’obéissance et de stabilité pendant trois ans et les renouvelleraient tous les trois ans.
Et c’est ainsi que naissait, le 24 juin 1682, l’Institut des Frères des Ecoles Chrétiennes.
Au commencement, ils étaient Douze… Douze coopérateurs de Jésus Christ rassemblés autour de Jean-Baptiste de La Salle, une réussite illustrée par le nombre grandissant d’Ecoles, une petite quarantaine depuis la première à Reims entre les années 1679 et 1718, avec quatorze Supérieurs Généraux de l’Institut, dont les Frères Barthélémy, Agathon, Frumence, Gerbaud et Philippe, quatre séminaires de maîtres de campagne, cinq noviciats, trois pensionnats, dont un de force, (de nos jours une maison de correction), une école dominicale, pour n’en citer que quelques uns. Rappelons que le Frère est un religieux maitre d’école dont la mission est de donner gratuitement l’instruction aux enfants de condition modeste.
De Reims à Boulogne sur Mer, en passant par Paris, Rouen, Marseille, Dijon et même Rome, les bienfaits, de l’action du Bienheureux, se répandent ainsi de façon magistrale; Un immense labeur, qui ne se fera pas sans les à coups habituels, ni les conflits et trahisons multiples et variées endurées sans plainte, avec beaucoup de grandeur d’âme, par Jean-Baptiste de La Salle, il n’aimait pas répondre à ses détracteurs, voire ses ennemis, et lorsqu‘il le faisait c’était toujours avec beaucoup de recul et bon sens; des ennemis inattendus, comme des personnalités ecclésiastiques, sans parler des maîtres laïcs, et des Jansénistes ; on ne veut retenir ici, que les choses positives illustrées par de brillants soutiens, comme celui de l’archevêque de Rouen, Mgr Colbert, qui l’aida dans l’installation de l’école de Darnétal, proche de Rouen, en 1705 et Mgr de Noailles archevêque de Paris qui l’autorisa à ériger une chapelle dans son noviciat, ce dernier à l’ occasion d’une visite demanda aux Frères des nouvelles de leur supérieur, en leur disant: « c’est un Saint je demande ses prières »
Les méthodes pédagogiques de Jean-Baptiste de La Salle, mises en œuvre par les Frères, consistait d’une part à apprendre à lire aux enfants en français au lieu du latin et d’autre part à la substitution du mode d’apprentissage individuel, par le mode simultané et c’est d’ailleurs à Rouen, à Saint Yon qu’il développa le système.
Précisons qu’il n’y avait rien à cette époque, entre l’instruction primaire et les études classiques des collèges et des universités; les classes moyennes, ne se satisfaisaient pas de ce système éducatif, et c’est là, où Jean-Baptiste de La Salle imagina l’enseignement secondaire moderne, ou cours duquel on étudiait aussi bien l’histoire, que le calcul différentiel, la finance, architecture ou les mathématiques. Une réussite pédagogique reconnue par les dirigeants de l’Enseignement, dont Victor Duruy, pour lequel: « De ce premier essai, sortit un enseignement qui, s’il eût été généralisé, aurait avancé d’un siècle l’organisation des écoles d’adultes et même de l’enseignement secondaire spécial ».
Quel chemin parcouru depuis Février 1688, où il arrivait à pied à Paris, en compagnie de deux Frères pour ouvrir l’école Saint-Sulpice, avec l’appui du curé de la paroisse, Claude Bottu de La Barmondière, qui le soutiendra dans la mesure de ses moyens.
Repartons en 1705, où le succès du saint fondateur ne l’empêche pas, bien au contraire, d’ouvrir à Noël, l’école de Dijon, car il n’y en avait aucune pour les pauvres en Bourgogne.
C’est à Claude Rigoley, Premier président de la Chambre des Comptes, que l’on doit l’ouverture de l’école Saint Pierre, qui mit beaucoup de fonds pour l’ouverture d’un local pour les classes et de logement pour les professeurs. Les parents des enfants, furent très reconnaissants, écrivirent une lettre signée: «  Les Pauvres de Dijon » dans laquelle ils demandent d’avoir la possibilité d’élever leurs enfants chrétiennement, car ayant tous la même mère, la Sainte Eglise.
Entretemps, le Bienheureux, décida d’envoyer deux Frères, dont le Frère Gabriel, à Rome, afin d’obtenir des Bulles d’Approbation du pape Innocent XII, mais ce sera finalement de Benoît XIII qu’il les obtiendra, le 26 janvier 1725, suivi d’un décret autorisant les Frères à ouvrir des écoles gratuites. Ainsi, l’Institut devenait-il une congrégation religieuse officiellement reconnue par l’Eglise.
Il est parfaitement impossible de rendre compte ici, de l’œuvre immense du Bienheureux, seuls quelques exemples ont été choisis parce que illustrant ce que fut Jean-Baptiste de La Salle, un homme Saint, dont la lumière ne s’éteindra pas, même après avoir rejoint la Maison du Père, le 7 Avril 1719, un Vendredi Saint. Il fut canonisé par le pape Léon XIII le 24 mai 1900. Ses reliques, reposent dans la chapelle du pensionnat de Rouen.
Trois cents ans après la mort de Saint Jean-Baptiste de La Salle, son œuvre se poursuit, avec quelque 800 établissements répartis à travers 80 pays dans le monde.
Monique Ravel

Saint Jean-Baptiste de La Salle

Fêté le 7 Avril

« J’adore en toutes choses la conduite de Dieu à mon égard. » Enseigner aux pauvres, telle fut la mission que Dieu assigna à Jean-Baptiste de la Salle. Certains y verront « un petit calvaire » , vécut par ce grand homme qui toute sa vie se battra sur tous les fronts, que ce soit avec ses pairs, certains laïcs et les représentants du grand courant idéologique de l’ époque – les Jansénistes –

Retraçons maintenant les grandes étapes de cette grande et noble vie ; quoi de plus noble en effet que de vouloir instruire ses semblables et spécialement les plus pauvres d’entre eux ?

Tout commence dans une très illustre famille, dont les origines remontent au dixième siècle. La génération qui nous intéresse tout spécialement, est celle de Louis de La Salle grand édile de la ville de Reims et de Nicolle Moët de Brouillet, ses parents. Jean-Baptiste de La Salle est l’aîné d’une famille de dix enfants et à ce titre héritera du nom et de la fortune immense de la famille.

Du petit oratoire familial au séminaire de Saint-Sulpice : une des approches de la connaissance de Dieu la plus parfaite qui soit.

Jean-Baptiste de La Salle naît le 30 Avril 1651, à Reims, dans cette famille très chrétienne, qui aura le bonheur, de découvrir les aptitudes et les aspirations très pieuses de leur fils, tout petit déjà, il suivait la messe tous les matins, ses parents voyant son inclination pour les cérémonies sacrées, lui installèrent un petit oratoire dans la demeure familiale. Il avait à peine sept ou huit ans lorsqu’il devint enfant de chœur et onze ans quand il reçut la tonsure le 11 Mars 1662. Entre-temps, son père le mit au collège des Bons Enfants, où les neuf années qu’il y passa lui permirent d’apprendre la grammaire, les Lettres, la poésie, la rhétorique ainsi que la philosophie ; à la fin de ses études, Jean-Baptiste de La Salle lisait et interprétait les auteurs anciens, parlait et écrivait le latin sans difficulté ; a l’âge de seize ans, il entre en philosophie, comme on disait à l’époque et devint, à dix huit ans à peine, maître ès Arts.

Ses brillantes études achevées, ne le détournèrent pas de son désir profond de Dieu. Jean-Baptiste de La Salle entra au séminaire de Saint-Sulpice en 1670, pour y suivre la formation dispensée aux prêtres au cours de laquelle, on les formait à l’oraison, à la mortification, des préoccupations qui répondaient aux souhaits du concile de Trente. Il fallait faire naître chez les prêtres un amour de la pauvreté, de l’humilité. C’était la formation la plus parfaite et spirituelle qui soit. La qualité de cet enseignement apostolique, est arrivée intacte jusqu’ à nos jours.

« Le Seigneur est ma part d’héritage », disait t-il. Une formule qui n’était pas vaine, car il n’accepte l’héritage familial que pour le consacrer à l’œuvre de Dieu.
Une famille unie, très intelligente, et qui sera très fière de donner un fils à Dieu.  C’est en effet, Jean-Baptiste de La Salle qui succèdera à un parent, Pierre Dozet, archidiacre de Champagne, et sera installé au chœur de Notre Dame de Reims avec la prébende N° 21. Pour mémoire, le chapitre a donné à l’Eglise, avant 1789, trente et un évêques, quatre d’entre eux deviendront papes. Jean de La Salle sera ordonné prêtre en 1678, un neuf avril et un samedi de la Semaine Sainte.

Quarante ans plus tôt, Jean-Baptiste de La Salle prenait la direction de la communauté de l’Enfant Jésus, succédant ainsi, au chanoine Nicolas Roland qui en avait fait son exécuteur testamentaire. Une succession qui constituera les prémices de son futur institut.

La Communauté de l’Enfant Jésus, était réservée aux jeunes filles pauvres de la ville, elle était tenue par une congrégation de filles séculières, ni voilés ni cloitrées, dont l’objectif était d’instruire de pauvres jeunes filles, en leur apprenant à lire et à écrire et ce dans la crainte de Dieu.

On peut se demander si le chanoine Nicolas Roland, connaissant les hautes qualités morales de son cousin, n’avait pas eu l’idée, en lui confiant les rênes de cette congrégation, de lui faire comprendre que c’était le chemin qu’il devait prendre, et créer des écoles chrétiennes à destination des garçons cette fois.

Il aura été entendu par Jean-Baptiste de La Salle, lequel, au cours d’une retraite, développera sa pensée en ces termes : « Il fallait que les maîtres arrivassent à former un corps de communautés doté de sa vie propre (…). Les Règlements étaient nécessaires pour fixer votre état (…) et commencer l’édifice dont vous êtes les premières pierres. » Les frères feraient le vœu d’obéissance et de stabilité pendant trois ans et les renouvelleraient tous les trois ans.

Et c’est ainsi que naissait, le 24 juin 1682, l’Institut des Frères des Ecoles Chrétiennes.

Au commencement, ils étaient Douze… Douze coopérateurs de Jésus Christ rassemblés autour de Jean-Baptiste de La Salle, une réussite illustrée par le nombre grandissant d’Ecoles, une petite quarantaine depuis la première à Reims entre les années 1679 et 1718, avec quatorze Supérieurs Généraux de l’Institut, dont les Frères Barthélémy, Agathon, Frumence, Gerbaud et Philippe, quatre séminaires de maîtres de campagne, cinq noviciats, trois pensionnats, dont un de force, (de nos jours une maison de correction), une école dominicale, pour n’en citer que quelques uns. Rappelons que le Frère est un religieux maitre d’école dont la mission est de donner gratuitement l’instruction aux enfants de condition modeste.

De Reims à Boulogne sur Mer, en passant par Paris, Rouen, Marseille, Dijon et même Rome, les bienfaits, de l’action du Bienheureux, se répandent ainsi de façon magistrale; Un immense labeur, qui ne se fera pas sans les à coups habituels, ni les conflits et trahisons multiples et variées endurées sans plainte, avec beaucoup de grandeur d’âme, par Jean-Baptiste de La Salle, il n’aimait pas répondre à ses détracteurs, voire ses ennemis, et lorsqu‘il le faisait c’était toujours avec beaucoup de recul et bon sens; des ennemis inattendus, comme des personnalités ecclésiastiques, sans parler des maîtres laïcs, et des Jansénistes ; on ne veut retenir ici, que les choses positives illustrées par de brillants soutiens, comme celui de l’archevêque de Rouen, Mgr Colbert, qui l’aida dans l’installation de l’école de Darnétal, proche de Rouen, en 1705 et Mgr de Noailles archevêque de Paris qui l’autorisa à ériger une chapelle dans son noviciat, ce dernier à l’ occasion d’une visite demanda aux Frères des nouvelles de leur supérieur, en leur disant: « c’est un Saint je demande ses prières »

Les méthodes pédagogiques de Jean-Baptiste de La Salle, mises en œuvre par les Frères, consistait d’une part à apprendre à lire aux enfants en français au lieu du latin et d’autre part à la substitution du mode d’apprentissage individuel, par le mode simultané et c’est d’ailleurs à Rouen, à Saint Yon qu’il développa le système.

Précisons qu’il n’y avait rien à cette époque, entre l’instruction primaire et les études classiques des collèges et des universités; les classes moyennes, ne se satisfaisaient pas de ce système éducatif, et c’est là, où Jean-Baptiste de La Salle imagina l’enseignement secondaire moderne, ou cours duquel on étudiait aussi bien l’histoire, que le calcul différentiel, la finance, architecture ou les mathématiques. Une réussite pédagogique reconnue par les dirigeants de l’Enseignement, dont Victor Duruy, pour lequel: « De ce premier essai, sortit un enseignement qui, s’il eût été généralisé, aurait avancé d’un siècle l’organisation des écoles d’adultes et même de l’enseignement secondaire spécial ».

Quel chemin parcouru depuis Février 1688, où il arrivait à pied à Paris, en compagnie de deux Frères pour ouvrir l’école Saint-Sulpice, avec l’appui du curé de la paroisse, Claude Bottu de La Barmondière, qui le soutiendra dans la mesure de ses moyens.

Repartons en 1705, où le succès du saint fondateur ne l’empêche pas, bien au contraire, d’ouvrir à Noël, l’école de Dijon, car il n’y en avait aucune pour les pauvres en Bourgogne.

C’est à Claude Rigoley, Premier président de la Chambre des Comptes, que l’on doit l’ouverture de l’école Saint Pierre, qui mit beaucoup de fonds pour l’ouverture d’un local pour les classes et de logement pour les professeurs. Les parents des enfants, furent très reconnaissants, écrivirent une lettre signée: «  Les Pauvres de Dijon » dans laquelle ils demandent d’avoir la possibilité d’élever leurs enfants chrétiennement, car ayant tous la même mère, la Sainte Eglise.

Entretemps, le Bienheureux, décida d’envoyer deux Frères, dont le Frère Gabriel, à Rome, afin d’obtenir des Bulles d’Approbation du pape Innocent XII, mais ce sera finalement de Benoît XIII qu’il les obtiendra, le 26 janvier 1725, suivi d’un décret autorisant les Frères à ouvrir des écoles gratuites. Ainsi, l’Institut devenait-il une congrégation religieuse officiellement reconnue par l’Eglise.

Il est parfaitement impossible de rendre compte ici, de l’œuvre immense du Bienheureux, seuls quelques exemples ont été choisis parce que illustrant ce que fut Jean-Baptiste de La Salle, un homme Saint, dont la lumière ne s’éteindra pas, même après avoir rejoint la Maison du Père, le 7 Avril 1719, un Vendredi Saint. Il fut canonisé par le pape Léon XIII le 24 mai 1900. Ses reliques, reposent dans la chapelle du pensionnat de Rouen.

Trois cents ans après la mort de Saint Jean-Baptiste de La Salle, son œuvre se poursuit, avec quelque 800 établissements répartis à travers 80 pays dans le monde.

Monique Ravel

Mars 2020 – Saint Patrick

                                      Saint Patrick

Apôtre et Evangélisateur de l’Irlande

Voici saint Patrick, saint patron de l’Irlande, chrétien d’origine gallo-romaine, moine et missionnaire, né vers 385 dans une ville qui s’appelle Daventry aujourd’hui ; mais qu’il y a-t-il de commun entre ces deux statuts ? entre la vie monacale faite de solitude, de recueillement, de prières et la vie d’un missionnaire qui va chercher les âmes à ramener au Seigneur, allant partout où le mène les exigences de la foi ; la réponse est toute trouvée, Dieu Lui-même, qui en a choisit certains, pour évangéliser cette belle île  d’Irlande, avec ses paysages escarpés dans les vents, les brumes et ses habitants à son image, chrétiens venus de Bretagne et d’Irlande, appelés Celtes à l’époque, vers le  VI siècle. Une île où l’on colportait  des histoires de cannibalisme et de relations incestueuses, même le très sage Saint Jérôme, en avait fait état; bref, une réputation qui la mettra à l’abri des invasions Barbares, mais ce qui n’empêche   pas les pirates Irlandais eux mêmes, de débarquer sur les côtes d’Angleterre, pour ramener des esclaves en Irlande. Parmi ces esclaves, notre futur Saint Patrick, tout juste âgé de seize ans, dont on sait seulement que son grand père était prêtre, à l’époque où ceux-ci pouvaient se marier et son père Calpurnius était diacre et collecteur des impôts de l’Empire, dans le civil. Revenons à Patrick, lequel ne connaissait pas Dieu, mais le Seigneur le connaissait et lui a donné cette épreuve de la captivité six années durant, au cours desquelles, il se retrouva gardien  de troupeaux ; et c’est là qu’il prend le goût de la prière.

Une captivité salutaire au vrai sens du terme, car elle le conduira à la rencontre de Dieu. Écoutons-le : »Chaque jour je faisais paître, et fréquemment dans le jour, je priais (…) De plus en plus me venait l’amour de Dieu (…) en un seul jour je disais jusqu’à cent prières et presque autant la nuit (…) L’Esprit bouillonnait en moi». Devant tant de bonne volonté, le seigneur aida Patrick à s’évader, il reprit la mer et arriva après moult  péripéties, sur les côtes de la Gaule, plus précisément en Gironde.

 Dieu était dans son âme. D’autres épisodes très mouvementés, l’attendaient encore, il fut à nouveau capturé par des Gaulois, cette fois ci, il sera acheté par des chrétiens et finalement, enfin, libéré !

On le retrouve au monastère de saint Martin de Tours où sa piété et ferveur en firent un moine exemplaire ; il rencontre le futur Saint Germain, évêque d’Auxerre, qui le prend alors sous sa protection.

 Le futur saint Patrick se sentait parfois plus missionnaire que moine, mais une fois ses hésitations levées, l’évêque d’Auxerre l’enverra à Rome où les lettres d’accréditation qu’il présentera au pape Saint Célestin, le décrivent comme « Un homme fort et apt à faire la moisson du Seigneur: »

Le futur saint Patrick fit la conquête du pape, qui, bénira avant sa mort ses travaux.

Dieu mène les âmes par différentes voies (1. Cor.X11. 4)

La moisson du Seigneur, n’allait pourtant pas de soi, car saint  Patrick, devenu évêque  dû montrer toute son habileté et savoir-faire pour imposer le christianisme, malgré les Druides, et plus tard avec eux  ainsi qu’avec les Bardes qui avaient beaucoup d’influence.

 Il réussit, selon les termes de Daniel Rops  « A substituer le druidisme par le catholicisme, par le jeu d’une libre concurrence et par la manifestation d’une puissance spirituelle et miraculeuse supérieure. »

Saint Patrick se battait sur tous les fronts, participant à toutes les assemblées des chefs et guerriers  de l’Hibernie, inspiré qu’il était par l’Esprit Saint.

 Nombre d’entre eux se convertiront, d’autres encore lui offriront un monastère, appelé Sabhall Padrigh (grange de Patrick) où l’évêque célébrera sa première messe sur le sol irlandais. Ce que l’on sait peut être moins, c’est que Saint Patrick fera notablement baisser la traite des êtres humains menée par les pirates bretons  et scots – ainsi appelait-on  les Irlandais à l’époque.

 L’esclavagisme perdurera jusqu’au dixième siècle entre l’Angleterre et l’Irlande.

 Saint Patrick poursuivait sa mission évangélique, nomma beaucoup d’évêques, obtint l’érection canonique, en 444 de l’église d’Armagh.

Peu à peu l’Irlande cesse d’être le foyer de l’idolâtrie païenne, on pourrait parler d’une œuvre d’évangélisation à domicile si l’on peut dire. Patrick, n’est plus un étranger, il parle la langue du pays, et le jour où les bardes entreront dans les monastères, ce sera au son de leurs harpes. Un travail de réunification, qui permettra de surnommer l’Irlande, l’île des saints.

Sur cette lancée, un très grand nombre de monastères vont être créés, plus d’une centaine, en moins d’un siècle avec au début, du moins, une certaine liberté d’installation, les uns au fond des forêts, d’autres à la campagne, certains moines emmenant même leurs femmes.

 Le cœur et les sentiments religieux, sont brulants d’ardeur, tout ceci, dans une certaine effervescence, sans la discipline et l’ordre nécessaire, qui seront rétablis vers l’an 500.

 Le grand siècle du monachisme arrive vers 520.  A cette époque, les monastères étaient de véritables petites villes entourées d’une immense enceinte faite d’énormes pierres, abritant des dizaines de petites cabanes, regroupées autour de l’église, seule construction en dur.

Chaque moine avait donc sa petite cabane, avec pour mobilier un lit recouvert de peaux, pour oreiller, une pierre recouverte d’un peu de paille et pour lampe, un roseau plongeant dans du suif.

L’organisation leur permettait de vivre dans l’autarcie la plus parfaite, certains étaient maçons, d’autres cuisiniers, professeurs, etc.

Dans la vie quotidienne, les moines étaient sous la férule de l’Abbé, qui faisait régner une discipline de fer, parfois même à coups de fouet et pourtant, les vocations étaient nombreuses, la vie était terriblement rude : quelques heures de sommeil, plusieurs jours de jeune complet, des centaines de génuflexions par oraison, certains plongeant dans l’eau glacée de l’océan ou des lacs, tout en récitant le psautier dans son entier et puis beaucoup pratiquaient : «La prière  de la croix », c’est à dire qu’ils priaient les bras tendus en forme de croix pendant des heures , à tel point que les oiseaux venaient s’y poser ! 

Saint Patrick, aura été le premier Saint irlandais et aura défriché les voies qui mènent à l’évangélisation. Par delà les océans, au pays des scots l’actuelle Ecosse, avec le monastère de Bangor, fondé par saint Comgall, toujours en Ecosse celui de Kentigen, fondé par Saint Ninian .        

On ne peut parler de l’histoire de l’évangélisation de l’Irlande sans évoquer au moins un autre très grand Saint, Colomban, qui  aura installé les abbayes de Darrow et de Londonderry. On sait que Colomban s’embarqua avec douze moines de Clonard, ils partirent à l’extrême pointe de l’Ecosse, pour bâtir le monastère d’Iona, qui deviendra une pépinière d’évêques, avant de rejoindre en 595, les côtes de la Gaule, de la traverser dans toute sa largeur pour se retrouver dans les Vosges où ils fondèrent le grand monastère de Luxeuil.

L’évangélisation des moines celtiques leur aura fait traverser maintes et maintes fois l’océan, mais la situation est bien différente, car ce n’est plus pour ramener de la main d’œuvre, mais pour porter la parole du Seigneur à leurs « cousins » bretons. Ainsi, va s’établir peu à peu entre les Celtes de Grande Bretagne, ceux d’Irlande et d’ Armorique, une certaine fraternité, pour ne pas dire une fraternité certaine ; fraternité illustrée de grande manière par Saint Corentin,  qui fut le premier évêque de Quimper, Saint Sanson, fondateur de Dol de Bretagne, saint Malo, saint Gildas, saint Guénolé. Il est temps de retrouver saint Patrick, qui quittera cette terre aux environs de 461, pour rejoindre le Seigneur, qui lui aura permis de voir ici bas, l’œuvre de ses fils spirituels. Dieu lui aura accordé une dernière grâce, en lui révélant l’endroit de sa sépulture sur terre, le cimetière de Down.

 « Plaise à Dieu, que mes fils me dépassent en œuvre de bénédiction et en fruits de salut ! Ce sera ma gloire. Extrait de la Confession de saint Patrick.

L’Irlande ne l’oubliera jamais, car c’est à lui qu’elle doit son emblème : le trèfle à trois feuilles, symbolisant l’Esprit Saint, qui aura toujours accompagné Saint Patrick.

Monique  Ravel

Février 2020 – Sainte Bernadette

SAINTE BERNADETTE

« L’histoire de Lourdes commence par un grand geste de foi : le signe de la Croix.» Mgr Pierre-Marie Théas.

C’est aussi l’histoire d’une petite jeune fille née le 7 Janvier 1844 au moulin de Boly, Bernadette . Ses parents François et Louise Soubirous sont de très modestes et braves personnes, dures au travail, dont les grands parents et parents étaient meuniers.

Ses premières années s’écoulèrent à Bartrès , à trois kms de Lourdes.

Bernadette ne savait ni lire ni écrire, mais disait son chapelet correctement, ce qui lui a permis de communiquer directement avec celle qu’elle appelait au début la Belle Dame.

Il n’y a pas de hasard dans la vie.

Comme il n’y avait plus de feu dans la cheminée, Bernadette parvint à convaincre ses parents d’aller chercher du bois en compagnie d’une de ses sœurs et d’une petite cousine.

Sur le chemin, une bonne âme leur indique où trouver des copeaux de bois : prés des rochers à l’entrée de la grotte de Massabielle : une excavation de cinq à six mètres de haut sur sept à huit de large, d’une profondeur de six mètres, surmonté d’un arceau ovale qui communique avec la Grotte, par laquelle la Sainte Vierge apparu à Bernadette. Pour y arriver, il fallait se déchausser, aller dans une eau glacée à l’endroit où se mêlent les eaux du Gave et du canal de Savy.

Bernadette hésite avant de rejoindre ses compagnes, car de santé fragile, elle a de l’asthme ; elle s’apprête finalement à traverser le canal, enlève son premier bas et alors que l’Angélus sonne midi dans tous les clochers avoisinants, Bernadette perçoit une musique, qu’elle prend un moment, pour la plainte du vent dans les arbres, elle commence à avoir peur, et soudain, en face, à l’entrée de la grotte, un buisson d’églantine s’agite et un nuage d’or remplit peu à peu la grotte dans lequel s’avance une apparition ; une Belle Dame- qui aurait seize ou dix sept ans, portant une robe blanche, retenue à la taille par un ruban bleu ,un long voile lui couvre la tête et on voit le bout de ses pieds ornés d’une rose jaune, et un Chapelet qui pend à son bras.

Bernadette en reste presque paralysée de peur mais la dame lui sourit et fait le signe de la croix, Bernadette récite son chapelet, et à la cinquième dizaine, l’apparition disparait. Une première apparition suivie par dix sept autres, toutes sont merveilleuses, et donnent de la force et de l’espérance à tous les chrétiens depuis !

On ne peut les relater toutes, trois guideront nos pas sur le chemin escarpé de la grotte et parfois de la foi !

Sa rencontre du 25 Février

Une date à marquer d’une pierre blanche dans le jardin de la chrétienté, car c’est le jour où jaillit la source miraculeuse, Bernadette est guidée sur un des cotés de la grotte où ses trouve ce qui n’est qu’un point d’eau et deviendra dès le lendemain la célèbre source de Lourdes.

Le 2 Mars, jour où l’apparition lui demande de dire aux prêtres de faire bâtir une chapelle et d’y venir en procession. »

Le 25 Mars, jour où l’apparition va enfin se présenter : « Je suis l’Immaculée Conception. » dit-elle après avoir levé les yeux, regardé le ciel et en même temps élevant les mains et les joignant sur la poitrine.

Pendant toute cette période, Lourdes et ses habitants, étaient complètement troublés, avec ceux qui croyaient Bernadette et les autres au sein même de l’Eglise. A un moment donné, la fièvre populaire avait l’air de s’être un peu calmée , le préfet de Tarbes n’avait il pas écrit au ministre des Cultes en ces termes : « Aujourd’hui, il n’est plus question de rien, et tous ceux qui auraient ajouté foi aux paroles de la jeune fille, reconnaissent qu’ils avaient été dupes de ces hallucinations(…) il n’y a pas intention de fraude, car, quoique pauvre, elle a refusé toutes les offres d’argent, qui lui ont été faites». En effet, les autorités locales s’étaient emparées de « l’affaire », on voulait même envoyer Bernadette au cachot, non pas le lieu où elle habita avec ses parents qui portait ce nom, tant l’endroit était épouvantable, mais dans un vrai cachot ! Bernadette n’avait pas que des détracteurs, et parmi ses soutiens, deux déterminants et déterminés à la soutenir; ainsi, l’abbé Ader qui fut le premier à déceler en Bernadette des vertus au-delà de ce que l’on pouvait imaginer et l’abbé Peyramale , qui, d’opposant acharné, devint son plus ardent défenseur et s’opposa presque manu militari au démantèlement de la grotte ! Laquelle était devenue au fil du temps, un véritable petit oratoire, une statue de la vierge en plâtre en ornait le fond. «  L’affaire eut un tel écho qu’elle arriva jusqu’aux oreilles de l’empereur Napoléon III, en visite dans la région et qui ordonna la levée des barrages interdisant l’accès à la grotte et de ne plus s’occuper de cette affaire d’apparitions !

Revenons à l’essentiel ! La vierge Marie ne s’est pas adressée à Bernadette par hasard !

Tout indiquait clairement le choix de cet enfant, dont la vocation religieuse lui sera révélée par la Vierge Marie elle-même ! Bernadette qui travaillait à l’hospice auprès des sœurs de Nevers, hésita entre le Carmel, ou la Trappe, elle restera finalement dans la congrégation de l’ordre de Nevers ; une décision qu’elle prend en août 1864, mais elle restera à Lourdes deux ans de plus.

Bernadette avait vécu, sœur Marie Bernard des sœurs de la Charité et de l Instruction chrétienne de Nevers venait la remplacer. Bernadette pouvait ainsi concilier la vie contemplative, l’oraison mentale, la prière, l’examen de conscience, et la visite des malades, ainsi que l’éducation des enfants, sans parler de toutes les autres taches domestiques. Sœur Marie Bernard avait toutes les aptitudes à la vie de cette congrégation. Leur Mère Supérieure voulait que ses sœurs vivent dans l’humilité, la mortification et l’esprit de sacrifice le plus complet !

Elle prit le voile un an à peine après son arrivée, en l’église saint Gildard de Nevers ! Et pourtant, la nostalgie n‘était jamais loin pour la toujours petite bergère pyrénéenne, et qui souffrait toujours plus. Par le choix judicieux des Sœurs, elle travailla aussi à l’infirmerie pendant sept ans, à s’occuper des autres malades, puis fut placée à la sacristie sur ordre du médecin qui pensait que l’air était meilleur !

La maladie fut la plus forte du moins sur cette terre, la Vierge Marie le lui avait signifié indirectement, et la mort y mettra un point non pas final mais de suspension jusqu’ à sa rencontre définitive avec la Vierge Marie. N’avait elle pas demandé à Saint Joseph, la grâce d’une bonne mort. Elle quitte cette terre le 16 Avril 1879, c’était un mercredi de Pâques à trois heures et quart de l’après midi.

Son corps fut déposé à la chapelle Saint Joseph et l’assemblée présente ainsi que l’archiprêtre de la cathédrale purent constater le parfait état de conservation du corps. A chaque ouverture du tombeau,(3 en tout) la religieuse apparaît dans un état de fraîcheur et de douceur, avec sa tête légèrement appuyée sur l’épaule gauche.

Béatifiée et canonisée par le pape Pie XI le jour de la fête de l’Immaculée Conception, le huit décembre de l’année sainte 1933.

Aujourd’hui, Lourdes est le centre religieux le plus fréquenté après ceux de Jérusalem et de Rome.

Pour Bernadette, il faut faire la volonté de Dieu.

« La sainteté n’est pas le reflet d’une perfection absolue, mais de mérites dans la lutte.  » Fernand Laudet, de l’Institut.

Monique Ravel

Décembre 2019 – Saint Odilon

SAINT ODILON

L’abbé Odilon où l’une des plus parfaites et saintes illustrations de la noble histoire des abbés de Cluny. Odilon en a été une des grandes âmes, rejoignant en cela l’Abbé Bernon, Saint Odon et Saint Aymar.

Il succède donc aux premiers fondateurs de l’abbaye de Cluny, fondée par le duc Guillaume d’Aquitaine en 909.

Odilon de Mercœur est né en 962, sous le pontificat de Jean XII. Il appartient à la grande aristocratie terrienne, ses parents Berald et Gerberge sa mère descendante du roi Lothaire, dix enfants naîtront de cette union.

Revenons à Odilon, qui, dès son plus jeune âge fut guéri d’une infirmité, laquelle normalement aurait dû le laisser paralysé, et voua le reste de sa vie à la Vierge Marie ; rappelons les « évènements » : se traînant littéralement dans une église et s’agrippant à la nappe de l’autel, il l’aurait appelée, priée de tout son cœur ; ce ne fut pas en vain et dès lors la consécration d’Odilon à la Sainte Vierge sera considérée comme un des plus beaux joyaux du culte traditionnel qui lui sera rendu au cours des siècles.

Bien « remis » physiquement, Odilon put suivre une scolarité exemplaire, ses parents l’envoyant dans un établissement réputé, tenu par les chanoines de Saint-Julien de Brioude où il acquit toutes les connaissances dispensées au Moyen Age, que ce soit l’astronomie, la dialectique, la grammaire, etc… ; ses capacités en firent d’ailleurs, à tout juste 26 ans, le chanoine de l’Eglise Saint-Julien de Brioude justement.

Comme le disait le chanoine honoraire d’Autun, Pierre Jardet : « Odilon disposait dans son cœur les ascensions qui font monter l’âme fidèle vers le Seigneur, Dieu des vertus ».

Sa « nouvelle » vie lui fit rencontrer d’autres âmes de grande qualité, dont celle du Saint Abbé Mayeul et de franchir une nouvelle étape en entrant, en 991, à Cluny comme novice.

Le monastère de Cluny était régi par la règle de l’ordre bénédictin, fondé par Saint Benoît, dédié aux saints Pierre et Paul, règle qui était appréciée par Bossuet comme : « un précis du christianisme, un docte et mystérieux abrégé de toute la doctrine de l’évangile, de toutes les institutions des Saints Pères, de tous les conseils de la perfection ». Cluny dont l’origine du mot signifie : « prendre accroissement » et c’est bien de cela dont il s’agit, si l’on se souvient qu’à ses débuts, l’abbaye comptait une dizaine de moines.

Odilon s’éleva dans la hiérarchie de Cluny, malgré son immense modestie, et devint coadjuteur de cette abbaye. La confiance et l’affection qui unissaient les deux hommes, fit demander au Saint Abbé Mayeul de se préparer à lui succéder ; aux dires de beaucoup, les deux âmes formaient une sainte humilité. Ce fut une période heureuse dans la vie de saint Odilon, où il avait l’assurance dans son cœur, d’être au service de Dieu. Mais cette période fut brisée par la perte de son père et celle de sa mère qui se retira du monde, renonçant à une vie terrestre classique pour entrer, à Autun, au monastère de Saint Jean où elle prit le voile et y mourut dans la plus grande perfection. Pour mémoire, ce monastère fut fondé au VIIe s en même temps que deux autres : l’un dédié à Saint Martin et l’autre à Saint Andoche, les trois étant placés par le Saint Pape Grégoire sous sa protection, et cela ad vitam aeternam. Entre parenthèses, voici un bel exemple de sujétion directe du pouvoir séculier sur le pouvoir royal.

Odilon devient Abbé de Cluny à 32 ans

L’heure avait sonné pour Odilon, et cette modestie et humilité dont on faisait état ne purent venir à bout de la volonté des hommes qui signèrent la charte d’élection d’Odilon, au cours d’une magnifique cérémonie réunissant un grand nombre de seigneurs, prélats, Rodolphe roi de Bourgogne et les 117 moines de l’abbaye.

L’abbaye de Cluny bénéficiait de nombreux privilèges du Saint Siège apostolique qui étaient essentiels, tant ses nombreuses possessions attiraient les convoitises dégénérant vite en luttes fratricides. Saint Odilon se retrouvait à la tête de 65 monastères, près de 150 chartes concernant des donations et des privilèges. Cluny possédait 23 monastères rien que sur les territoires de Mâcon, Lyon et Chalon.

L’abbé de Cluny devait tout à la fois réformer et assainir les mœurs, mais aussi acquérir d’autres monastères. Plus les abbayes étaient généreusement dotées par certains princes et seigneurs, plus ces trésors devaient être protégés et Odilon fit un nombre incalculable de déplacements à Rome au cours des cinquante-cinq années de sa gouvernance, auprès des différents papes- exception faite pour le très indigne pape Benoît IX – afin d’obtenir le maintien et le renouvellement de la protection papale sur Cluny et les monastères qui en dépendaient.

Odilon n’arrêtera pas son action à la Bourgogne mais il se déplaça dans le reste du pays, notamment avec l’abbaye de Saint Denis, en Alsace avec l’illustre abbaye de Murbach, mais aussi en Allemagne, en Lorraine ; il ira aussi en Italie à Padoue et en Espagne.

L’abbé Odilon accomplit une œuvre de régénérescence des mœurs tout en offrant aux moines une « vie de famille » avec bien sûr ses règles et devoirs.

L’abbaye étant une petite ville par elle-même, vivant en autarcie complète et devant se suffire à elle-même, elle disposait d’une infirmerie, d’écoles et de bibliothèques.

Un remarquable exemple

Le « succès » de l’abbé de Cluny, incite l’évêque d’Autun Gauthier, à donner au monastère de Cluny, l’abbaye de Mesvres, dont le prieur, Pierre de Beaufort, deviendra pape sous le nom de Grégoire XI, et fait remarquable, ce même pape ramènera la papauté d’Avignon à Rome après 68 ans d’exil.

La communauté bénédictine est donc une famille ordonnée autour de son Abbé et du Grand Prieur.

La vie était réglée dans les moindres détails, qu’il s’agisse des travaux manuels, des arts, des sciences et du service de l’apostolat. Tout cela devait répondre à un seul désir, étendre l’œuvre de Dieu. Comme on le sait, la vie monastique est la première et unique forme de l’état religieux institué par le Christ. Les moines venaient de tous les milieux sociaux, même les enfants étaient admis à cette époque. Tous se pressaient à l’abbaye de Cluny, particulièrement des princes, des prélats tant était grande la renommée d’Odilon et de son travail. Le saint Abbé avait su travailler au bon déroulement des intérêts de la « France » et de l’Eglise.

Si la vie à l’intérieur des monastères a repris un rythme normal, ce fut juste pour se battre contre un autre fléau, la famine, qui sévit tout particulièrement en 1030 et qui se prolongea trois longues années, au cours desquelles, on déterrait même les cadavres pour les manger. Le Saint Abbé fit vider les coffres de son monastère, fit fondre tous les vases en or et autres métaux précieux donnés à une certaine époque par les princes et les rois ; il ne pourra même pas garder la couronne d’or que Saint Henri avait portée lors de son sacre.

L’action de Saint Odilon ne s’éteindra qu’avec sa mort en 1049 ; il est dit que c’est Odilon qui a le mieux représenté Cluny dans son expansion et sa transformation.

Parmi tous « ses » monastères, un retient l’attention, celui de Paray-le-Monial, un de ses préférés. Odilon l’aimait beaucoup, et d’ailleurs il y accomplit un miracle, terriblement symbolique au cours duquel Dieu changea l’eau en vin à l’occasion d’un repas dans ce même monastère.

Il s’éteint au prieuré de Souvigny à l’âge de 87 ans, après avoir gouverné Cluny durant cinquante-cinq années.

Le corps d’Odilon était parfaitement conservé, et les évêques réunis à Souvigny, après avoir consacré l’église, procédèrent à l’élévation solennelle du corps de l’abbé.

« Désormais, Odilon heureux voit son seigneur et son Dieu ».

Extrait du chant du deuil du moine Jotsald sur le passage à l’Eternité du Seigneur, Odilon, Abbé de Cluny.

Aujourd’hui, il ne reste plus rien de la basilique de Souvigny, ni des reliques de saint Odilon après les destructions de la révolution de 1789.

Monique Ravel

Novembre 2019 – Cardinal John Henry Newman

Cardinal John Henry NEWMAN

« Guide moi douce lumière »

La colonne de nuée – Série de prières et poésies écrites par le Cardinal Newman

John Henry Newman naît le 21 février 1801. L’aisance financière de sa famille fut de courte durée et sera emportée par les conflits nés des guerres napoléoniennes ; il dut financer les études de son frère, prenant également en charge sa mère ainsi que ses deux sœurs jusqu’à leur mariage. La famille Newman faisait partie de l’église anglicane.

En 1865, John Henry Newman quitte l’église anglicane pour l’église catholique romaine, mais sa conversion est antérieure et date de 1816, il avait 15 ans. A cette époque il ne comprenait pas ce que signifiait aimer Dieu-peut-être n’était-il pas le seul-, mais un jour, une main s’appuie sur lui et le « terrifie ». Il en tombera même malade et cette même « maladie » fera de lui un « autre » homme, un chrétien avec des expériences connues de Dieu seul.

La bible, the Book of Comon Prayers et les Pères de l’Eglise, dont Saint Augustin et Saint Ambroise constituent les piliers de sa foi chrétienne. Sans oublier Thomas Scott qui marquera sa vie intellectuelle aussi sûrement que la Bible, avec son livre « La Force de la Vérité » dont le parcours oscillant entre son adhésion à l’Unitarisme jusqu’à la sainte Trinité laissera dans son esprit une marque indélébile.

John Henry Newman fut un très brillant étudiant, inscrit par son père au Trinity College d’Oxford, où tellement de matières le passionnent : de la géologie à la chimie, et passant par la musique -il était excellent violoniste- mais aussi helléniste et latiniste ; il aimait aussi lire l’Ancien Testament, dans sa première version, en hébreu, sans doute n’avait-il pas eu le temps de lire celle de Saint Jérôme. Et tout ceci à moins de vingt ans ! Classiquement son père le destinait au barreau, John Henry Newman devint à 21 ans, membre agrégé d’Orvil College. Il passera 28 années à l’université d’Oxford. Il sera ordonné diacre en 1824, deviendra prêtre anglican l’année suivante.

« Je porte la responsabilité des âmes jusqu’au jour de ma mort » dira-t-il à cette occasion. Ses nouvelles responsabilités lui feront assurer des fonctions paroissiales et d’enseignant, mais sa priorité sera celle de l’enseignement auprès des gens simples, sur le terrain comme on dit. Il aurait également voulu porter la parole de Dieu dans les pays païens, comme Saint François-Xavier.

Devenu curé de St Mary’s the Virgin, il prononçait des homélies qui sont encore, de nos jours, considérées comme des sommets de la prédication chrétienne actuelle : il parlait tout en lisant son texte d’une voix douce et musicale, tout simplement, suivants les saints exemples Saint François de Sales et de Saint François d’Assise. Pas ou peu d’envolées lyriques, aucune exaltation car ce qui lui importait est que chacun puisse tourner son regard vers son propre cœur, le « sonder » si cela est possible ; sonder son cœur n’est sûrement pas aussi facile à écrire qu’à faire ! Il faisait « ressortir » l’Incarnation, la Résurrection et la Trinité, en s’appuyant sur les Pères de l’Eglise, estimant que le chrétien n’était pas un simple croyant mais aussi un « chercheur » de Dieu.

Arriva ce que nul n’ignore à propos de John Henry Newman, le célèbre mouvement d’Oxford créé en 1833. Beaucoup de jeunes esprits militants ardents, exigeants et sincères n’étaient pas satisfaits de la situation de l’Eglise anglicane de l’époque ; ils appelaient et cherchaient surtout un juste milieu entre le protestantisme et le romanisme, une via media où la dimension spirituelle, la recherche de la sainteté constituaient le fondement de ce mouvement. John henry Newman voulait également restaurer « l’ancienne » religion avec la célébration eucharistique, le jeûne et la confession avant la communion.

« Je crois en l’Eglise, Une, Sainte, Catholique et Apostolique » tel était le « credo » si on ose dire, du Mouvement d’Oxford qui voulait voir dans l’Eglise anglicane, une église réformée et non pas protestante. Bref, une église anglicane régénérée.

Le juste milieu cherché avec force par John Henry Newman, une « quête du Graal » si proche et si lointaine à la fois ! Certes, certains voyaient bien une union entre les deux églises possibles, à la condition que Rome se réforme… Une vision tout à fait irréaliste !

Il ne faudra pas une petite dizaine d’années pour que, et malgré les meilleurs soutiens de son évêque, l’église anglicane reste anglicane ; il était hors de question qu’elle se recatholicise ! Quand on pense à l’origine de cette église, créée par la vanité d’un homme, Henri VIII d’Angleterre qui, pour pouvoir épouser une de ses nombreuses et futures femmes, rompit avec cette même église catholique. Enfin, pour en revenir à notre Mouvement d’Oxford, John Henry Newman sera désavoué par l’ensemble des évêques de l’église anglicane, sans oublier le « coup de grâce » asséné par le gouvernement anglais de l’époque et celui de la Prusse, de créer un évêché à Jérusalem, occupé alternativement par un anglican et un membre de l’église Luther-Calviniste.

Revenons un peu tout de même sur le beau travail, rédigé sous forme de tracts- 46 en tout- le premier fut écrit en septembre 1833 par de jeunes esprits comme Kebble, le révérend Bowden, William Gladstone, futur premier ministre, Frédéric Rodgers, futur Lord Blackford. Ils voulaient seulement faire reposer l’église sur l’affection du peuple et pas seulement compter sur l’arrogance et la morgue de la Upper Class ! Pour ceux-ci, l’église était plutôt considérée comme un genre de grand ministère, jouissant d’immenses privilèges et richesses.

John Henry Newman prit un peu de recul, se retire dans un petit village non loin d’Oxford, appelé Littlemore. Il y fit construire un ensemble de petits cottages, qui fonctionnait un peu comme un monastère et un collège. Il y menait une vie monacale, avec jeûne, et beaucoup d’isolement. Cela lui permit d’écrire son célèbre « Essai sur le développement » dans lequel il développe beaucoup de points majeurs : si « l’idée » du christianisme change, c’est afin de rester fidèle à elle-même ; cela concerne non seulement la doctrine chrétienne mais toute la vie de l’Eglise, que ce soit dans ses structures, sa vie sacramentelle, notamment « le christianisme n’est pas une idée mais la personne même du Christ » rappelle-t-il. L’homme pourrait-il être apprécié, parfois, parfois seulement, comme le porte-parole du Christ. A ce sujet, John Henry Newman rappelle les propos d’un des Pères de l’Eglise, l’évêque Saint Ambroise « ce n’est point par la dialectique qu’il a plu à Dieu de sauver son peuple »

Le christianisme est tout entier dans l’Incarnation et la Sainte Trinité. « Un vrai chrétien peut donc être défini comme un homme qui a un sens souverain de la présence de Dieu en lui ».

« Guide moi, douce lumière, dans l’obscurité qui m’entoure. Guide-moi de l’avant ! (…) »

Et John Henry Newman va aller de l’avant. Cela passera par sa démission, le 30 octobre 1845, de ses fonctions de l’Oriel College, et le 9 toujours au mois d’octobre il abjurera sa foi anglicane et recevra le baptême.

Il va lui falloir quitter Littlemore et partir avec un de ses compagnons pour Rome étudier la théologie, sans oublier de s’arrêter à Londres, Paris et Milan.

  • Une rencontre décisive –

L’oratoire de Saint Philippe Néri

Il ne mit pas longtemps, arrivé à Rome, à être très déçu par le faible niveau enseigné à la faculté de théologie ; il va chercher ailleurs ce qui répondait le mieux à ses exigences spirituelles pour lui-même et ses « disciples », et c’est là où il eut un coup de foudre spirituel avec l’esprit du fondateur de l’Oratoire, saint Philippe Néri.

Cet oratoire, fondé à Rome au XVIe siècle, installé dans la vieille église Saint Jérôme auquel sera ajouté une salle appelée « l’Oratoire » parce qu’on y priait et on y chantait également.

Revenons à John Henry Newman, lequel après avoir, malgré tout, terminé son cursus théologique, fut ordonné prêtre dans l’Eglise Catholique, le 30 mai 1847. Il aussi créer une fondation de l’Oratoire en Angleterre, accordée par un Bref du Pape Pie IX et c’est le 1er février 1848 que fut créé le premier oratoire anglophone à Maryvale, composée de 9 membres.

  • Un coup de foudre spirituel- où John henry Newman a-t-il enfin trouvé le juste milieu, appelé de ses vœux depuis tant d’années ?

L’Oratoire créé par Philippe Néri représentait un compromis entre les instituts religieux et la vie des prêtres diocésains. Plus encore, il trouvait beaucoup de ressemblances entre la communauté de l’Oratoire et un collège des universités anglicanes. On oubliera les dissensions qui existent toujours, quoi que l’on fasse ou pas d’ailleurs, car John Henry Newman redonnera vie à ce mouvement moribond. Ainsi, de nombreux oratoires seront fondés sur le modèle de celui de Saint Philippe de Néri, dès 1930 en Allemagne, puis les Etats-Unis, le Canada, certains pays d’Amérique latine, en Afrique du Sud et en France.

(…) La nuit est profonde et je suis loin de ma demeure ;

Guide-moi de l’avant.

Veille sur mes pas ; (…)

Des réussites en demi-teinte signèrent les dernières années de John Henry Newman. On ne s’attardera pas plus que nécessaire sur la création, suivie du désengagement de l’Université Catholique d’Irlande. Il avait rêvé qu’elle devienne une université catholique pour le monde anglophone ; c’était sans compter sur une hiérarchie épiscopale irlandaise beaucoup moins instruite, à cette époque du moins, et qui ne comprit pas que l’université n’est ni un couvent, ni un séminaire. Un juste milieu entre les deux ne put être trouvé, rien de plus difficile que le juste milieu vraiment !

Fatigué de tout cela, il démissionne, retourne à Birmingham où il doit répondre à une dernière querelle sémantique, l’art de couper les cheveux en quatre parfaitement maîtrisé et utilisé par ses détracteurs, notamment un de ses anciens et grands soutiens, forcément ! C’est de lui qu’il recevra le encore, « dernier coup de poignard » qui obligea John Henry Newman à expliquer encore, encore et toujours, la même chose-sa pensée, mais cette explication sera un chef d’œuvre ! « L’apologie pro Vita Sua » ce que l’on traduira par l’Histoire de mes Opinions Religieuses, sera un des grands classiques de l’autobiographie religieuse, que beaucoup comparent aux confessions de Saint Augustin dans lesquelles il expliquait l’histoire de ses états d’esprit successifs.

Où l’on arrive à la fin de son merveilleux poème :

« Je ne demande pas à voir l’horizon lointain, un seul pas à la fois me suffit »

Les poèmes ont toujours une fin, rarement une fin en adéquation parfaite avec la vie de son auteur, comme c’est le cas ici.

Une des dernières visites fut celle de son évêque, Mgr Uttalhorne, qui fut bouleversé par ce dernier tête-à-tête. Il le quitta en s’exclamant : « il y a un saint dans cet homme ».

Ce sera chose faite par le Pape François le 13 octobre prochain.

Monique Ravel

Octobre 2019 – Saint François Xavier

Saint François Xavier

Une foi intrépide

« En Avant, me voici »

De Montmartre à Goa

Intrépide et porté par sa foi, qu’il transporta au-delà des océans, ne parcourant pas moins de 100.000 Kms en une dizaine d’années ! Un périple qui le conduira jusqu’aux portes de la Chine, sur l’ile de Sancian, où il s’éteindra en 1552, il avait 46 ans.

Revenons sur ses pas ses premiers pas.

Né en 1506, dans une famille de bonne noblesse du royaume de Navarre, c’est à Paris où il vient étudier, que se cristallise son destin : ses compagnons de chambre s’appellent Pierre Fabre et Ignace de Loyola qui fondèrent la Compagnie de Jésus en 1534.

Tout va aller très vite pour Saint François Xavier. Le salut de son âme passe par l’Asie, et de toutes les autres qu’il veut, qu’il doit, qu’il pourra sauver !

Répondant à l’appel du pape Paul III et à la demande du roi du Portugal, le voici parti jusqu’auxIndes Orientales. Le voyage durera treize mois, dans des conditions, et avec des compagnons de voyage dont aucun n’aurait pu soupçonner que cet homme se livrant aux plus méritantes, répugnantes besognes, pour les aider, était nonce apostolique !

Cette extrême humilité le desservira : »qui fait brebis, le loup la mangera » dixit le révèrent Père Des Freux. Mais revenons à son arrivée où il eut à combattre le clergé portugais qui montrait bien peu de miséricorde et de charité chrétienne envers les autochtones ; malgré cet environnement défavorable mais grâce à cette bonté qui l’habitait, il put en baptiser un très grand nombre, qu’il est difficile de comptabiliser, avec précision. Rappelons qu’il avait autorité, dans sa nonciature, sur presque toute l’Asie, plus précisément du détroit d’Ormuz à l’océan Pacifique. Désormais, plus rien ne l’arrêterait, et plus rien ne l’arrêtera, et lorsqu’il quitte l’Inde pour le Japon ; il décide de jouer le jeu et s’est revêtu de ses plus beaux atours et chargé de somptueux présents qu’il se rend à

Kagoshima, puis à Kyoto, capitale intellectuelle du Japon où il fut enfin reçu par les seigneurs locaux. Il eut la joie , ce n’est pas un vain mot, car la joie , don de Dieu l’habitait , de baptiser des centaines d’s, ce qui le réconforta, lui, qui, voulait les sauver , les sauver toutes !

C’est un très beau résultat, malgré la modestie des chiffres, car la graine était semée : « Autre celui qui sème, Autre celui qui moissonne ». Il ouvrira même une maison des jésuites à Yamagashi.

  • Infatigable, il repart pour Goa, à la demande de Saint Ignace de Loyola, et ce qui s’écrit ici d’un trait de plume, est vécu de façon incroyable, au milieu de tous les périls possibles : tempête pirates, épidémies, mutineries, tout ce que l’imagination humaine dans son horrible fertilité peut révéler ! A peine avait – il posé ses bagages, qu’il lui faut, qu’il doit repartir! c’est la Chine qui l’appelle, dans son cœur de missionnaire du moins !C ‘est en effet par là que les portes de l Asie toute entière s’ ouvriront à la parole du Seigneur !

Ce voyage sera son dernier rendez-vous, Etre parti d’aussi loin, être arrivé aussi près ! Nous ne voudrions pas le quitter, sans reprendre à notre compte les salutations qu’il adressait à son ancien compagnon Cipriano : «  tout votre, sans pouvoir jamais vous oublier »

Un missionnaire n’est jamais oublié, car son œuvre est perpétuée. Dans son cas, ce fut par le père jésuite Mattéo Ricci, mathématicien et cartographe de haut vol, qui pénétra ce royaume de l’intérieur, où après un minutieux travail d’approche, il séduisit le Fils du Ciel, l’ empereur San Li. Une réussite confirmée vers la fin du 17 S, où l’on estimait, le nombre de catholiques en Chine à 150.000.

Un résultat qui n’aurait pas été possible sans l’immense abnégation et volonté portées par la foi sans défaillance de Saint François Xavier.

Béatifié le 25 Octobre 1619 par Paul V

Canonisé le 12 Mars 1622 à Rome par Grégoire Quinze

Vénéré à Old Goa

Monique Ravel

Sainte Geneviève

Sainte Geneviève où la gloire de Dieu faite aux femmes, née vers 422/423, décédée le 3 janvier 502.

La valeur n’attend pas le nombre des années.

Elle fut remarquée dès son plus jeune par l’évêque Germain d’Auxerre et leur rencontre ne devait rien au hasard, car ils appartenaient tous deux au milieu de l’aristocratie gallo-romaine.

Sainte Geneviève dont l’étymologie signifie dame de noble race, le fut assurément.

Une personnalité comme on dirait aujourd’hui, multiple, que le Seigneur a pris comme un de ses représentants sur terre, en lui accordant les vertus qu’il aimait chez les femmes : combative, déterminée, maternelle et rassurante.

Les membres de l’épiscopat ne s’y sont pas trompés¸ et l’ont toujours protégée et soutenue.

Geneviève naquit vers 422/423 en Ile de France¸ à Nanterre, qui était, on s’en souvient, devenue après sa conquête par les Romains, un grand centre religieux.

L’époque était pour le moins compliquée, on peut dire sans exagérer que l’Eglise était en plein cataclysme : obligée de conduire des alliances avec des Barbares comme les Wisigoths, traversée par des courants idéologiques invraisemblables, tels le Pélagisme, en autres, dont un moine breton assurait la promotion, doctrine qui rejetait le péché d’Adam et Eve et prônait que seul l’homme pouvait choisir entre le Bien et le Mal.

Bref, il fallait tenter de remettre bon ordre à tout cela ; ce à quoi s’employa une délégation de prélats envoyée par le pape Célestin en 429, dirigée par l’Evêque Germain d’Auxerre qui s’arrête à Nanterre, avant de gagner la Bretagne.

C’est à l’occasion, de cette « escale technique » qu’il rencontre Geneviève chez laquelle il reconnaît immédiatement la présence du Seigneur qui sera ensuite confirmée par l’Evêque de Paris, où elle deviendra ‘’ Epouse du Christ ‘’.

Il n’est pas toujours chose aisée d’avoir été choisie par le Seigneur et les premières épreuves l’attendent.

La plus douloureuse, avec la perte de ses deux parents, elle avait à peine 20 ans, mais loin de s’attendrir sur elle-même¸ elle tourne toute son âme vers ses semblables, quoique le terme de semblable ne soit pas très approprié lorsque l’on voit leur comportement à son égard et entre eux.

La plus décisive le ‘’ face à face ‘’ avec Attila. 

Sainte Geneviève fit « reculer » Attila, ce Barbare impitoyable avec son armée de Huns¸ plus sanguinaires les uns que les autres et qui envahissaient la Gaule. Elle réussit à convaincre les parisiens qu’Attila ne passerait pas par Paris. Effectivement Attila changea ses plans en apprenant que ses précédentes conquêtes étaient à nouveau menacées par les Romains, il redescendit donc sur Orléans avant d’être définitivement battu par Aétius qui l’obligea à repasser le Rhin.

La plus politique

Avec Clovis, roi des Francs

Rappelons que Sainte Geneviève était une amie de Childéric , une relation d’amitié qu’elle reportera sur son fils Clovis, et grâce à cette bonne affection, ils scelleront un pacte de non agression entre Gaulois et Romains. La propre épouse légitime de Clovis, la reine Clotilde, l’aidera à accomplir un petit miracle en obtenant la conversion et le baptême de Clovis, et ce ne sera pas moins de 3000 soldats qui suivirent l’illustre exemple.

Personnalité multiple

Sainte Geneviève est celle qui illustre les desseins du Seigneur, pour renforcer la foi des fidèles, avec une multiplicité de miracles.

Elle redonne la vue, entre autres, à sa propre mère, délivre des possédés, guérit un enfant malade, sans oublier le miracle des fours à chaux. Sainte Geneviève voulait faire construire une église pour son cher Saint Denis, sa construction nécessitait des fours à chaux, que l’on retrouvera fort opportunément après les prières de Sainte Geneviève.

Quant à sa vie domestique, elle fût plus qu’exemplaire, refusant tous les plaisirs et agréments de la vie, jeûnant pendant les trois quarts de cette vie qu’elle aura eu longue, elle s’éteindra à près de 80 ans, le 3 janvier 502.

Les saintes comme les missionnaires ne sont jamais oubliés ils ne nous quittent jamais vraiment. Par son intercession, d’autres miracles seront accomplis dont celui très célèbre miracle des Ardents, en 1130 ; C’était une épidémie qui se répandait à une vitesse folle parmi la population, l’évêque Etienne fit alors venir la châsse de sainte Geneviève à la cathédrale et tous les malades qui la touchaient étaient guéris.

Le Moyen Age : Apogée du culte de sainte Geneviève.

Son culte ne s’arrêta pas à l’aspect religieux proprement dit.

L’Abbaye de sainte Geneviève était aussi célèbre que celle de Notre Dame et attirait un grand nombre d’intellectuels et lettrés célèbres, dont le remarquable et remarqué Guillaume de Champeaux, futur évêque de Châlons en Champagne ; Parmi d’autres « célébrités », Saint François Xavier lui-même.

Aujourd’hui, soixante-dix paroisses sont sous le patronage de Sainte Geneviève.

Patronne de la ville de Paris, de la ville et du diocèse de Nanterre et des Gendarmes.

Sainte Geneviève est vénérée dans le monde entier.

Une ville dans l’état du Missouri aux Etats Unis porte son nom ainsi que de nombreuses églises en Belgique aux Pays Bas, en Allemagne et en Italie.

Monique Ravel

Saint Lazare

La Résurrection n’est pas une fin en soi

Chaque chose à son temps (cardinal de Retz)

Cette maxime pourrait être le fil conducteur de la ‘’vie ‘’ de Saint Lazare, prise dans son ensemble, Résurrection et sa mort après la Pâque, avec pour ‘’ destination finale’’ la dévotion des fidèles d’un de nos plus anciens et prestigieux diocèses.

Revenons aux débuts.

Saint Lazare était le fils de Théophile et d’Euchérie, frère de Marie et de Marthe. Il vivait en Béthanie et c’est par un ami commun, Simon, qu’il rencontra Jésus, dont il deviendra l’Ami.

Un Ami à qui Jésus, après avoir beaucoup donné, demandera beaucoup en retour.

Saint Lazare était riche, un riche propriétaire terrien, il était également épris de culture grecque et latine ; mais à l’époque où nous le trouvons, la mort s’approchait de lui ; et comme le dit l’historien Jean Perche, auteur, en autre, ‘’ Des Origines du christianisme en Bourgogne’’, préfacé par Monseigneur Benoît Rivière, l’apôtre Jean est le seul à parler vrai et d’ajouter que ‘’ son récit sent le vécu ‘’.

L’apôtre Jean détaille les ‘’évènements’’.

Lazare était au tombeau depuis quatre jours, lorsque Jésus alerté par Marie rejoint la Béthanie et Jésus dit ‘’ Notre Ami Lazare s’est endormi, mais je vais aller le réveiller. (JN II,II)

Jésus ne parle pas de mort, mais d’un sommeil, d’un passage qui conduit au réveil de la résurrection (EP, 5,14 Rm B,11)

La résurrection de Lazare, le 17 mars préfigure celle des Morts, Lazare est le troisième ressuscité dans les évangiles, après la fille de Jaïre, chef de la synagogue de Capharnaüm et le fils de l’épouse de Naïm.

Mais revenons à Lazare, que va-t-il faire après sa résurrection ?

Aucun récit sur ses pensées, Lazare est revenu, une renaissance sans autre origine que la mort ; sa résurrection est une résurrection biologique et non pas glorieuse comme celle du Christ, du moins pas directement.

D’une part on ne croit pas ce que Lazare a pensé de sa résurrection, d’autre part on peut se demander pourquoi Jésus l’a ressuscité ?

Pendant cette période de sa ‘’ vie ’’, Lazare a-t-il accompli de grandes choses comme d’autres saints ? On ne lui connaît pas de miracles, Jésus lui a simplement demandé devant sa propre mort, de rester en Béthanie et d’accueillir les apôtres et disciples qui ne l’accompagnaient pas sur la croix ; Lazare a contribué à l’évangélisation de la Gaule, en ‘’combattant ‘’ en autres le moine Pelage et l’hérésie de ses théories, mais ce qui est le plus important , l’essentiel même est qu’il a révélé la double nature du Christ , à la fois humaine et divine.

Il est pleinement homme et pleinement Dieu. Telle est la raison d’être de cette résurrection, et qui a adoucie la désolation de Lazare, obligé d’abandonner celui qui l’avait sauvé.

Et comme si cela ne suffisait pas, les pauvres humains que nous sommes s’embourbèrent dans l’homonymie entre deux Lazare.

Le Lazare évêque d’Aix en Provence, en 407, qui doit quitter le pays après la mort de son protecteur, pour que la Palestine avant de revenir à Marseille, et de mourir au monastère de Saint Victor en 420 où il s’était retiré, et le Lazare de Béthanie.

A partir de là mis à part ce qui a été rapporté par l’apôtre Jean, le reste relève de la tradition populaire, laquelle là rapporté, déformé les textes, sans parler des quatre siècles d’écart séparant les deux Lazare, entre celui revenant de Palestine et celui des temps Apostoliques.

Mais que représente quatre siècles au regard de l’histoire de la chrétienté ?

Quant au destin des saints, à l’exemple de celui des missionnaires, il se ‘’prolonge’’ par l’intermédiaire des translations, faisant parfois l’objet de tractations.

Nos fidèles ne s’y sont pas trompés, qui lui ont voué dès le Xe siècle, une dévotion toute particulière.

L’Eglise s’est approprié les reliques présumées de Saint Lazare qui reposaient dans la cathédrale Saint Nazaire avant leurs transferts solennel dans la cathédrale Saint Lazare en 1146.

Le 1er septembre serait la date anniversaire de sa mort.

Depuis lors, Saint Lazare fait l’objet d’une dévotion sans faille de la part des fidèles du diocèse.

Monique Ravel

La juste passion du glorieux Saint Joseph

La plus sainte histoire d’amour à ce jour.

Les histoires d’amour sont toujours compliquées, peu importe les protagonistes.

Saint JOSEPH ne fera pas exception à la règle.

Il commencera tout d’abord par naître à Nazareth et venait de la lignée royale et de la Maison de David ; on ne s’attardera pas sur la date de naissance que nous ignorons, une vraie gageure pour le ‘’père spirituel’’ le plus célèbre de la chrétienté.

Nous savons qu’il était charpentier, ce qui en fait le meilleur ‘’maître d’œuvre’’ qui soit, pour structurer son fils, le fils de Dieu.

L’enfant Jésus dans un premier temps n’avait pas besoin de Dieu, mais de Joseph, du moins pouvait t’on le croire comme le disait Saint Augustin :

‘’ Si tu comprends, ce n’est pas Dieu ’’

Dieu n’a pas demandé à Joseph de comprendre et Saint Joseph dans sa sagesse, n’a pas cherché à comprendre plus que nécessaire, et surtout il s’est tu.

Cela rappelle Saint Lazare. L’évangile ne parle pas de lui, les pères de l’église le surnommaient :

‘’Le docteur du silence’’

Saint Joseph avait compris, bien avant que Jean de la Croix ne l’exprime :

‘’ Le silence n’est pas l’amour, mais une précaution pour l’amour ‘’.

Si Saint Joseph n’a pas parlé officiellement, il a beaucoup œuvré pour la gloire du fils de Dieu.

Sa vie ‘’officielle’’ commence par sa rencontre avec Marie à Nazareth, elle a 14 ans, elle est la fille de Joachim et d’Anne de Nazareth, elle est parente au 3e degré avec son futur époux, lui-même âgé de 33 ans, il n’y a pas de coïncidence…

Saint Joseph était destiné à être l’époux de Marie, victorieux d’un mode d’élection assez inattendu ;

Chaque prétendant se voyant proposer une baguette sèche, la seule qui allait fleurir désignerait l’élu, était dans les mains de Saint Joseph. Tout était clair : Saint Joseph était le meilleur d’entre tous.

Saint Joseph ainsi devenu l’époux de Marie, allait bientôt être ‘’père’’ et se retrouvait dans ce qu’on appelle une difficulté sans issue ; être époux sans l’être vraiment, être père sans l’être vraiment, mais être saint, il le sera, ce saint plus que parfait, pourrait t’on ajouter.

Dieu l’a récompensé pleinement d’avoir aimé l’amour, aimé l’amour dans sa chaste épouse, aimé l’amour dans son fils, dans la ‘’Trinité de sa Sainte Famille ’’ avoir aimé l’obéissance à Dieu représenté par son fils.

A ce sujet voici quelques exemples très éclairants de l’acceptation de Saint Joseph, en tant que père de Jésus. Lorsque celui-ci âgé d’à peine douze ans, ses parents le retrouve enfin après quelques heures d’inquiétude, au Temple, parmi les Docteurs, il leur répond : ‘’ Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas que je fusse occupé aux choses qui regardent le service de mon père ?

Et plus tôt encore, encore dans les bras de sa mère, Jésus alors âgé de 1 an, parle à son père en ces termes : ‘’ Mon père, je suis venu du ciel pour être la lumière du Monde, pour chercher et connaître mes brebis, comme un bon pasteur, pour leur donner la nourriture et la vie éternelle. Je veux que vous soyez tous deux enfants de la lumière, puisque vous en êtes si proches ‘’. Ces paroles plongèrent Joseph dans une joie parfaite ; ce sont des séquences familiales inouïes et the last but not the least, ne parlons pas du mystère de l’Incarnation, révélé par l’archange Gabriel lui annonçant que la naissance de Jésus était l’œuvre de l’esprit saint.

Il fallait que Joseph fut singulièrement soutenu par Dieu pour vivre tout cela de façon la plus normale qui soit.

Joseph était parfait et comme tel, il était sage et juste ‘’c’était un homme juste’’ (Mt I,19) , une vertu mise en relief , même le mystère de la naissance de Jésus, où Joseph ‘’s’efface’’ de son rôle de futur père, devant cette future naissance, à laquelle il n’avait pas participé, humainement parlant s’entend.

Outre les qualités de cœur, d’esprit, Joseph était beau, un aspect des choses qui n’est pas superficiel ou vanité mal placée, mais une qualité donnée par Dieu.

Dans cet esprit, comme le rappelait notre évêque au cours d’une discussion sur les crèches anciennes exposées à l’Evêché ; ‘’ La lumière du Christ donne à voir le beau ‘’.

Cinquante ans plus tôt, Hans Urs Von Balthasar ne disait pas autre chose, les deux dimensions du beau, la figure et le fond sont indissociables, dès ses trois ans, Saint Joseph avait tout pour être le père de Jésus et l’époux de Marie. Victor Hugo le disait aussi. ‘’ La forme, c’est le fond qui remonte à la surface’’.

Revenons sur terre, Saint Joseph vécut une soixantaine d’années, dont plus de vingt ans avec la Vierge Marie, il sera ressuscité après la Passion du Christ.

Il est le patron des prêtres et : ‘’ Un de nos plus grands saints et un des plus nobles princes de la Jérusalem Céleste ‘’ c’est la Vierge Marie elle-même qui nous le confie.

Il est le saint le plus évoqué.

Il est entré au missel romain sous le pape Sixte IV , Grégoire XV en 1621, a étendu sa fête à l’église universelle.

Monique Ravel

Septembre 2019 – Saint Jean de l’Hôpital

L’éducation : la grande passion de Jean de l’Hôpital

Jean de l’Hôpital naquit le jour de la Nativité de la Vierge Marie, mais en 1662, le 8 septembre 1662 à Bourbon Lancy, paroisse de Saint Léger.

Une date qui le réjouissait , tant était grande sa dévotion pour la Sainte Vierge.

Fils d’Adrien de l’Hôpital et de Marie Pinier, ancienne et vénérable famille originaire de Dompierre ou de Beaulon, dont un arrière grand-père fut fermier général de l’abbaye de Sept-Fons, un signe du ciel déjà !

Une belle famille apparentée aux meilleures de la région, famille qui s’éteignit au milieu du 17eme siècle.

Jean de l’Hôpital fut baptisé le jour même de sa naissance, à Saint Léger, paroisse de la famille.

Jean grandit en sagesse, intelligence et piété : sa Première Communion fut une étape déterminante dans sa vie ; toutes ses excellentes dispositions l’amèneront tout naturellement au petit séminaire.

Le petit séminaire, vers l’appel de Dieu

A onze ans, il entre au petit séminaire diocésain d’Autun. On ne saurait affirmer si celui-ci est bien celui fondé et ouvert par Mgr d’Attichy en 1658 et dirigé par les chanoines séculiers de Saint Symphorien, tant l’histoire des petit et grand séminaires d’Autun est compliquée. Toujours est-il qu’il y fait ses premiers pas, très assurés, tant dans sa sagesse, son comportement, sa piété, enfin, tout ce qui était déjà lui satisfont ses professeurs.

La vie continue par ailleurs, avec le mariage de sa sœur, événement qui lui donne l’occasion de montrer déjà un grand coeur, en se dessaisissant de sa part d’héritage pour l’aider à constituer sa dot.

Dire qu’il ne pourra même pas assister à son mariage, le règlement n’autorisant pas les sorties pour ce type d’événements.

Un moment heureux détruit par la perte de son père, deux ans seulement après avoir marié sa fille. L’heure devait arriver d’entrer au grand séminaire dont l’enseignement était assuré par les Sulpiciens qui en prendront la direction en 1680 ; mais Jean de l’Hôpital ne fera jamais le grand séminaire , à ses yeux, c’était un honneur qu’il ne méritait pas. Ses supérieurs finiront par l’admettre , il restera clerc tonsuré et commencera au nom du Seigneur son travail de précepteur et d’éducateur.

Jean de l’Hôpital n’a pas parcouru les mers, ni le monde, il est resté sur ses «  terres »et souhaitait seulement et surtout, connaître les âmes et le cœur de ses élèves ;

l’éducation était essentielle. Il est précurseur des principes éducatifs de Mgr Dupanloup  pour lequel: « Le digne éducateur est l’envoyé de Dieu, son représentant (…) c’est l’œuvre des âmes, une mission sacrée ».

Dieu l’enverra chez les de Siry ( 9 enfants) et les Challemoux (22 enfants)

deux familles apparentées , Jeanne de Siry étant la sœur de Madame Challemoux chez laquelle il sera précepteur et enseignant.

Jean de l’Hôpital eut pour maître spirituel Saint Thomas d’Aquin, théologien italien du 13ème siècle, franciscain, et dont le chef d’oeuvre la Summa theologiae bien qu’inachevée, nous dirige dans les mystères de la foi, de l’enseignement de l’écriture Sainte des Pères de l’Église : Dieu existe en lui-même, Dieu est présent à travers sa Grâce dans la vie, et dans l’activité du chrétien et des saints ; enfin, Dieu est présent dans la personne du Christ et dans les Sacrements .

Jean de l’Hôpital a bien travaillé: un des fils Siry deviendra chanoine de la cathédrale d’Autun, puis conseiller au présidial d’Autun, un autre entrera à la cour des comptes de Dijon, sa « mission » étant remplie, il part chez les Challemoux.

Lesmes ; le dernier parcours spirituel de Monsieur le chapelain de Mayeul, son nouveau titre écclésiatique

Lesmes est un endroit délicieux, situé sur un coteau incliné sur la Loire, petite commune du canton de Bourbon, peuplé de quelques centaines d’habitants.

L’église est romano-bysantine, située dans un très beau site, presque au bord de la Loire, un endroit propice qui nous rappelle, selon les vers de Lamartine, : « Faisait toucher le ciel aux plus petites mains » et aussi, « Ames tout au Christ et tout au monde » reprenant cette fois, François Mauriac.

Jean de l’Hôpital les a « saisies », lui qui désirait tout simplement leur faire le plus de bien possible. Une expression toute simple, à l’exemple de Saint François de Sales ; « il faut parler affectivement et dévotement, simplement et cordialement et avec confiance ». Pour jean de l’Hôpital « le Bon Dieu est derrière la porte du tabernacle, il y reste prisonnier parce qu’il vous aime ».

Comment aurait-il pu insuffler autant de piété à ses petits élèves s’il n’avait été lui-même très pieux ; il voulait tant les voir parfaits, en tout cas, il a fait tout ce qui était humainement et divinement possible pour y parvenir.

Il s’occupait aussi des paroissiens, il faisait preuve, envers tous et envers les plus démunis, d’une belle charité, « d’une charité parfaite » selon le précepte de l’Evangile : malades et pauvres étaient l’objet de tous ses soins, leur donnant ses maigres revenus. Il sut honorer les pauvres sans affectation dans son affection.

Jean de l’Hôpital attendait le Seigneur, il voulait tellement communier avec lui qu’il s’imposait des mortifications répétées telle le jeûne, dormant le strict minimum, et portant même un cilice sous ses vêtements, fabriqué avec du fil de fer, composé de 40 petits anneaux retenus par un crochet et qui martyrisait, jour après jour, son corps, le faisant saigner régulièrement, communiant ainsi au sang du Christ.

Par beaucoup d’éléments, il nous rappelle Saint Benoît Joseph Labre. Tous les deux détestaient que l’on reconnaisse leur mérite et recherchant la compagnie des gens simples.

Comme Saint Benoît Joseph Labre qui ne se séparait jamais du cordon de Saint François d’Assise, Jean de l’Hôpital portait un reliquaire contenant un petit os de Saint Léger, évêque d’Autun, et parrain de l’église de Bourbon, celle là même où il fut baptisé.

Mais l’heure n’est plus au baptême mais aux derniers sacrements ; c’est à genoux et en extase qu’il reçoit le Saint Viatique et s’éteint le 6 avril 1695.

Il avait 32 ans.

L’esprit de Jean de l’Hôpital est resté vivant pendant de nombreuses décennies. Sur sa dépouille, qui reposait dans une fosse, dans l’église, du côté de l’Evangile, fut apposée une pierre de marbre où il était inscrit que Jean de l’Hôpital, Grand Serviteur de Dieu, est mort en odeur de sainteté.

Août 2019 – Saint Jérôme

SAINT JEROME

Une âme sans inquiétude est une âme en péril

Cardinal John Henry Newman (1801- 1890)

qui va être très bientôt canonisé par le Pape François,

Un constat d’une implacable lucidité, lequel aurait rasséréné l’âme de Saint Jérôme qui fut si tourmentée, si entière, si exigeante envers elle-même et les autres, qui s’est battu contre ses propres démons et souvent contre ses semblables.

Plus d’un demi-siècle d’une lutte pour retranscrire la parole exacte de Dieu et pour en convaincre la part humaine de l’Église.

Jérôme est né en 347, au milieu du IVéme siècle, à Stridon, petite ville de la province de Dalmatie, au Nord-Est de l’Italie, dans une famille aisée et chrétienne.

L’Eglise catholique, au moment de sa naissance, est libre; soutenue par l’empereur Constantin qui s’est fait baptisé, cela suffit amplement pour officialiser l’existence de l’Église qui a déjà trois siècles.

Saint Jérôme avait 34 ans lorsque l’empereur Constantin déclare «  les chrétiens avaient pleine liberté pour suivre leur religion».

Le paganisme et les païens étaient bannis et le christianisme perçait dans toutes les couches de la société.

La vie de l’Église pourrait ressembler à un éternel recommencement, mais c’est tout le contraire, chaque épreuve la renforce et reste au travers des siècles une force de résistance- une digue pour reprendre les propos de Daniel Rops contre lesquelles se heurtent les vagues barbares et l’épiscopat représenté par ses évêques est le garant des libertés publiques.

La rencontre de Jérôme avec le catholicisme fut officialisée par son baptême, par le pape Libère en personne, à Rome, en la basilique de Latran, le jour de Pâques.

Petit détail, le pape Libère prédécesseur du pape Damase sera un des « protecteurs « de saint Jérôme ; on y reviendra.

Saint Jérôme, exégète de la Bible, un des docteurs de l’Église, comme saint Ambroise, celui là même qui baptisa saint Augustin, saint Augustin lui-même, saint Grégoire le Grand, saint Thomas d’Aquin.

Pour faire simple, un Docteur de l’Église est quelqu’un qui sait.

Saint Jérôme ne fut pas docteur de l’âme mais il a donné une âme à la traduction -seconde version- de la Bible ; laquelle va traverser tous ces siècles, jusqu’à aujourd’hui; cette version appelée Vulgate à laquelle nous nous référons tous, ce n’est pas un hasard ; quelle « Histoire », non pas celle de la Bible, mais seulement, plus modestement celle de la vie de saint Jérôme.

Sa jeunesse est semblable à celle des jeunes gens de bonne famille, plus ou moins aimés et choyés.

Ses parents l’envoyèrent étudier à Rome, des études fort chères et lorsque Jérôme leur annonça qu’il avait l’intention de devenir moine, ils se fâchèrent définitivement, Jérôme ne les reverra plus.

Il part à Antioche, où il eut, selon ses termes : »un ravissement spirituel », au cours duquel un grand -juge- Dieu- lui dit qu’il n’est pas un vrai chrétien, mais cicéronien, ce qui signifie qu’il ne menait pas l’existence d’un ascète catholique mais qu’il pratiquait l’otium, c’est-à-dire le loisir philosophique des hommes qui choisissent de se détourner des tumultes du monde.

Jérôme commence à ressentir les distorsions entre culture antique et chrétienne et il choisit « d’abandonner » Cicéron, Plaute et Horace.

Sa nouvelle orientation spirituelle le fait rechercher un lieu où partager son temps entre la prière et le travail de l’esprit l’amène, en Syrie dans le désert de Chalcis, au sud d’Alep, à l’ouest de la Mésopotamie.

Il s’enfonce à la fois dans le désert et l’ascétisme. Installé dans des grottes naturelles, les débuts sont effroyables.

Sa foi et sa raison furent sérieusement ébranlées par la dureté de ses conditions de vie et par les tentations atroces où festins gargantuesques et femmes sans respect pour elles-mêmes le tentaient , l’enserraient ; bref apprendre l’hébreu était une excellente idée ; un jeu d’enfant, d’autant plus qu’il était très doué pour les langues, il parlait déjà grec, le latin bien sûr mais l’araméen- parlé à Chalcis précisément.

Cette connaissance de l’hébreu lui permit de traduire tout d’abord la première partie de la Bible :

l’Ancien Testament, puis le Nouveau Testament, lequel comme chacun sait se compose des Evangiles, des Actes des Apôtres, des Epîtres et de l’Apocalypse. La Bible écrite en grec, par les septante- un groupe de 72 savants hébreux, dont la première version en latin, firent l’objet d’une seconde traduction, toujours en latin, traduction que l’on appelle Vulgate, dont le texte définitif sera approuvé par le concile de Trente en 1592.

Retrouvons Jérôme, toujours aussi mal installé, il y avait au moins un élément très positif, qui était la situation géographique, Chalcis était au centre d’un grand réseau de caravanes, entre l’Euphrate et la Mésopotamie, et c’est très important car cela lui permettait d’être approvisionné en livres de toutes sortes et même de se faire aider par une équipe de copistes pour retranscrire les livres que Jérôme n’avait pas le temps de faire lui-même.

On a du mal à savoir s’il écrivait plus qu ‘il ne lisait, on a pu répertorier 154 lettres qui étaient souvent de véritables petits traités.

Il écrit à tous, même au Pape Damase qui le prendra sous son aile.

Il écrit aussi des romans dont la vie de Paul ermite.

Un essai transformé

Au fond de son désert, il écrivit donc ce roman, dans un très bon latin et qui connaîtra un grand succès, non pas de librairie, mais qui traversera les frontières et qui contribuera à sa réputation naissante d’érudit et d’exégète.

Il avait réussi à trouver un équilibre entre une vie de moine et d’intellectuel sans se faire oublier, grâce à ses diverses qualités intellectuelles, et à sa puissance de travail. Il accomplissait pleinement sa conversion, c’est-à-dire l’acte de se détourner de lui-même et de se tourner vers son Dieu.

Comme l’écrivait Supervielle

– A force de mourir et de n’en dire rien, vous avez fait jaillir, un jour, sans y songer, un grand pommier en fleurs, au milieu de l’hiver.

On l’a compris, le pommier figure la traduction de l’Ancien Testament ainsi que son premier roman; la pomme dans notre religion étant à l’origine de bien des choses.

Il était temps de rejoindre la civilisation à Antioche, dans un premier temps, où son ami l’évêque Paulin l’ordonne prêtre, tout en le dispensant des obligations sacerdotales.

Il part ensuite à Constantinople,

Constantinople, autre lieu, autre lieu d’un bonheur intellectuel.

Il paraît que Jérôme n’était pas très résistant physiquement, Dieu a du beaucoup l’aider, par parenthèses. Cela fait tout de même de sacrés trajets!

Constantinople sera une des plus heureuses périodes de sa vie, toujours sur un plan intellectuel, il y rencontre son  « alter ego » l’évêque Saint Grégoire de Nazianze, une communion immédiate s’établit entre eux.

L’évêque fait des homélies absolument passionnantes qui peuvent durer plusieurs heures, et qui apprennent beaucoup à ses fidèles. Une ambiance propice à la traduction de la chronologie d’Eusèbe de Césarée. On se rappelle que Jérôme avait écrit au Pape Damase et celui-ci le fait venir à Rome ; le pontificat de Damase n’est pas exemplaire, son arrivée sur le trône de Saint Pierre est pour le moins « sportive ». Il n’en était pas moins historien, archéologue et poète et il apprécie Jérôme à qui il demande mille explications sur tel ou tel passage : en effet la traduction peut être une trahison, c’est une chose délicate. Jérôme donne trois règles d’interprétation toujours en vigueur : littérale, allégorique ou spirituelle.

Il précise en marge de ses traductions si celles ci diffèrent ou non de l’original en hébreu ; un sujet très épineux entre l’évêque d’Hippone- le futur Saint Augustin et lui-même : «  si la Bible est claire, pourquoi la traduire ? Et si elle est obscure, peut-on mieux faire que les Anciens ? »

Connaissant l’aimable caractère de Jérôme, il prit la mouche, les choses s’arrangèrent ensuite sans vraiment convaincre ; Augustin était un peu plus jeune, d’un tempérament pacifique. Ils se réconcilièrent plus par obligation morale l’un envers l’autre qu’autre chose. 

Entre temps, la mort du pape Damase signa le déclin social de Jérôme, qui dut quitter Rome, définitivement cette fois.

Il va partir, encore une fois, une dernière fois, une halte étape à Nazareth avec pour destination finale Bethléem.

Les amis dans la vie de Jérôme ont tenu une grande place, surtout dans ses années de jeunesse ; plus tard, l’un sénateur, l’autre évêque, un troisième immensément riche, ne rendent pas forcément la vie facile à l’amitié.

Les femmes furent plus tendres : jeunes filles, jeunes veuves de riches familles mettront tout ce qu’elles possèdent matériellement et spirituellement à la disposition de Jérôme pour créer des monastères pour femmes ; on se souviendra de Paule, devenue Sainte Paule, d’Eustachia et de Marcella, sa très grande amie, son élève et sa confidente, qui mérite plus que ces quelques lignes.

Jérôme mourra en combattant, victorieusement contre le moine Pélage, provisoirement du moins.

Il s’endormit en 419 à Bethléem.

Saint Jérôme sera d’accord avec nous : mourir là où tout a commencé n’est pas vraiment mourir.

Inhumé, peut être à Rome, à Santa Maria Maggiore de Rome, canonisé vers 1588 par Sixte V.

Juillet 2019 – Saint Hervé

Saint HERVE, un saint très clairvoyant

Il était aveugle ;

Il était amaigri par la pénitence,

Mais il vivait joyeux, car ses yeux voyaient le ciel.

Job van Irien

La première « image » de Saint Hervé est celle où tendre et naïve à la fois, il accompagne son évêque, saint HOARDON, évêque du Laon, dans un voyage au cours duquel ce dernier lui fait part de de sa joie de l’avoir dans son diocèse et où il remercie Dieu pour cette belle amitié.

Revenons bien en arrière, où Saint Hervé ne pouvait que devenir ce qu’il était avec la grâce de Dieu et celle de son ascendance, si particulière.

Son histoire nous ramène à la Gaule, au VIe siècle, Saint Hervé naquit aux environs de 520, soit une petite vingtaine d’années après la mort de Sainte Geneviève, dans la paroisse de Plouzvédé, au lieu-dit Lanrioul.

Le premier saint bas-breton.

Saint Hervé sera le premier saint bas-breton et sa rencontre nous conduit dans une pérégrination entre imaginaire et réel, dans une région qui s’y prête si bien, entre les épaisses forêts de l’époque, la brume et la lande, les menhirs et la mer si proche et si lointaine à la fois.

On voudrait tant que Saint Hervé en ait entendu son ressac, à défaut de l’avoir vue cette mer, puisqu’il était aveugle.

Une cécité qui nous ramène à ses parents Houarvian, son père et sa mère, la belle Rivanone.

Son père, barde à la cour de Childebert, roi des Francs, et une mère orpheline de ses deux parents, reçut la visite d’un ange envoyé par Dieu, et qui leur annonce qu’une belle et pure jeune fille l’attendait et lorsque que les deux jeunes gens se rencontrèrent, ils se reconnurent immédiatement.

De cette union que certains décrétèrent chaste et d’autres non, naîtra notre futur saint Hervé, et l’explication de sa cécité par les remords que sa mère avait eu de renoncer à sa chasteté ou d’épargner à son fils la vue d’un monde si laid.

Une femme complexe qui se retrouve très vite seule, son mari partit le cœur léger, assuré qu’il était que Dieu, par l’intermédiaire de sa femme, pourvoirait à l’éducation de son fils. Bien jugé, cette maîtresse ne mettra que quelques années pour éduquer son enfant, très intelligent d’ailleurs, et qui connaissait le psautier par cœur et devint, avant d’être saint, un barde des plus inspirés, suivant en cela les traces paternelles.

Il n’avait pas dix ans lorsque sa mère lui ayant appris tout ce qu’elle pouvait lui apprendre, le confia aux moines et notamment au saint moine Arzian.

Entretemps, saint Herbé put accompagner sa mère jusqu’à sa mort et au-delà même.

Saint Hervé n’était pas seul et avait pour le guider, le jeune Guic’Haran qui figure dans la plupart des statuaires de saint Hervé ; « couple » auquel on ajoutera un loup, devenu « brebis »si l’on ose dire , lequel après avoir dévoré l’âne de saint Hervé, le remplacera ; ainsi naîtra un trio bien connu à l’époque qui parcourait la bretagne de Plougerneau, sur la côte du Léon, en passant par Lanhouarneau et Menez-Bré, hauts lieux de l’histoire de saint Hervé, sur lesquels nous allons revenir.

Saint Hervé, fondateur et abbé du monastère de Lanhouarneau

Il a dû parcourir cette partie de la région des monts d’Arrée à la Cornouaille pour chercher des subsides.

Le monastère fut enfin construit, où régnait la règle de de saint David, vœux de chasteté, d’obéissance et de pauvreté ; un monastère devenu au fil du temps une ferme modèle, aux méthodes de culture innovantes, dont on faisait profiter la population environnante, mais aussi une école, un centre de soins, un centre paroissial et un hôtel pour voyageurs de passage.

Ce monastère sera l’œuvre majeure de Saint Hervé, laquelle aura contribué à asseoir son autorité spirituelle et qui nous ramène à notre première rencontre avec l’évêque du Laon, et où leurs pas nous conduisent jusqu’à Ménez-Bré.

Le concile de Ménez-Bré

Le concile s’est tenu aux environs de 548-550. Un concile réunit, pour excommunier le préfet de la ville de Carhaix, un certain Conomor, ancien ami du père de saint Hervé, le monde est petit !

Les années passèrent, saint Hervé déclinait, tout en restant un exemple pour les moines, il continuait à guérir les malades, les boiteux et les possédés – il était exorciste, son évêque lui ayant remis les grades sacrés jusqu’à l’exorcistat, ceci jusqu’à l’heure de sa mort après que l’évêque lui ait donné les derniers sacrements, ce n’est pas un détail car saint Hoardon avait accompagné son fidèle saint Hervé tout au long de sa vie et il aurait été impossible qu’il meurt sans l’avoir revu !

On parle de « saint Hervé » car on doit rappeler que les règles de canonisation n’étaient pas les mêmes qu’aujourd’hui et que c’était la vox populi qui en décidait.

Saint Hervé est le patron du pays de Léon, après saint Yves, sainte Anne et saint Gildas.

L’ancienneté de son culte remonte au XIe siècle ; une messe de saint Hervé est célébrée dans les diocèses bas-breton, appelée Instus UT Palma.

Il reste, entre autres, trois sanctuaires dédiés à saint Hervé, ceux de Lanrivoaré, Lanhouarneau et Saint Pol du Léon.

Car l’homme voit selon les yeux et Dieu voit selon le cœur.

Samuel I XVI, 7.

Monique Ravel